Gérald Tremblay vit son départ comme un deuil

Marcel et Gérald Tremblay en janvier 2009, lors du dévoilement des préparatifs en vue du 375e anniversaire de Montréal
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Marcel et Gérald Tremblay en janvier 2009, lors du dévoilement des préparatifs en vue du 375e anniversaire de Montréal

Après sa démission abrupte, l’ex-maire Gérald Tremblay vit son retrait de la vie politique comme un deuil. C’est ainsi que son frère Marcel Tremblay a décrit l’état d’esprit de l’ancien maire, qui s’est réfugié à sa maison de campagne.

On ne s’en étonnera pas, mais Marcel Tremblay fait preuve d’une indéfectible loyauté envers son frère et n’hésite pas à défendre l’intégrité et l’honnêteté de l’ex-maire, qui a dû quitter son poste un an avant la fin de son mandat. Lui-même ancien conseiller municipal, Marcel Tremblay était à l’hôtel de ville de Montréal vendredi matin pour prêter main-forte à Michael Applebaum, un allié de longue date qui bataillait pour le poste de maire par intérim.


Marcel Tremblay a dit s’être entretenu la semaine dernière avec son frère qui s’est retiré à son chalet de Saint-Hippolyte, au lendemain de sa démission. « Il a beau couper du bois, s’occuper de ses enfants, il y a un vide énorme. C’est comme un deuil. Il récupère. Il essaie de se rebâtir », dit Marcel Tremblay qui soutient par ailleurs que son frère est en « pleine santé ».


Les deux frères ont convenu qu’ils ne parleraient pas de politique, l’ancien maire ayant décidé de s’accorder une trêve, de se tenir loin du tumulte et de ne plus écouter les nouvelles. « C’est terrible comme fin [de carrière]. Ce n’est pas normal qu’il sorte par la porte arrière », se désole Marcel Tremblay.


« Ne vous inquiétez pas. Je suis serein parce que je n’ai rien à me reprocher », aurait dit Gérald Tremblay à ses proches. Marcel Tremblay estime que le traitement accordé à son frère est injuste et que l’ancien maire devrait obtenir le droit de s’exprimer, à la commission Charbonneau ou sur une autre tribune, pour donner sa version des faits. « Il y a beaucoup de choses qui vont s’éclaircir », affirme Marcel Tremblay.


Religieux et millionnaire


L’ex-maire pourrait alors répliquer aux allégations concernant le présumé financement occulte de son parti, Union Montréal, et aux reproches qui lui ont été adressés, croit Marcel Tremblay. « Je le connais depuis 68 ans. Mon frère Gérald, c’est un religieux », dit-il, expliquant que « voler de l’argent » est un geste que l’ancien maire n’aurait pu poser. « Il n’en a pas besoin, il est millionnaire ! », lance-t-il non sans candeur. Avant d’être député à l’Assemblée nationale et maire de Montréal, Gérald Tremblay a été l’agent d’athlètes et il a été propriétaire d’une auberge à Sainte-Adèle, a-t-il rappelé. L’ancien maire a fait le saut en politique municipale « de bonne foi ». Il était « honnête et travaillant », insiste Marcel Tremblay : « Sa priorité, c’était de faire de Montréal une ville modèle. »


Quand on lui rappelle que son frère a accordé sa confiance à des personnes qui l’ont « trahi », Marcel Tremblay se rebiffe : « On vit dans un milieu d’argent. En politique, on n’a pas le choix. Pour gagner des campagnes électorales, il faut avoir de l’argent, dans la légalité, mais ça n’existe plus, le bénévolat. »


Invité à commenter les témoignages de fonctionnaires corrompus à la commission Charbonneau qui éclaboussent aussi la classe politique, lui reprochant son manque de vigilance, il défend les élus : « J’ai siégé au comité exécutif. Vous n’avez aucune idée. On ne peut pas fonctionner si on ne fait pas confiance aux fonctionnaires. Il y a parmi eux des gens excessivement compétents ». Les élus doivent prendre des décisions sur une multitude de dossiers, qu’il s’agisse de projets d’envergure ou de travaux d’infrastructures, et il peut leur être difficile de juger, à la lumière des informations qui leur sont soumises, si un « trottoir vaut 2,5 millions ou 2,2 millions », dit-il.


Conseiller municipal dans le district de Notre-Dame-de-Grâce de 2001 à 2009, Marcel Tremblay s’est rendu célèbre en 2008 lorsqu’il a suggéré aux Montréalais de se munir de crampons pour se déplacer sur les trottoirs glacés de la métropole. Il était alors responsable du dossier du déneigement au comité exécutif. Il dit s’ennuyer de la vie politique municipale.


Même s’il dit comprendre le travail des journalistes, il estime que ceux-ci ont été durs à l’égard de son frère : « Avec ses défauts et ses qualités, c’était un être exceptionnel. J’ai travaillé avec lui pendant huit ans. Vous avez vu, lorsqu’il est parti, tout s’est effrité. »


L’entrevue prend abruptement fin lorsque, dans le hall d’honneur de l’hôtel de ville, les cloches sonnent. C’est le signal pour les élus qu’il est temps de retourner dans la salle du conseil. Le dépouillement des votes est terminé. Quelques minutes plus tard, l’ex-président du comité exécutif, Michael Applebaum, sera proclamé maire par intérim de la Ville de Montréal.

2 commentaires
  • Michel Benoit - Inscrit 17 novembre 2012 05 h 41

    Survie sous respiration artificielle

    Combien de montréalais ont réellement fait une vraie contribution politique municipale qui leur donne un crédit d'impôt remboursable ?

    Plusieurs auraient agi comme prête-noms.

    La grosse gaffe du maire Gérald Tremblay est d'avoir fait de l'aveuglement volontaire relativement au financement d'Union Montréal.

    En 2009, un dépliant a été distribué à toutes les portes la veille du début de l'élection (ce dépliant n'est pas considéré comme une dépense électorale). Le Parti voulait dépenser le maximum permis (2 millions).

    La journée du vote, on retrouve sur internet que la liste de 60 donateurs de plus de 100 $.... le rapport financier vérifié au
    31 décembre 2009 montre des dépenses électorales de 1 400 000 $.
    ( loin du maximum de 2 millions ) et 1 285 donateurs.

    Je conclus qu'Union Montréal a manqué de prête-noms pour officialiser vraiment des dépenses de 2 millions et se faire rembourser la moitié des dépenses électorales par la Ville de Montréal qui aurait économisé 300 000 $ en remboursement de dépenses électorales.

    Avec la force de l'argent, Union Montréal a gagné l'élection.

    Voici un exemple frappant de la façon de financer la campagne électorale 2009.... la plus grosse activité de financement ( 250 $ par personne ) a été une soirée dansante ( 8 mai 2009, Buffet Sorrento à La Salle qui compte 7 élus d'Union Montréal ) qui a rapporté 101 315 $.

    Le rapport financier indique qu'il y avait 530 personnes ( 135 donateurs de plus de 100 $ et 393 figurants (gratuités) qui n'ont pas payé. Les donateurs avaient droit à un crédit d'impôt remboursable de 155 $.

    En 2009, avec une population de 77 000 habitants dans l'arrondissement LaSalle, le rapport financier vérifié d'Union Montréal liste que 24 donateurs de plus de 100 $ ( revenus de 14 840 $ ).

    Et M. Tremblay n'aurait rien vu de cette mascarade participative
    avec la contribution de 100 000 $ des entrepreneurs....

    Jean Charest n'était pas pressé de créer la Commission Charbonneau...

  • Gilles Bousquet - Abonné 17 novembre 2012 10 h 00

    Un deuil confortable

    Avec quelques primes de départ et de recyclage, à son âge plus sa pension de la ville etc. Va pouvoir conserver son chalet.