Enquête élargie sur la policière Trudeau

La policière Trudeau est suspendue avec solde depuis l’arrestation controversée de Simon Pagé, Rudi Ochietti, Serge Lavoie et Karen Molina, le 2 octobre dernier dans le Plateau.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La policière Trudeau est suspendue avec solde depuis l’arrestation controversée de Simon Pagé, Rudi Ochietti, Serge Lavoie et Karen Molina, le 2 octobre dernier dans le Plateau.

L’enquête sur la policière Stéfanie Trudeau a été élargie pour remonter aux événements du printemps érable, alors qu’elle avait aspergé de poivre de Cayenne des étudiants inoffensifs, a appris Le Devoir. Cette frasque pourrait valoir à la policière des accusations criminelles d’agression armée, à la lumière des informations recueillies par Le Devoir.

« L’enquête est faite, mais il n’y a pas d’accusation déposée pour le moment », a confirmé le commandant aux communications, Ian Lafrenière.


L’épisode a transformé la policière Trudeau en une sensation sur YouTube. Du jour au lendemain, elle est devenue facilement reconnaissable sur la rue et identifiée sous le sobriquet de « Matricule 728 ».


Sur la vidéo, vue plus de 650 000 fois, la policière asperge un groupe de jeunes à trois reprises pour les disperser, visiblement excédée d’avoir été narguée pendant quelques minutes.


La policière Trudeau est suspendue avec solde depuis l’arrestation controversée de Simon Pagé, Rudi Ochietti, Serge Lavoie et Karen Molina, le 2 octobre dernier dans le Plateau.


Mme Trudeau et son partenaire ont fourni une déclaration assermentée de type KGB (avec mise en garde) sur ces événements qui ont terni l’image de la police de Montréal.


L’arrestation, filmée par les protagonistes, a suscité la condamnation du maire de Montréal, Michael Applebaum, et du directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent. Celui-ci a même présenté ses excuses aux quatre compagnons d’infortune pour les propos « inacceptables et intolérables » de la policière. Enregistrée à son insu, Mme Trudeau les traitait de « mangeux de marde », « carrés rouges » et « gratteux de guitare ».


En entrevue à Cogeco, Marc Parent déplorait que « les drapeaux rouges » au sujet de Stéfanie Trudeau n’aient pas été levés plus tôt à l’interne. « Elle était définitivement à risque avec les comportements observés et son état d’esprit », avait-il dit.


À la suite de l’incident du 2 octobre, le commandant du poste 38, auquel était rattachée Mme Trudeau, a été transféré. Stéphane Bélanger a été nommé inspecteur à la Division de la sécurité routière, responsable des motards et de la sécurité nautique.

 

Enquête paralysée


Les affaires internes ont rencontré 80 témoins et ils ont remis leur rapport d’enquête sur l’incident du 2 octobre au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) à la mi-novembre. Le DPCP a demandé un complément d’enquête qui prolonge encore les délais.


Pour faire suite à la demande du DPCP, la police a donc frappé à la porte de Radio-Canada. Les enquêteurs veulent l’entrevue intégrale de Catia Moreau, une ingénieure qui aurait surpris les policiers à comploter entre eux pour modifier leurs rapports. Mme Moreau affirme notamment qu’elle a entendu Stéfanie Trudeau dire à ses collègues : « Écris pas ça comme ça parce que si ça va en cour, je ne veux pas me faire écoeurer. »


Si les faits sont fondés, les policiers impliqués pourraient être accusés de fabrication de preuve.


Mme Moreau a déjà été rencontrée à ce sujet par les enquêteurs des affaires internes, et elle a collaboré avec eux. En droit pénal, sa déclaration à la police sera jugée comme une preuve plus fiable et plus utile que son entrevue intégrale à Radio-Canada.


Les policiers veulent aussi mettre la main sur le fichier numérique de 33 minutes sur lequel Stéfanie Trudeau exprime son mépris des gratteux de guitare. Seul un segment d’environ dix minutes a été diffusé. Sur le reste de l’enregistrement, la policière Trudeau et ses collègues cheminent vers le poste, où ils s’installent pour rédiger leurs rapports.


Enfin, les enquêteurs demandent tout enregistrement vidéo en possession de Radio-Canada qui provient de la Casa, le quartier général des « gratteux de guitare » sur la rue Papineau.


Ces démarches génèrent un délai par-dessus un délai puisque Radio-Canada conteste l’ordonnance de communication de la preuve.


Un débat à ce sujet est prévu mardi prochain en Cour supérieure. Selon la requête de la SRC, les policiers auraient dû privilégier d’autres moyens d’enquête avant de s’adresser au diffuseur public. En l’occurrence, les policiers pouvaient accéder au matériel déjà disponible dans Internet, ou demander les vidéos à leurs auteurs, font valoir les avocats de la société d’État.


Le SPVM estime qu’il n’a pas d’autre choix que de se tourner vers Radio-Canada pour obtenir le matériel exigé par le DPCP. « Il nous faut l’intégrale des images pour les présenter à la Cour. Il faut prendre tous les moyens nécessaires pour trouver la preuve », explique Ian Lafrenière.


Méfiance


Des accusations criminelles pèsent toujours contre Rudi Ochietti (entrave et voies de fait), Karen Molina (entrave), Serge Lavoie et Simon Pagé (entrave, voies de fait et intimidation). On leur reproche essentiellement d’avoir résisté à leur arrestation, d’avoir nui au travail de la policière en la filmant et de l’avoir intimidée en lui criant des injures du genre « grosse vache ».


Les accusations ont été suspendues à la mi-octobre, mais elles n’ont pas été officiellement abandonnées.


Sur les conseils de leur avocat, Raphael Schachter, les quatre accusés refusent de collaborer à l’enquête sur Mme Trudeau, tant et aussi longtemps que les accusations contre eux ne seront pas définitivement retirées. Ils craignent que toute information destinée à faire avancer l’enquête sur Mme Trudeau soit utilisée pour bonifier les preuves contre eux.


Selon Me Schachter, un criminaliste expérimenté, rien n’empêche la Couronne d’abandonner les accusations contre ses clients et de poursuivre l’enquête sur Stéfanie Trudeau. « C’est une façon étrange de gérer le dossier. Il n’y a pas de raison de maintenir les accusations contre eux. Ce sont des gens bien et honorables. Par souci d’équité à leur égard, cette affaire devrait se résoudre immédiatement », dit-il.


Dans l’intérêt de ses clients, Me Schachter demeure patient. « Mais ma patience a ses limites », prévient-il.

49 commentaires
  • Jean-Michel Picard - Inscrit 16 février 2013 02 h 25

    Comment détruire la preuve !

    Ben voyons La police, à veut juste faire son travail la police tsé ! Détruire des preuves, ya rien là ! Y font ça depuis toujours ! Pis d'ailleurs, qui sé qui aurait pu permettre autant de corruption dans les firmes de génie, à al ville de Montréal, de Laval, dans la construction ??? Non !!! pas la police !!! ben voyons !!

    • Jos Joseph - Inscrit 17 février 2013 09 h 08

      Très très d'accord.

  • Michel.N Labonté - Inscrit 16 février 2013 06 h 23

    Matricule 728...

    Il serait souhaitable advenantune condamnation du matricule 728, que celle ci rembourse le salaire touché pendant sa suspension avec solde.
    Je ne crois pas que le crime doit payer mê et surtout pour une policière...

    • Nicole Moreau - Inscrite 17 février 2013 17 h 28

      je ne peux qu'être tout à fait d'accord avec ce commentaire.

  • Jacques Dumont - Inscrit 16 février 2013 07 h 49

    Justice a deux vitesses

    Disons qu'ils ont été plus rapide à juger Gabriel- Nadeau Dubois et cela sur une entrevue donnée à la télé
    mais que le cas de 728 soit si long parce qu'il manque des cassettes ? à vous de juger

    • Gilles Théberge - Abonné 16 février 2013 15 h 33

      Excellente remarque monsieur Dumont. Et pertinente.

    • Serge Marchand - Inscrit 16 février 2013 16 h 09

      Croyez-vous vraiment que c'est juste un problème de vitesse ou d'impartialité avec des juges "Post-it" ?

    • Jacques Boulanger - Inscrit 17 février 2013 07 h 50

      Fort bien dit !

    • Jos Joseph - Inscrit 17 février 2013 09 h 09

      La Police qui enquête sur la Police...conflit d'intérêts sans limite.

    • Nicole Moreau - Inscrite 17 février 2013 17 h 29

      tout à fait d'accord, les personnes arrêtées dans le cadre des manifestations ont toutes été jugées, à ce que je sache, mais après 3 mois et demi d'examen de la situation, pas encore de décision, étrange, pour le moins

  • Pierre Bourassa - Inscrit 16 février 2013 07 h 50

    Se servir d'une cause comme celle-là pour soutirer des infos confidentielles d'un diffuseur public risque d'être un dangereux précédent et peut-être une ''occasion en or'' pour l'avenir.
    Le SPVM a tout ce qu'il lui faut en main actuellement et doit abandonner immédiatement les accusations contre Rudi Ochietti (entrave et voies de fait), Karen Molina (entrave), Serge Lavoie et Simon Pagé (entrave, voies de fait et intimidation) .
    Sinon,une enquête indépendante sur la police doit être mise sur pied.Il en va de notre démocratie.
    Agent 728
    http://www.youtube.com/watch?v=jo5glX9ug3c

  • Andrea Mercier - Inscrite 16 février 2013 08 h 25

    Bouc émissaire

    N'oublions pas les autres cas d'abus et ne les laissons pas impunis alors que des preuves en circulent abondamment sur le web. Trudeau n'est qu'un exemple du phénomène qui semble être largement répandu à la SPVM, dont l'image est d'ailleurs déjà bousillée...

    • Mario Gauthier - Inscrit 16 février 2013 14 h 51

      Je suis tout à fait d'accord avec vous.

      Je crois même que cette propension à l'abus de pouvoir est une modalité implicite chez un grand nombre de gens en posture d'autorité, i.e. policiers, membre de la sécurité publique, etc. Tout se passe comme si le fait de se voir attribuer une responsabilité de ce type entraine automantiquement la perte d'une certaine forme de considération vis à vis l'autre.

      Car il est plus que courant, lorsqu'on se fait apostropher pour une raison quelconque par un représentant "des forces de l'ordre",de la "sécurité civile", etc, de se faire rudoyer verbalement, de se faire invectiver sans ménagement, etc. Et cela, sans égard à l'âge ou le contexte.

      Et le droit de réplique n'exite pas: essayer, juste pour voir, de vous expliquer en toute bonne foi: échec quasi assuré.

      Comme le dit madame Fortin, plus bas:

      "[le] travail [des policiers] doit être très difficile à beaucoup d'égards mais je crois que la majorité des citoyens méritent un certain respect qui ne semble pas être au rendez-vous."

      Je suis plus catégorique qu'elle : il n'est qu'exceptionnellement au rendez-vous!

      De quoi ne pas se sentir très en sécurité, en fait!

      En ce sens, le comportement de la policère Trudeau n'est que la pointe de l'iceberg.

    • Andrea Mercier - Inscrite 16 février 2013 20 h 25

      Pour ma part je serai encore plus catégorique que vous; le travail des policiers implique (ou devrait impliquer) un respect pour tous les citoyens, sans égard pour l'âge ou le contexte. Le pouvoir et l'autorité qui repose entre leurs mains s'accompagne du devoir d'en user adéquatement, soit conformément à un code d'éthique sans lequel ils ne se distinguent plus d'une simple milice de mercenaires au service d'une certaine caste politique.

    • Jos Joseph - Inscrit 17 février 2013 09 h 10

      Totalement d'accord.

    • Jos Joseph - Inscrit 17 février 2013 09 h 12

      Comment respecter la Police quand elle ne respecte pas les citoyens, quand les abus de confiance, de pouvoir, abus de toutes sortes sont ''normaux'', sont une habitude bien ancrée, très bien tolérée, très bien acceptée par les policiers et policières? Poser la question c'est y répondre.