Pont Champlain - Montréal dévoile ses «principes directeurs»

Le responsable du transport au comité exécutif de la Ville de Montréal, Réal Ménard
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le responsable du transport au comité exécutif de la Ville de Montréal, Réal Ménard

Montréal prie le gouvernement fédéral d’inscrire le péage, qui pourrait s’appliquer à son nouveau pont Champlain, dans une vision d’ensemble.

L’administration Applebaum a dévoilé dimanche la lettre qu’il vient d’envoyer au ministre canadien des Transports, Denis Lebel, dans laquelle elle établit les quatre « principes directeurs » qu’elle voudrait qu’Ottawa suive dans la construction du nouveau pont Champlain.


Elle y dit ne pas s’opposer à la mise en place d’un partenariat public-privé et dit même comprendre que, compte tenu de la capacité limitée d’investissement de l’État, « un apport du secteur privé et d’un péage peut s’avérer nécessaire ». Elle espère cependant que cette décision tiendra compte d’autres réflexions et initiatives en cours dans la région métropolitaine afin d’éviter des effets pervers.


On dit craindre, notamment, que l’établissement d’un péage seulement sur le pont Champlain ne déplace la circulation vers d’autres ponts et n’y crée des engorgements. On voudrait également éviter que l’île de Montréal soit gardée par un « cordon de péages ». Aussi préférerait-on un système modulé dans toute la région métropolitaine, a expliqué en conférence de presse le responsable du transport au comité exécutif, Réal Ménard.


La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) prépare justement une étude approfondie sur les modalités techniques et financières que pourrait prendre cette forme de financement des infrastructures et services de transport. Cette étude est attendue d’ici au mois de juin. La Ville de Montréal s’est déjà dite favorable au péage dans son propre Plan de transport. Les automobilistes n’assument actuellement que 7 % des coûts, a fait valoir Réal Ménard.

 

Pour un système léger sur rail


Si Montréal ne s’oppose pas à l’établissement d’un péage sur le pont Champlain, elle demande cependant que ce ne soit pas son seul mode de financement et qu’une « part significative de la structure soit financée directement par le gouvernement fédéral », comme il l’a fait pour d’autres ponts ailleurs au pays. « Il serait inéquitable que les automobilistes de la région montréalaise paient entièrement un pont dont les coûts pourraient atteindre 5 milliards », écrit l’administration Applebaum.


Cette dernière souhaite, de plus, que la capacité routière du nouveau pont - qui dépasse les 60 millions de véhicules par an - ne soit pas augmentée et qu’une part des revenus de péage serve à financer le service de transport collectif qui l’empruntera. Toutes sortes d’options seraient à l’étude, mais le premier choix de Montréal serait un système léger sur rail (SLR), solution « plus attrayante et davantage structurante ».


La Ville voudrait, enfin, que ce nouveau pont espéré en 2021 ait une architecture qui puisse « établir une signature identitaire unique à la métropole » contribuant à « son rayonnement international ». Reprenant le contenu d’une résolution adoptée par le conseil municipal la semaine dernière, elle demande que son design fasse l’objet d’un concours international.


L’oreille des gouvernements


« Je pense que ces demandes seront très correctement reçues », a déclaré Réal Ménard. D’abord « parce qu’elles sont raisonnables », a-t-il dit. Mais aussi parce qu’elles feraient l’objet d’un « consensus » entre Montréal, la CMM et le gouvernement du Québec. « Québec et Montréal sont sur la même longueur d’onde sur ce projet », a-t-il affirmé.


Le porte-parole de l’administration Applebaum ne se formalise pas outre mesure du fait qu’Ottawa et Québec aient chacun leur groupe de réflexion sur le projet et dit avoir bon espoir que les deux groupes finissent par dialoguer.


Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, et la première ministre du Québec, Pauline Marois, ont convenu, lors d’une rencontre vendredi, que les deux gouvernements devaient travailler de concert pour la réalisation du nouveau pont Champlain.

6 commentaires
  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 4 février 2013 09 h 23

    L'improvisation

    Avant de parler de payage pour un pont qui sera payé à même les 50 milliards d'impôts qu'on envoie annuellement à Ottawa il me semble qu'il serait intelligent d'avoir une vue d'ensemble qui engloberait toute la problématique des transports dans la région de Montréal.

    De plus le mode de perception actuel autant au Pont de l'A25 qu'au péage de l'A 30 avec des bidules appelés "transpondeur" fixés au pare-brise est complètement déficient et laisse le consommateur aux prises avec la voracité de ceux qui gèrent ces infrastructures comme le démontre la poursuite en recours collectif contre le premier.

    On peut comprendre qu'on charge des frais d'administration la première fois qu'un véhicule non enregistré dans le système passe sur le pont, mais une fois que son numéro d'immatriculation est enregistré pourquoi charger 5$ de frais à chacune des fois où il y repasse ?

    D'ailleurs la meilleure des preuves qu'il est facile de repérer ces véhicules ,n'est-il pas le fait que la poursuite dit aux gens qu'il est inutile de les appeler pour faire une réclamation en cas de vistoire car ils ont toutes les données nécessaires au remboursement des citoyens qui auraient été lésés.

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 février 2013 10 h 19

      La règle avec le pont de la 25, c'est que, si vous n'avez pas de transpondeur, vous payez plus cher.

      Le problème avec le pont Champain bis, c'est que le provincial (et donc les municipalités) n'ont aucune voix au chapitre, puisque la traversée de la voie maritime est de juricition fédérale exclusive. Alors toutes les requêtes de Mme Marois ou de M. Applebaum n'ont aucun poids.

  • Jean Francois - Inscrit 4 février 2013 12 h 16

    Woa les moteurs.

    Me semble que Montréal devrait attendre d'avoir un Maire digne de ce nom et élu démocratiquement avant de prier le gouvernement fédéral de nous mettre un péage.

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 février 2013 12 h 22

      Ce n'est pas Montréal qui veut un péage, c'est le fédéral qui en a décidé ainsi depuis plus d'un an.

  • Franklin Bernard - Inscrit 4 février 2013 22 h 53

    On ne va pas retourner 50 ans en arrière

    Qu'on étudie tous les moyens pour financer le futur pont, oui. Que ce soit fait dans l'habituelle optique abusive que tous les automobilistes sans distinction sont des criminels qu'il faut faire payer à tout prix, non. La voiture, avec tous ses défauts, fait partie de ce que l'on appelle la rançon du progrès. Et comme le transport aérien, les industries lourdes, l'exploitation des ressources naturelles, l'agriculture extensive, toutes activités dont le coût écologique est élevé, elle est facteur de progrès, d'efficacité, de rapidité, de développement économique. Le développement nord-américain s'est, malheureusement, consruit sur les vertus de l'automobile. Nos villes sont construites en fonction de l'automobile. On peut certainement travailler d'arrache-pied au développement de moteurs et d'énergies propres, de modes d'exploitation responsables et de pesticides non polluants, et encourager le co-voiturage, mais on ne peut pas tout bonnement supprimer la voiture du jour au lendemain. Remplacez dès demain tout transport automobile individuel par le transport en commun, et il y a des chances pour que l'économie de la ville s'effondre comme un château de cartes.

    Cela dit, qu'on pense à établir un péage sur le futur pont, peut-être. Il est sans doute encore trop tôt pour se prononcer. Mais est-ce qu'on songe sérieusement à remettre en place les vieux postes à péage d'il y a 50 ans? J'ai peine à croire que des personnes le moindrement sensées envisagent sereinement de créer ainsi les inévitables embouteillages monstres que cela provoquerait aux heures pointe. Au 21ème siècle il doit y avoir moyen de faire mieux. Un système comme le transpondeur de la A25, qui pourrait être comme une carte de téléphonie mobile, c'est à dire à nombre de passages limités, mais renouvelable, pourrait être une solution.

    Mais, par pitié, pas les anciens postes à péage!

  • Benoît Poulin - Inscrit 5 février 2013 11 h 18

    7 % de quoi?

    «Les automobilistes n’assument actuellement que 7 % des coûts, a fait valoir Réal Ménard». Étonnant: 7 % de quoi? Qui a fait le calcul, en se basant sur quelle étude? Croyez-vous sur parole les politiciens, surtout dans le contexte de malhonnêteté actuel?

    Le journaliste pourrait-il vérifier cette assertion avant de la répéter?

    Je veux des explications. L'impression (peut-être est-ce seulement une impression, en effet) est que l'automobiliste est taillable et corvéable à merci, et que les divers niveaux de gouvernement ne s'en privent pas: taxes et surtaxes sur l'essence, taxes par l'immatriculation et surtaxe dans la région métropolitaine pour le transport en commun, et autres tarifs et taxation indirecte dont par la SAAQ (il y a eu un détournement de fonds (légal) par le gouvernement provincial dans les années 90, si mes souvenirs sont bons).

    Et «Les automobilistes n’assument actuellement que 7 % des coûts, a fait valoir Réal Ménard»?