L’UPAC à Montréal - Pour une facture impayée!

L’UPAC a investi l’hôtel de ville de Montréal cette semaine et vidé les lieux dans le cadre de son enquête.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’UPAC a investi l’hôtel de ville de Montréal cette semaine et vidé les lieux dans le cadre de son enquête.

Enfin, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a mis son nez au coeur de l’écosystème de la corruption et de la collusion cette semaine. Union Montréal ne s’en remettra jamais.

En 2001, Gérald Tremblay était une ancienne gloire de la politique, retraité depuis cinq ans du Parti libéral du Québec (PLQ). Ni ses réalisations passées, ni son charisme limité ne pouvaient lui ouvrir les portes de l’hôtel de ville, surtout face à un adversaire populiste, Pierre Bourque.


À quelques jours des élections, les sondages donnaient M. Bourque gagnant avec 40 % des suffrages contre 36 % pour l’ancien ministre libéral. L’usure du pouvoir et le poids des fusions sur l’île de Montréal ont coulé le maire Bourque dans le secret de l’isoloir. Au final, M. Tremblay s’est imposé par une majorité de 31 759 voix sur son rival (49 % des voix contre 44 %).


On sait maintenant que l’UPAC enquête sur cette élection, comme l’a fait auparavant, sans succès, le Directeur général des élections du Québec (DGEQ). L’enquête de l’UPAC porte sur des allégations de fraude, d’abus de confiance et de fabrication de faux documents. M. Tremblay et son équipe auraient-ils volé l’élection de 2001, comme le clament les partis d’opposition à l’unisson ?


Selon des informations qui ont filtré dans les médias, les enquêteurs de l’UPAC s’intéressent à une facture de 100 000 $ du groupe CJB (aujourd’hui nommé Octane Stratégies) qui serait restée impayée et non comptabilisée dans les dépenses électorales du parti lors de la campagne de 2001.


Le solde aurait été payé en 2004 et en 2005, en répartissant la facture entre certains des six arrondissements qui ont reçu la visite de l’UPAC (Côte-des-Neiges -Notre-Dame-de-Grâce, Saint-Léonard, Lachine, Saint-Laurent, Verdun et Anjou).

 

Le passé


Le maire Michael Applebaum a beau répéter sur toutes les tribunes qu’il n’est pas visé par l’enquête, son passé le rattrape. En 2001, il a été élu maire de l’arrondissement de CDN-NDG en faisant campagne dans l’équipe de Gérald Tremblay.


M. Applebaum jure qu’il a fait « une campagne propre » avec des fonds amassés en toute légalité. L’enquête le dira.


La chef de Vision Montréal, Louise Harel, a joué sur le registre de la stupéfaction plutôt que celui de l’indignation, qui la caractérisait avant la formation d’un comité exécutif de coalition, au sein duquel son parti a hérité des postes les plus importants. Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a assuré que la « coalition fonctionne très bien ».


Lancées dans l’aventure de la coalition, les deux formations semblent incapables de critiquer Michael Applebaum. Ils ont oublié son parcours de 11 ans au sein d’Union Montréal, dont il était le numéro 2 de 2009 à 2012, pour retenir sa conversion des quatre derniers mois aux vertus de l’indépendance.


Richard Bergeron a jeté son courroux sur Union Montréal, un parti moribond, pour exiger que l’UPAC se penche sur tous les contrats de communication accordés par le parti.


Selon des données obtenues en vertu de la Loi sur l’accès à l’information par le deuxième groupe d’opposition, Octane Stratégies et Morrow Communications ont obtenu des contrats de 2,5 millions de dollars d’Union Montréal (des contrats payés à même les fonds publics), entre 2006 et 2011. Les données ne sont pas disponibles pour les années précédentes.


Octane a obtenu la part du lion (deux millions), tandis que Morrow Communications a obtenu 439 000 $. Fait à souligner, le quotidien The Gazette avait déjà publié ces informations en 2008.


Rien à se reprocher


Projet Montréal a accusé Union Montréal d’entretenir des liens « incestueux » avec les formes de communication, qui auraient bénéficié de « retours d’ascenseur » pour leur aide au parti de l’ex-maire Tremblay.


Les deux firmes de communication mises en cause par le chef de Projet Montréal affirment qu’elles ont livré des services en bonne et due forme pour ces contrats.


Selon la bonne vieille stratégie voulant que la meilleure défense soit l’attaque, Octane Stratégies a pris les devants en confirmant par voie de communiqué les motifs de l’enquête de l’UPAC.


La mystérieuse facture de 100 000 $ a mobilisé quatre enquêteurs pendant 350 heures au bureau du Directeur général des élections. En 2009, ils ont rencontré 28 témoins et ils ont visité les 19 arrondissements pour tirer l’affaire au clair. « Les conclusions de cette enquête ont démontré qu’aucun fait ne permettait d’étayer l’hypothèse du DGEQ », se targue Octane Stratégies.


La firme a réitéré que son travail pour la campagne de 2001 a été entièrement payé par Union Montréal (connue sous l’UCIM à l’époque). « Aucune dette électorale n’en a découlé et aucuns fonds publics n’ont été utilisés en règlement de services offerts », assure la firme, qui a offert sa collaboration « pleine et entière » à l’UPAC.Le DGEQ a ouvert son enquête sur l’affaire Octane en septembre 2009. Un témoin a révélé aux enquêteurs l’existence d’un « solde impayé de 100 000 $ à la firme Octane », pour l’élection de 2001, selon des documents du DGEQ obtenus par Le Devoir.

 

Omission


Selon un cadre d’Union Montréal, le parti avait omis de déclarer cette facture de 100 000 $ pour ne pas dépasser le plafond des dépenses autorisées en campagne, ce qui constitue une entorse à la loi électorale.


La dette était « pleinement justifiée » selon le témoin, et elle devait être remboursée avant l’élection de 2005.


Les arrondissements ont reçu une directive d’une personne non identifiée pour acquitter la facture de 100 000 $ en puisant dans leurs budgets opérationnels respectifs.


Il est beaucoup question d’Outremont dans les documents du DGEQ consultés par Le Devoir. Un haut dirigeant d’Union Montréal avait demandé à l’arrondissement de contribuer au règlement de la dette. Un montant de 15 000 $ a été suggéré, mais l’arrondissement a négocié à la baisse pour 8000 $.


Une facture de 9202 $ (taxes incluses) avait été retrouvée dans les archives de l’arrondissement. Selon les explications fournies à l’époque par le directeur de l’arrondissement, Octane avait rendu des services-conseils auprès de la direction générale et du maire, Stéphane Harbour (aujourd’hui accusé de fraude pour avoir demandé le remboursement de dépenses extravagantes). Il n’existait aucune ventilation d’heures travaillées ni de documents pour ces conseils donnés par voie orale. Le DGEQ a cependant donné le bénéfice du doute à l’arrondissement.


Les enquêteurs du DGEQ ont effectué des vérifications dans les 19 arrondissements et les 15 villes défusionnées. Des factures d’Octane ont été retrouvées à Verdun pour l’élaboration d’un plan de communication (12 262 $), à Anjou pour la publication d’un bulletin mensuel (23 725 $), à Saint-Léonard pour la réalisation d’un bulletin trimestriel (33 398 $), et à CDN-NDG pour des services non précisés (6919 $).


Fait à souligner, les bulletins ont bel et bien été produits à Anjou et Saint-Léonard.


Après deux mois d’enquête, le DGEQ est arrivé dans une impasse. Octane avait détruit toutes les factures pour des services antérieurs à 2008, en vertu d’une politique de destruction des documents après sept ans. Octane a cependant assuré aux enquêteurs que les factures de l’UCIM pour l’élection de 2001 avaient été « payées et acquittées, donc il n’y avait plus aucune dette ».


Incapable de retrouver des factures d’Octane qui auraient pu être acheminées par l’UCIM aux arrondissements, le DGE exonérait la formation de tout blâme.

6 commentaires
  • P. Raymond - Inscrit 23 février 2013 08 h 27

    Le parti politique

    Le véhicule parfait pour que le pire des incompétents, le pire menteur, le pire innocent se retrouve en autorité. Et imputable de rien. Supporté fidèlement par sa troupe de bénis oui-oui siégeant d'abord pour le bien du parti. Celui du voisin pouvant aussi parfaitement faire l'affaire si, quand et surtout si la tendance envers le parti est baissière.

    Montréal, 65 conseillers municipaux dont 18 Maires.

    Le nouveau Maire en chef Michael Applebaum, sitôt auto-élu s'est empressé d'aller présenter son programme lors de la messe télévisuelle du dimanche soir. Soit, nous assurer qu'il n'est au courant de rien, terminer le mandat de Gérald, portier à l'hôtel de ville, puis, retourner se faire ré-élire Maire d'un des arrondissements de la ville aux prochaines élections.
    Applaudi debout pour son beau programme et formalité pour l'heureux choisi du pool médiatique de la colonie.

    Sa première action, sous-contracter ses responsabilités à l'Autorité des marchés financiers. De bien belles économies pour les montréalais et un infranchissable palier de plus entre le comité exécutif, les élus, les citoyens et l'information.
    Pour les contrats de libre-échange avec l'Europe composez Goldman-Sachs.
    Au rectorat on s'exclamerait : C'est une farce!

    Oui, Montréal mérite beaucoup mieux que du politicien professionnel provenant d'une des trois succursales provinciales du parti conservateur qui a pour maxime de vous rappeler jusqu'en février de toujours porter votre gilet de flottaison...

    • Mireille Deschênes - Inscrite 23 février 2013 11 h 59

      Il faut demander l'avis de Mme Lisa Frulla!

  • Gilles Lacoste - Inscrit 23 février 2013 11 h 35

    Le dindon de la farce

    Certains se réjouirons de voir débarquer 125 policiers dans une institution publique. Depuis quelque temps j'éprouve au contraire le sentiment que le joyeux party réunissant politiciens, mafia, firmes de génie et de construction, fonctionnaires a été remplacé par un autre joyeux party réunissant avocats,policiers et parfois adversaires politiques. Je ne peux oublier qu'après tant d'années et de millions investis, le dossier archi simple de l'ex lieutenant-gouverneur soit encore aussi loin d'être règlé. Je ne peux oublier que 2 semaines de la Commission Charbonneau a surtout servi à illustrer la pratique de l'omerta. Deux jours aurait été suffisant.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 24 février 2013 10 h 06

    «formes de communication» ou

    «firmes de communication» ?

  • Donald Bordeleau - Abonné 25 février 2013 23 h 12

    Madame Lisa Frulla savait tout cela. Gérald était intègre mais que vaut la parole d'un personne.

    Chut, Chut comme dit Simon. Aux Ex et pas de commentaires sur MTL Lisa. Chut

    Deux firmes dans la tourmente, la firme Morrow a reçu 18 petits contrats de 25,000$ et l'autre firme a reçu 80 contrats aussi pour plus de 2 millions sans appel d'offre.
    Ces firmes ont aussi travaillé pour Vision Montréal. Un petit retour sur l'investissement.

    Il semble qu'il faisait 98 copies rapidement du contrat pour le greffe qui validait le tout comme au temps des Commandites de Gomery.

    On imagine mal que Monsieur Denis Coderre (Kit Kodak et Monsieur Ticket ) serait un jour maire de MTL.

    Pas d'avenir pour Montréal. Le plus gros problème a été la défusion et l'emprise de la mafia qui a obtenu plusieurs guichets pour se nourrir en toute impunité avec la mise en place depuis 2001 des maires en provenance du PLQ pour obtenir la grande part du financement.

  • Donald Bordeleau - Abonné 25 février 2013 23 h 38

    La stratégie du PLQ a bien fonctionné en 2001.

    Monsieur Gérald Tremblay sans grand charisme est devenu maire par une organisation très riche bien rodée avec l'aide du vote Anglophone. En 2004, Gérald faisait semblant de travaillé contre les défussions, mais le gouvernement a gagné en faisant un festival de défussions avec l'aide de la mafia et des entrepreneurs.

    Allez y voir tous les abus depuis, c'est effarant. Par la suite l'ensemble des marchés de construction à MTL étaient fermés tout comme à Laval depuis des lunes.

    A Laval un gérant des Caisses Populaires était à l'hôtel de ville. Une petite enquête sur Desjardins pourrait révélé des secrets des CA pour des notaires et des avocats pour des contrats obtenus pendant 10 à 15 ans. Madame Leroux fera -t-elle enquête? Il faudra attendre peut-être 16 ans ?