Des insultes en cadeau

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, nie formellement avoir traité d’« hostie de salopes » deux militantes de Vision Montréal, comme le prétendent celles-ci.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, nie formellement avoir traité d’« hostie de salopes » deux militantes de Vision Montréal, comme le prétendent celles-ci.

Les écarts de langage des élus de Projet Montréal ont ravivé le climat d’animosité à l’hôtel de ville. Le chef du parti, Richard Bergeron, aurait traité d’« hostie de salopes » deux militantes de Vision Montréal, le 6 décembre dernier, tandis que le maire du Plateau Mont-Royal, Luc Ferrandez, a traité son vis-à-vis du Sud-Ouest de « gros câlisse » mardi matin.

Véronique Fournier, conseillère de Vision Montréal, s’est sentie « intimidée » par les propos « misogynes » de M. Bergeron, tenus le jour du 23e anniversaire du massacre de Polytechnique. « On est dans une période tumultueuse. Peut-être que les esprits se sont échauffés à l’hôtel de ville, mais ça n’excuse en rien des propos inacceptables. Ce sont des propos à la limite de l’intimidation », a dit Mme Fournier.


Sa version est corroborée par l’attachée de presse de Vision Montréal, Militza Jean, qui se trouvait à côté de Mme Fournier lors de l’incident. « Ça m’a scié les jambes, et je suis sûre d’avoir bien entendu », a-t-elle dit.


Mme Jean a été congédiée de Projet Montréal en décembre 2011, et elle poursuit son ancien employeur pour harcèlement psychologique. Elle a ajouté ce nouvel épisode de relations tendues dans sa plainte originale à la Commission des relations du travail.


Le chef de Projet Montréal est sidéré par ces accusations qu’il dit sans fondement. « Jamais de ma vie je n’ai dit ça. C’est odieux comme c’est pas imaginable d’avancer que j’aurais dit ces mots-là », a dit M. Bergeron, visiblement consterné.


Sa version est corroborée par son attachée de presse, Catherine Maurice, qui était aussi présente le 6 décembre. Selon Mme Maurice, Richard Bergeron n’a jamais prononcé les paroles qui lui sont imputées. « M. Bergeron a dit : elles sont culottées », a-t-elle dit.


Le Devoir était présent lors de l’accrochage en question, mais il n’a entendu aucune des paroles attribuées aux uns et aux autres.


M. Bergeron, Mme Fournier et leurs attachées de presse respectives se disputaient pour déterminer qui, selon le protocole, devait s’adresser en premier aux médias pour commenter la deuxième mouture du budget de Montréal.


En principe, l’opposition officielle formée de Vision Montréal doit avoir préséance sur le deuxième groupe de Projet Montréal. Or les médias ont choisi spontanément d’interroger le chef de Projet Montréal d’abord, et la conseillère Fournier ensuite, même si elle est la vice-présidente de la Commission des finances et de l’administration.


Le climat était tendu entre les deux adversaires politiques, qui se sont décoché des flèches lors de leurs interventions.

 

Des insultes pour Noël


Encore mardi matin, les élus se sont donné des insultes en cadeaux à une semaine de Noël, au point que le président du conseil, Harout Chitilian, les a invités à réfléchir à la portée de leurs paroles. « Il y a de plus en plus de dérapages, une perte des valeurs morales chez certaines personnes que je ne nommerai pas », a-t-il dit.


M. Chitilian a rappelé que les élus municipaux ne jouissaient pas de l’immunité parlementaire, contrairement aux députés de l’Assemblée nationale ou de la Chambre des communes. Si des personnes s’estiment lésées par des propos diffamatoires, elles ont tout le loisir de poursuivre leurs auteurs, a-t-il rappelé dans une mise en garde.


L’altercation entre M. Bergeron et Mme Fournier a été vaguement évoquée sur le plancher du conseil, mais le malaise portait surtout sur des paroles prononcées devant témoins par le maire de l’arrondissement du Plateau Mont-Royal, Luc Ferrandez. L’élu de Projet Montréal a traité le maire du Sud-Ouest, Benoît Dorais, de « gros câlisse » ou de « gros cave », selon les différentes versions non contredites pour l’essentiel. Richard Bergeron et Marc-André Gadoury étaient présents lors de l’incident.


Projet Montréal ne dément pas les faits. Richard Bergeron s’est entretenu avec M. Ferrandez pour lui demander « d’être plus posé » dans ses interventions auprès des autres élus, a dit Mme Maurice.


L’opposition officielle a porté plainte au président du conseil pour ces deux affaires venues ternir l’esprit de coalition et d’harmonie qui doit planer sur Montréal jusqu’aux élections de novembre 2013.


Le maire de Montréal, Michael Applebaum, a rappelé que les insultes étaient « inacceptables » entre élus. « Il faut toujours respecter les autres individus », a-t-il dit.

1 commentaire
  • Franklin Bernard - Inscrit 19 décembre 2012 10 h 48

    Ah, ça vole haut à l'Hôtel de Ville!

    C'est à mon tour d'avoir envie d'insulter tous ces grossiers «élus», et si Le Devoir le permettait dans ses pages, ils en auraient les oreilles rouges.

    C'est ça, la nouvelle administration que le «Maire» Applebaum a réuni autour de lui? Alors que Montréal meurt à petit feu sous la corruption, les contrats de travaux publics gonflés, les chantiers anarchiques et interminables, les chaussées défoncées, les embouteillages provoqués par la négligence, la paresse et l'incompétence, ces gens-là ne pensent qu'à s'invectiver et à s'insulter, alors qu'ils devaient s'unir pour sauver Montréal de se grotesque dégringolade.

    Je dis ailleurs que je ne crois pas une seconde que cette nouvelle administration sera en mseure de faire quoi que ce soit pour changer le cours des choses, en voici, hélas, une autre preuve.