Montréal - Le SPVM va surveiller l’octroi des contrats

Le maire de Montréal, Michael Applebaum, a ouvert «toutes grandes» les portes de l’hôtel de ville à la police vendredi au moment où le regard de la commission Charbonneau se porte sur lui.

M. Applebaum a annoncé la création de l’Escouade de protection de l’intégrité municipale (EPIM), une unité « autonome et indépendante » qui aura le mandat d’enquêter sur l’attribution des contrats publics à Montréal dans un esprit de prévention.


L’escouade sera formée d’une vingtaine d’enquêteurs et de civils du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Dotée d’un budget annuel de trois millions de dollars (en « argent neuf »), l’EPIM aura « carte blanche » pour enquêter sur les employés, les élus et les fournisseurs de la Ville. « Elle pourra fouiller partout et poser des questions à tous les employés de la Ville et ceux qui font affaire avec elle », a dit M. Applebaum.


Le maire s’est targué de fermer la porte « aux profiteurs et magouilleurs » qui seraient tentés de flouer les Montréalais. « Soyez avisés. Vous avez maintenant un nouvel obstacle devant vous », a-t-il dit.


L’annonce a été obscurcie par les démêlés du maire avec la commission Charbonneau. M. Applebaum a confirmé qu’il allait rencontrer les enquêteurs de la commission en après-midi, sans préciser le sujet. Le Devoir rapporte que M. Applebaum fait l’objet d’une enquête pour des transactions douteuses auxquelles il aurait participé dans son arrondissement de Côte-des-Neiges -Notre-Dame-de-Grâce.

 

Un joueur de trop?


La création de l’EPIM passe mal dans le monde policier, au sein duquel les rivalités sont notoires. L’Unité permanente anticorruption (UPAC) s’est abstenue de tout commentaire. La responsable des communications, Anne-Frédérick Laurence, a souligné tout au plus qu’il s’agissait d’une « bonne initiative ». « Ce sera une équipe complémentaire avec qui il y aura de la collaboration », a-t-elle dit.


À l’interne, Le Devoir a obtenu un autre son de cloche. Il ne fait aucun doute que la création de l’EPIM est perçue comme un irritant. « En tout cas, l’UPAC est furax », a-t-on affirmé sous le couvert de l’anonymat.


La commission Charbonneau et la Sûreté du Québec (SQ) ont réservé un accueil poli, sans plus, au lancement de l’EPIM. C’est l’UPAC qui digère moins bien l’annonce, corroborent des sources au SPVM.


Les enquêtes sur la corruption et la collusion gagnent en popularité dans la police. « C’est un beau créneau. L’UPAC craint de perdre sa notoriété », indique une source au sein du SPVM.


D’ailleurs, le directeur du SPVM, Marc Parent, a insisté sur l’importance de la collaboration entre l’EPIM, la commission Charbonneau et l’UPAC. « Il n’est pas question de recommencer des enquêtes qui ont déjà été entreprises, au contraire. Il n’y aura pas de dossiers parallèles ou de doublons d’enquête », a-t-il dit.


M. Parent perçoit l’EPIM comme « un bras supplémentaire » qui agira essentiellement « en prévention et en détection » des stratagèmes de collusion et de corruption. « L’objectif est de se projeter dans l’avenir », a-t-il expliqué.


L’EPIM portera une attention particulière à l’utilisation de prête-noms, un phénomène jusqu’ici peu exploré. C’est en utilisant des citoyens en apparence honnêtes, moyennant rétribution, que le crime organisé réussit à s’infiltrer dans l’économie légale et asseoir son monopole malsain sur des secteurs d’activité.


L’EPIM disposera d’un statut particulier au sein du SPVM. Le chef Parent a promis de s’intéresser de près à sa gouvernance. « On ne sera pas à la merci du politique. Même le maire ne saura pas sur quels sujets on enquête », indique une source au sein de la police.

 

Élan d’enthousiasme


À l’Hôtel de Ville, les trois partis ont encensé la création de l’EPIM.


Vision Montréal réclame depuis l’automne 2011 la participation du SPVM dans l’examen des contrats. L’opposition officielle crie donc victoire. Gaétan Primeau, conseiller de Tétreaultville, souhaite que l’EPIM s’intéresse en premier lieu aux contrats d’approvisionnement en informatique. « Il y aura des dizaines de millions à dépenser à la Ville de Montréal. Il faut faire un grand suivi », a-t-il dit.


Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, est aussi emballé, même si la création de l’EPIM survient trois ans et demi après que Jacques Duchesneau l’ait suggérée. « Enfin ! s’est-il exclamé. On avait absolument besoin de ça. C’est une pièce maîtresse. On comprend maintenant que le maire Applebaum est déterminé. »


M. Bergeron a minimisé le rôle joué par Vision Montréal pour donner tout le crédit à Michael Applebaum. « C’est pas tout de proposer, se lever au conseil et dénoncer. Ça prend un maire pour assumer », croit-il.


Richard Deschamps, chef d’Union Montréal, a rappelé qu’il avait aussi proposé la création d’une unité semblable à la mi-novembre, alors qu’il était dans la course pour succéder à Gérald Tremblay au poste de maire.


« Je vais saluer toute action prise au bénéfice des contribuables montréalais, a dit M. Deschamps. Ça va nous permettre de connaître la vérité sur différents dossiers et d’avoir une idée encore plus claire s’il y a des systèmes de collusion et de corruption ».


 

Avec Kathleen Lévesque

3 commentaires
  • Franklin Bernard - Inscrit 12 janvier 2013 11 h 31

    Le SPVM? Une farce?

    On veut rire? Le service de police à la solde de l'Hôtel de Ville chargé de surveiller l'octroi des contrats de l'Hôtel de Ville? Le même SPVM qu enquête sur lui-même? Le même SPVM qui conclut toujours à l'innocence de son personnel? Le même SPVM qui a laissé s'installer une culture de brutalié et de mépris des citoyens? Le même SPVM dont certains membres s'entraînent au tir sur des pauvres sans-abris sans défense? Ce même SPVM qui n'a pas été fichu de protéger adéquatement Pauline Marois au Métropolis? Et c'est c'est ce service de police décrié, en qui peu de gens ont encore confiance, qui va être gararant de l'honnêteté à l'Hôtel de Ville?

    Cela dit, devoir confier à la un corps policier la surveillance des contrats en dit long sur la profondeur de la corruption à la Vlle, la main-mise de la mafia sur les travaux publics et l'inaptitude de l'administration à se gérer elle-même.

  • Madeleine Léger - Abonnée 12 janvier 2013 16 h 57

    La Police ???

    On ne peut pas croire que LaPolice sera une garantie de la fiabilité des fournisseurs de la ville de Montréal. Je suis d'accord avec Franklin Bernard, c'est une mauvaise blague! Quelle sorte d'administration avons-nous? Il n'y a plus personne à la Ville qui a le sens des responsabilités, de l'éthique, de la simple bonne gestion?
    Plus on avance, plus ça devient inquiétant! Qui se lèvera d'ici quelques mois pour reprendre ce flambeau et viendra nous redonner espoir, confiance, et une ville?
    J'ai très peur pour les années à venir...
    François Léger

  • Pierre Germain - Inscrit 15 janvier 2013 10 h 39

    Honte! Honte! Honte!

    Au lieu de tout ce bruit pour rien, Parent ferait mieux de surveiller et discipliner ses troupes.

    M. Parent: Denis Cloutier, tabassé par six de vos policiers il y a 10 jours alors qu'il n'était coupable de rien, ça vous dit quelque chose? Et l'article 6 du Code de déontologie des policiers du Québec qui interdit d' "avoir recours à une force plus grande que celle nécessaire", ça vous dit quelque chose? Porter secours à une personne, ça vous dit quelque chose? Le moins que ces six policiers fautifs auraient pu faire, c'est d'accompagner M. Cloutier à l'hôpital après avoir constaté leur méprise. Allez-vous continuer à tolérer innocemment (au sens péjoratif, au sens de "stupidement") qu'un porte-parole du SPVM vienne nous dire que "tout a été fait dans les règles de l'art"?

    Force est de constater que vos troupes se croient tout permis, se conduisent en voyous, et que vous avez perdu le contrôle.

    Honte! Honte! Honte! En plus vous les défendez par le biais de votre porte-parole.

    Et le ministre de la Sécurité publique, là-dedans: qu'attend-il pour mettre le SPVM sous tutelle?