Nouvelles démissions-surprises à Montréal

Anie Samson
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Anie Samson

L’Hôtel de Ville de Montréal a accouché de deux nouvelles surprises jeudi avec les démissions de Harout Chitilian et Anie Samson. Les indépendants terminent l’année majoritaires au conseil, tandis que Vision Montréal est promis à des lendemains qui déchantent.

Le conseil compte maintenant 20 élus indépendants, 19 d’Union Montréal, 14 de Vision Montréal et 10 de Projet Montréal.


Le départ de Mme Samson est un désaveu de la stratégie adoptée par la chef de Vision Montréal, Louise Harel, au lendemain de la démission de Gérald Tremblay.


Mme Samson, la leader de l’opposition, poussait pour que Vision Montréal présente son propre candidat à la mairie. Le caucus a plutôt choisi d’accepter quatre postes au comité exécutif, dont la présidence accordée à Laurent Blanchard, à la condition qu’il siège à titre d’indépendant.


Dans ce marchandage, Vision Montréal a perdu son mordant, déplore la mairesse de Villeray -Saint-Michel -Parc-Extension.


« Moi, comme bouledogue, je me lève et je pose des questions à qui ? s’interroge Mme Samson. Je me sens comme dans une prison. » Restée fidèle à Vision Montréal depuis sa première élection en 1994, elle ne se reconnaît plus dans son propre parti. « Il ne reste de Vision Montréal que le nom », tranche-t-elle.


Mme Samson cite deux exemples récents où Vision Montréal a perdu son âme dans l’esprit de coalition.


Louise Harel a été très douce dans sa critique de la nomination de l’ancien chef de cabinet de Gérald Tremblay, Agop Evereklian, à la direction des affaires institutionnelles. À l’opposé, Projet Montréal a dénoncé « ce parachute doré ».


Le rôle du directeur général, Guy Hébert, dans le camouflage de l’étude secrète de 2004 sur la collusion, suscite « un malaise » qui n’a pas trouvé un écho assez fort chez Mme Harel, juge Anie Samson. « J’aimerais que M. Hébert s’explique. J’aimerais qu’il nous dise pourquoi, pendant huit ans, il n’a pas dit un mot », dit-elle.

 

En manque d’appuis


La chef de Vision Montréal, Louise Harel, a exprimé sa « tristesse ». « J’accepte que l’on puisse rester sceptique devant les changements survenus au conseil de ville. J’assure à Mme Samson que malgré notre divergence d’opinion sur cette question, notre affection mutuelle nous permettra de continuer à collaborer en toute sérénité », a-t-elle dit par voie de communiqué.


Anie Samson n’entretient aucune animosité à l’égard de Louise Harel, mais elle ne croit plus en ses chances de remporter la marie en novembre 2013. Le parti manque de distance par rapport au nouveau gouvernement péquiste, et ses appuis « arrêtent au boulevard Saint-Laurent », dit-elle. « Mme Harel est respectée de ses collègues, mais Vision Montréal a un passé, il porte le poids des fusions. Les gens de l’Ouest ont une grande mémoire. Ils s’en souviennent », estime-t-elle.


Mme Samson sera candidate aux prochaines élections. Son coeur penche pour Denis Coderre, « un très bon » ami avec qui elle est en contact régulier. Elle pourrait l’appuyer s’il se décide enfin à faire le saut. « Il y aurait de grosses chances. Denis est peut-être la personne qui pourrait le mieux défendre Montréal, mais c’est encore tôt pour le dire », a-t-elle dit.

 

Chitilian aussi


Union Montréal a perdu un autre conseiller avec la démission d’Harout Chitilian.


M. Chitilian exerce avec un bon mélange de poigne et d’humour la fonction de président du conseil. Pour conserver sa neutralité dans un contexte de bouillonnement politique, il juge préférable de ne s’aligner avec aucun parti.


Le conseiller Marvin Rotrand reviendra à la charge auprès de M. Chitilian, en janvier, afin d’obtenir des ressources additionnelles pour les indépendants, telles que l’accès à des locaux de réunion. « Nous avons besoin de négocier pour protéger les droits des indépendants. Je ne remets pas en question le statut des partis, mais ils doivent céder certains de leurs privilèges », estime-t-il.


M. Rotrand a déjà obtenu quelques concessions. La période de questions des élus a été prolongée de 30 à 45 minutes le lundi et de 15 à 30 minutes le mardi. Seules les trois premières questions sont désormais réservées dans l’ordre à Union Montréal, Vision Montréal et Projet Montréal.


Les budgets de recherche ont été majorés à 15 000 $ pour un élu indépendant, et à 30 000 $ pour un maire d’arrondissement. Les élus membres de partis reconnus sont privés de ces sommes, car elles sont versées directement à leur famille politique, selon un calcul fait à partir du 1er janvier.


D’autres élus pourraient démissionner d’ici le 31 décembre pour avoir droit à ces budgets.

6 commentaires
  • Pierre Samuel - Inscrit 21 décembre 2012 07 h 49

    L'opportunisme politique...

    Tout en n'ayant rien à reprocher à Madame Harel, «une chic dame» selon ses propos, Madame Samson ne se reconnaît plus dans son parti. Ex-copine de classe de Denis Coderre (tiens, tiens!), elle préfère se «mettre en réserve de la république». On a déjà vu ça quelque part, semble-t-il...

  • Michel Bédard - Inscrit 21 décembre 2012 10 h 01

    Toute une surprise.

    Anie Samson démissionne de VM... C'est bien la dernière personne à qui j'aurais pensé quant à une démission. M'enfin... Mme Harel a été très digne. Endetté, VM serait au bord du gouffre financier, et fragilisé pour s'engager financièrement dans une prochaine élection. Pas du tout. Si VM connaît bien la loi sur le financement des partis municipaux, il saura très bien tirer son épingle du jeu. Michel Bédard.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 21 décembre 2012 13 h 27

    Le jupon dépasse

    Il est évident que le geste de Madame en cache un autre. il s'agit moins d'une démission qu'une mise en place pour préparer l'arrivée du libéral Coderre.

  • Vincent Leclair - Abonné 21 décembre 2012 19 h 12

    CAQ

    Mme Samson était également co-signataire du manifeste de la CAQ dans ses débuts. Qu'elle trouve Vision Montréal trop péquiste que maintenant n'est peut-être pas anodin.

  • Bernard Gervais - Inscrit 21 décembre 2012 23 h 10

    Se mettre du bon bord

    Mme Samson invoque le fait qu'elle ne se reconnaît plus dans Vision Montréal pour justifier sa décision de quitter cette formation...

    Un prétexte pour tenter de cacher son intention réelle, soit celle de se mettre du côté de celui qui, jusqu'à maintenant, semble le mieux placé pour l'emporter lors des prochaines élections municipales !

    On a déjà vu des élus se comporter de la sorte aillleurs. Pensons à ces députés de l'Assemblée nationale qui avaient décidé d'aller rejoindre la CAQ à Legault !