Montréal - Embauches sous influence?

La Commission de la fonction publique et la haute direction de la Ville de Montréal sont engagées dans une âpre dispute pour accroître leur influence sur les pratiques d’embauche.


Le directeur général de la Ville, Guy Hébert, et le directeur du Capital humain, Jean-Yves Hinse, ont perdu la communication directe avec la présidente de la Commission de la fonction publique de Montréal (CFPM), Sylvie Farand, depuis le mois d’août.


M. Hinse se plaint du manque de collaboration de Mme Farand, qui quittera ses fonctions en avril prochain. Il lui reproche notamment de refuser toute rencontre avec lui, et tout déplacement dans ses locaux pour vérifier les processus de dotation.

 

Embauchés sans appel de candidatures


MM. Hébert et Hinse ont vivement réagi au coulage organisé du rapport annuel de la CFPM dans La Presse.


En 2012, 66 cadres ont été embauchés sans appel de candidatures. Le tiers de toutes les embauches de cadres prête ainsi flanc aux accusations de favoritisme et de copinage. Le directeur général a nié le problème, évoquant « une pseudocrise » fabriquée par les médias. « L’arbitraire, le copinage et le favoritisme n’ont pas leur place à la Ville de Montréal », a dit M. Hébert.


Il a tenu à rassurer les Montréalais sur l’intégrité des méthodes d’embauche. « Les nominations de nos employés, cadres ou syndiqués, sont fondées sur la compétence et sont exemptes de toute influence », a-t-il dit.


Selon l’évaluation de la CFPM, 80 % des 66 embauches de cadres en 2012 étaient non conformes à la politique de dotation de la Ville. M. Hinse conteste cette analyse, estimant que les nominations « sont en tous points conformes à la politique » de la Ville.


La politique de dotation permet la nomination de cadres sans appel de candidatures lorsqu’il est question de transférer un employé en disponibilité, d’une procédure de relève, d’une réorganisation administrative ou de la nomination d’un cadre de premier niveau.

 

Lutte de pouvoir


L’affrontement cache une lutte de pouvoir entre la haute direction et la CFPM. M. Hébert veut centraliser les processus de dotation, pour passer de 34 points d’entrée à un seul. « Il est évident que cela provoque des insatisfactions et bouscule de vieilles façons de faire », dit-il.


À l’inverse, la CFPM se plaint du manque de collaboration du Service du capital humain et des communications dans la transmission des dossiers. La Commission interprète l’obligation de se déplacer aux bureaux du Capital humain pour vérifier les dossiers comme « une mesure dilatoire » de la Ville pour échapper à l’examen des concours de sélection.


La Commission réclame au ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, des pouvoirs accrus pour faire son travail. M. Gaudreault a par ailleurs demandé des explications au maire Michael Applebaum.


À l’Hôtel de Ville, Projet Montréal et Vision Montréal se sont abstenus de faire la chasse aux coupables. Les deux formations se montrent favorables à une intervention du ministère Gaudreault pour clarifier et consolider le mandat de la Commission de la fonction publique.

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