Faubourg Contrecœur - Le projet aurait été planifié par une «organisation»

L’ancien responsable des transactions immobilières de la Ville de Montréal a révélé hier en cour que le projet du Faubourg Contrecoeur avait été orchestré une organisation dans laquelle était impliquée la firme de génie-conseil Séguin.
Photo: La Presse canadienne (photo) Troy Fleece L’ancien responsable des transactions immobilières de la Ville de Montréal a révélé hier en cour que le projet du Faubourg Contrecoeur avait été orchestré une organisation dans laquelle était impliquée la firme de génie-conseil Séguin.

La firme de génie-conseil Séguin a été impliquée dans une « organisation » mise en place afin de favoriser le groupe Catania dans le dossier du Faubourg Contrecoeur, d’après l’un de ses propres dirigeants, Gino Lanni. C’est ce qu’a déclaré sous serment mardi l’ancien responsable des transactions immobilières de la Ville de Montréal, Joseph Farinacci.

Joseph Farinacci témoignait lundi et mardi devant la Cour supérieure dans le procès opposant le président de la firme de génie-conseil Groupe S.M. international, Bernard Poulin, à La Presse et à son ancien journaliste André Noël (maintenant enquêteur à la commission Charbonneau). M. Farinacci y a rapporté le contenu d’une conversation qu’il a eue en février 2007 avec l’ingénieur Gino Lanni, vice-président et deuxième actionnaire chez Séguin (rebaptisé Génius en 2010).


Cette firme a été montrée du doigt à plusieurs reprises devant la commission Charbonneau cet automne. Selon le témoignage de l’ex-organisateur politique Martin Dumont, Gino Lanni a été vu à deux ou trois reprises dans les locaux du parti Union Montréal, où il allait rencontrer le responsable du financement, Bernard Trépanier, alias monsieur 3 %.


Lors de sa rencontre avec M. Lanni, M. Farinacci était en pleine réflexion quant à son avenir comme directeur à la Direction des stratégies et transactions immobilières (DSTI). L’ancien président du comité exécutif, Frank Zampino, et l’ancien directeur général de la Ville, Claude Léger, lui avaient annoncé quelques jours plus tôt que le dossier du Faubourg Contrecoeur irait de l’avant malgré les nombreuses réticences de M. Farinacci - réticences dont le Vérificateur général de la Ville a fait état dans un rapport rendu public le 29 avril 2009.


Lors d’une sortie avec des amis le 22 février 2007, M. Farinacci rencontre par hasard M. Lanni. Les deux hommes discutent du dossier du Faubourg Contrecoeur. Gino Lanni aurait alors expliqué que son « groupe [Séguin] travaille là-dessus ». Il a dit qu’il y avait « depuis longtemps une grosse organisation » en place pour faire en sorte que Construction F. Catania obtienne le contrat de développement.


M. Lanni a rappelé que Claude Léger a déjà travaillé chez Séguin (entre 1984 et 1988), et M. Farinacci en a compris que M. Léger « fait partie de l’organisation ». L’ingénieur aurait finalement expliqué à M. Farinacci « qu’il y a un cartel qui se partage les travaux à la Ville ». Le Devoir avait révélé en novembre 2010 l’existence d’un réseau de firmes de génie-conseil, appelé le « club des neuf », qui se partageaient des contrats publics.


Au fil de sa conversation avec M. Lanni, M. Farinacci dit avoir « compris que cette histoire [du Faubourg] était une organisation bien huilée ». « Je dois quitter, c’est une trop grosse machine », a-t-il pensé. Il a demandé une rencontre avec Claude Léger pour lui présenter sa démission et demander que la Ville honore quand même les neuf mois restant à son contrat. M. Léger aurait suggéré à M. Farinacci de se calmer, mais le principal intéressé a répété qu’il ne « pouvait continuer [à exercer ses fonctions] pour des raisons d’intégrité ». Son départ a été officialisé le 5 mars 2007.


Fondé en 1980, le Groupe Séguin opère depuis deux ans sous la bannière de Génius conseil. Dans le dossier Contrecoeur, le groupe Séguin et LVM Technisol (Dessau) ont signé le bilan final des travaux de décontamination et de réhabilitation. M. Lanni n’était pas disponible mardi pour répondre aux questions du Devoir.

 

« Parrain politique »


M. Farinacci a expliqué durant son témoignage qu’il avait dans le cadre de son travail un « parrain politique » au sein du comité exécutif - en l’occurrence Frank Zampino, responsable des dossiers d’immobilier. « Il avait plusieurs rôles, a dit M. Farinacci. Aux deux semaines, on passait en revue les dossiers pour s’entendre sur les objectifs et les stratégies. » Mais comme directeur du DSTI, M. Farinacci relevait directement de Claude Léger.


Il a indiqué mardi avoir exprimé à plusieurs reprises à MM. Zampino et Léger ses objections par rapport à la direction que prenait le projet du Faubourg Contrecoeur - notamment le prix de vente trop bas et le fait que ce soit la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) qui gérait le dossier. « Nous avons eu des heures de discussion là-dessus », a-t-il dit.


À la mi-février 2007, M. Farinacci a appris de MM. Zampino et Léger que le projet devait être bouclé dans les jours suivants. Impossible, a répondu le responsable de l’immobilier : il estimait primordial qu’une nouvelle évaluation des coûts de décontamination soit menée pour compléter une précédente évaluation. « Il manquait trop d’éléments », a-t-il dit en cour.


Léger « atterré »


Joint par Le Devoir, Claude Léger s’est dit « atterré » par la teneur du témoignage de M. Farinacci. « Ce n’est pas vrai. Je tombe des nues. Je ne faisais partie d’aucune organisation », a-t-il affirmé.


M. Léger a toutefois reconnu que l’administration Tremblay-Zampino pesait sur l’accélérateur afin que le Faubourg Contrecoeur prenne forme. À l’époque, l’échec du déménagement du casino avec le Cirque du Soleil avait soulevé des critiques sur un certain immobilisme ambiant et la Ville voulait garnir le ciel montréalais de grues.


« Il y avait énormément de pression sur les fonctionnaires pour faire avancer les dossiers. Je ne le nierai pas. Mais à l’époque, il n’y avait rien de suspect », a-t-il soutenu. Il insiste pour dire qu’il croyait « que la Ville poursuivait un objectif légitime de développement du site Contrecoeur ».


Il dit n’avoir eu aucun contact avec Gino Lanni depuis la fin des années 80. Quant à sa rencontre avec Joseph Farinacci à l’hiver 2007, qui scellera le départ de ce dernier, Claude Léger a raconté que son employé « n’était pas confortable » avec la décision de mettre le dossier entre les mains de la SHDM. « Il n’avait pas confiance, mais je lui ai expliqué que comme fonctionnaires, nous avons l’obligation de respecter les décisions des élus », a indiqué M. Léger.


Le procès Poulin-Noël se poursuit mercredi. M. Poulin réclame 850 000 $ pour atteinte à sa vie privée. Il reproche aux intimés d’avoir diffusé en 2009 et en 2010 le contenu d’une communication téléphonique privée qu’il a eue avec Bernard Trépanier au sujet du Faubourg Contrecoeur.


Le 17 mai 2012, l’escouade Marteau a arrêté neuf personnes pour fraude, corruption et abus de confiance relativement à cette affaire, dont Paolo Catania, Frank Zampino et M. Trépanier.

6 commentaires
  • Pierre Schneider - Abonné 12 décembre 2012 06 h 36

    Casino-cirque Soleil

    Ça me rappelle que le fabuleux projet de casino avec cirque du soleil qui a été rejeté par Montréal a été une incommensurable erreur. Toronto la prude (?) va en profiter....

    • Bernard Terreault - Abonné 12 décembre 2012 07 h 46

      Vous vous trompez, M. Schneider, ce n'est pas la ville qui a bloqué le projet, mais le gouvernement du Québec qui, avec raison, à refusé de payer la note; le Cirque du Soleil exigeait une garantie financière d'environ un milliard! Les ministres Couillard et Jérôme-Forget, particulier, étaient opposés. Les libéraux, par la suite, ont bizarrement essayé de minimiser leur rõle dans cette bonne décision.

    • Francois Cossette - Inscrit 12 décembre 2012 09 h 17

      Ben sure !!!
      On a juste a regarder ce qui se passe dans des villes comme Los Angeles et New York ou le cirque du soleil doit plié bagage 6 ans plus tot que prévu.

      Ca aurait été encore un bel elephant blanc payé avec l'argent des contribuables et cela aurait permis encore au meme monde que l'on connait de se remplir les poches.

      Avant de commencer d'autres projets on devrait commencer par mettre en prison ceux qui nous volent depuis des décennies.

  • François Dugal - Inscrit 12 décembre 2012 08 h 11

    La turpitude

    Tant de turpitude me laisse pantois; n'avez-vous pas envie de vomir?

  • Bertrand Picard - Inscrit 12 décembre 2012 09 h 46

    Perdu.

    Très beau projet pour Montréal qui aurais rapporter une petite mine d'or.
    Très mauvaise administration des administrateurs de la ville.
    Qu'elle belle erreur.
    Tibert.

  • Raymond Labelle - Abonné 12 décembre 2012 10 h 16

    Menaces de poursuite en diffamation - l'arroseur arrosé.

    Les malfrats aux enveloppes brunes, lorsqu'exposés, menacent souvent de recours en diffamation. Ces menaces servent à faire peur et à faire taire les journalistes ou les témoins qui veulent parler.

    Comme il me fait plaisir de voir que l'exécution d'une telle menace se retourne contre son auteur - exposant davantage sa turpitude au grand jour.

    Que les auteurs de telles menaces aient maintenant peur de les exécuter.