Rififi à la mairie

Richard Deschamps s’adressant à la presse, mardi
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Richard Deschamps s’adressant à la presse, mardi

Pantalonnades et effet de capes sont au coeur du quotidien de l’Hôtel de Ville en ce début de semaine mouvementé.

Depuis qu’il a démissionné de la présidence du comité exécutif, Michael Applebaum multiplie les efforts pour « assainir l’ambiance à l’Hôtel de Ville » et se poser en digne successeur de Gérald Tremblay… au risque faire imploser son propre parti.


Dans une lettre envoyée aux trois chefs des partis municipaux dont Le Devoir a obtenu copie, M. Applebaum se dit « prêt à diriger en tant que maire indépendant ». Pour l’heure, il refuse de claquer la porte d’Union Montréal.


Les élus doivent s’« élever au-dessus de la mêlée partisane », souligne M. Applebaum dans sa missive. Il dit croire « sincèrement que [les Montréalais] méritent que nous pensions à Montréal avant de penser à nos intérêts partisans ».


Lors d’une rencontre de presse à la mairie de l’arrondissement de Notre-Dame-de-Grâce, M. Applebaum a insisté sur la nécessité de retrouver l’unité et la stabilité à Montréal. « La politique, on peut la faire dans huit mois », a-t-il dit.


Menace d’éclatement


Tout se déroule de manière excessivement rapide dans les arcanes des affaires municipales depuis la démission du maire Gérald Tremblay, le 5 novembre dernier.


M. Applebaum a quitté l’exécutif après avoir perdu un vote serré au caucus d’Union Montréal. Les élus lui ont préféré Richard Deschamps pour accéder au poste de maire par intérim. En défiant son propre parti, Michael Applebaum donne l’impression de se rapprocher de l’opposition. Ce faisant, il contribue à l’éclatement éventuel de son propre parti, Union Montréal.


Selon une source au sein du caucus, Michael Applebaum bénéficie d’un nombre suffisant d’appuis chez Union Montréal pour battre Richard Deschamps avec l’aide des partis d’opposition. « Si l’opposition présente un candidat, tout le monde à Union Montréal va se rallier derrière Richard. Mais si Michael se présente seul contre lui, les paris sont ouverts. Je ne sais pas ce qui pourrait arriver », affirme notre source.


Lors du vote interne pour la succession de M. Tremblay, M. Deschamps a reçu 27 votes contre 22 pour M. Applebaum.


Les conseillers d’arrondissements (non présents au conseil municipal) avaient le droit de vote, et ils ont fait pencher la balance en faveur de M. Deschamps. Les appuis de M. Applebaum sont plus importants parmi les 33 élus d’Union Montréal qui siègent au conseil municipal.


Le temps du « grand ménage »


Louise Harel, chef de Vision Montréal, a interrompu le caucus de son parti, hier après-midi, pour rencontrer les journalistes.


Sans révéler l’essentiel de sa stratégie, Mme Harel s’est dite ouverte à toute discussion avec les deux aspirants maires. L’ouverture de Michael Applebaum à accueillir des représentants de l’opposition au sein de l’exécutif n’est pas sans lui déplaire.


La chef de l’Opposition officielle espère « un changement en profondeur et un grand ménage » à l’hôtel de ville. « Il faut un maire au-dessus de la mêlée, qui ne fasse pas de partisanerie », estime-t-elle.


Elle rejette l’approche de « continuité » défendue par Richard Deschamps, réitérant son souhait qu’il accorde une plus grande place à l’opposition dans l’administration municipale de transition. « J’ai rencontré M. Deschamps cet après-midi, et il n’en est pas là. C’était décevant », a-t-elle déploré.


Le caucus de Vision Montréal se réunira à nouveau jeudi. Mme Harel refuse de s’engager maintenant à appuyer l’un ou l’autre des candidats, mais son coeur semble pencher davantage en faveur de Michael Applebaum.


Vision Montréal pourrait aussi présenter son propre candidat, avec le risque de diviser le vote au profit de Richard Deschamps. Des élus tels que Réal Ménard et Benoit Dorais ont exprimé leur intérêt pour le poste.


Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, n’a formulé aucun commentaire. Tout comme Louise Harel, il s’est entretenu avec Michael Applebaum et Richard Deschamps pour leur faire part de ses conditions.


Sur la défensive


De son côté, Richard Deschamps a paru sur la défensive, tout en se définissant comme « un homme du consensus ». Il a répété avec insistance qu’il était encore en pleine période de réflexion.


Il se dit en discussion tant au sein de son propre caucus qu’avec l’opposition.


M. Deschamps reste confiant de ses appuis au sein d’Union Montréal. « Je pense que le caucus est solidaire. »


Alors que M. Deschamps affirme que le caucus est uni, le vote à la succession fut très serré entre M. Applebaum et lui. Le vice-président du comité exécutif refuse d’envisager l’implosion du parti, un événement qui pourrait se concrétiser vendredi, lorsque le conseil devra élire le prochain maire.


M. Deschamps n’a pas voulu expulser Michael Applebaum du caucus même s’il ne cache pas ses intentions de se présenter à la mairie dans sa lettre aux élus. « Si M. Applebaum change d’idée, c’est sa responsabilité, c’est son choix », a dit M. Deschamps.


« On ne peut être membre d’un caucus et prendre des décisions à l’encontre. Il faut les consulter, les gens. On ne peut pas jouer sur deux tableaux », a-t-il ajouté.


De son côté, M. Applebaum s’est dit « appuyé fortement par plusieurs membres d’Union Montréal pour continuer de discuter avec Louise Harel et Richard Bergeron ».


Il « met au défi » Richard Deschamps de laisser la partisanerie de côté pour travailler « dans l’intérêt des Montréalais ».


Le torchon brûle entre les deux hommes qui ne s’étaient toujours pas reparlé au moment de mettre sous presse. « Je sais que je suis critiqué pour ma loyauté, mais ma loyauté ne va pas à un parti, elle va aux Montréalais qui m’ont élu », affirme un Michael Applebaum défiant.

5 commentaires
  • Serge Grenier - Inscrit 14 novembre 2012 08 h 39

    Ça ne passe pas !

    Il y a quelque chose que je ne comprend pas.

    Depuis des mois, on soupçonne l'administration municipale de collusion, de corruption, de tous les problèmes possibles et imaginables. Le maire démissionne et soudain tout est oublié, ceux qui restent sont redevenus blancs comme neige et on recommence comme avant, comme si de rien n'était.

    Je ne suis absolument pas d'accord. En ce qui me concerne, les Applebaum, Deschamps et autres sont autant dans le coup que Monsieur Gérald Tremblay et ont à répondre des mêmes accusations. Je trouve qu'ils ont vraiment du front tout le tour de la tête de se présenter devant nous pour nous demander de leur refaire confiance.

    Ça ne passe pas !

  • Johanne Bouthillier - Inscrite 14 novembre 2012 09 h 22

    Continuité?

    Depuis des années, les Montréalais paient trop cher pour leurs infrastructures. Richard Deschamps est le responsable des infrastructures. Il propose la continuité. Richard Deschamps a obtenu 27 votes de la part de ses collègues d'Union Montréal.

    Il me semble clair que ce Deschamps était la personne la plus mal placée pour succéder à G. Tremblay. Qu'ont pensé les 27 personnes qui ont voté pour lui?

    Un autre sourd et aveugle à la tête de Montréal? Le maire Tremblay serait parti pour rien.

    Johanne Bouthillier

  • Hugues Tremblay Manigouche - Inscrit 14 novembre 2012 10 h 16

    La continuité du régime

    Voilà ce qu'on propose ici. Qu'y peut-on? On ne peut que voter au prochaines élections municipales - et voter pour un autre parti.

  • Marjolaine Gaudreault - Inscrite 14 novembre 2012 10 h 42

    Suggestion

    Moi aussi, je trouve aberrant que ce soit un membre du parti du maire Tremblay qui prenne le poste de maire par intérim. Il y a comme un air de soupçon dans l'atmosphère.

    Je suggère que l'on prenne une personne renommée pour son intégrité et qui ne fait pas partie du conseil municipal actuel. Cette personne pourrait être nommée par l'ensemble du conseil actuel ou suggérée par le Gouvernement du Québec. Il y aurait consensus de la part des membres du conseil.

    Ceci apporterait un peu de calme dans le tumulte actuel et rassurerait passablement la population.

  • Franklin Bernard - Inscrit 14 novembre 2012 19 h 54

    Applebaum et l'image francophone de Montréal

    Quant à la possibilité qu'Applebaum, qui parle un français plus qu'approximatif, son éventuelle cooptation au poste de maire serait une gifle au visage de l'immense majorité des Montréalais et des Québécois francophones.

    On imagine sans peine l'image que pourrait donner de Montréal et du Québec ce politicien qui n'a jamais réussi (ou voulu réussir) à apprendre un français correct en plus de 20 ans de services à l'Hôtel de Ville.