Citoyens contre la hausse

En janvier 2011, après avoir reçu leur compte de taxes municipales, des citoyens du Plateau Mont-Royal ont été choqués par une hausse démesurée, alors en moyenne de 23,5 % sur l’île de Montréal. Ils sont passés à l’action en évitant de déverser leur frustration et leur colère sur le mobilier urbain ou sur des représentants de leur arrondissement. Le regroupement de citoyens « Mile End pour tous » participe depuis activement à la commission des finances de la Ville de Montréal. C’était bien avant le printemps érable, les révélations de la commission Charbonneau et le ras-le-bol généralisé devant autant de cônes orange réels ou imaginaires qui diabolisent le quotidien des Montréalais.

Pierre Pagé, retraité de l’Institut canadien d’éducation des adultes (ICEA), participe activement à la vie citoyenne depuis plus de trente ans. Son premier combat ? Le cinéma Rialto, qui a bien failli perdre sa vocation culturelle au profit de la marchandisation de ce lieu unique, joyau de l’arrondissement. C’était sous le règne de l’administration Bourque. Alerté par les documentaristes Sophie Bissonnette et Martin Duckworth, citoyens du quartier, eux aussi inquiets des conséquences dramatiques de ces hausses, il a fait ses devoirs en assistant d’abord avec d’autres membres du comité aux séances publiques de travail de la Commission des finances. Il a fait sienne cette phrase, souvent galvaudée, du président américain : « Ne vous demandez pas ce que votre ville peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour votre ville. »


Comme d’autres arrondissements de Montréal, ces citoyens tiennent à la mixité de leur quartier. Jeunes familles, artistes, propriétaires de longue date avec de faibles revenus, autant de citoyens qui contribuent à créer la singularité de Montréal et de sa culture. Ils sont aussi conscients des dangers du fardeau fiscal induit par l’évaluation et la taxe foncière. Nul besoin d’être un érudit fiscaliste pour deviner la fin de ce roman urbain. Cette charge conduira à plus ou moins long terme à l’exode du « vrai monde » du quartier.


Le comité « Mile End » a posé les vraies questions, celles qui n’ont rien de glamour. Des interrogations concrètes pouvant mener à des solutions réalistes pour le bien commun. L’exercice peut paraître fastidieux, mais il n’en est rien. On se demande pourquoi on n’y avait pas pensé avant : « Comment Montréal se compare-t-elle à d’autres villes semblables ? », « Qu’est-ce que le contribuable a pour chaque dollar investi ? », « Est-il vrai que des employés reçoivent des bonis sans évaluation ? » ; l’exercice a duré six jours. Le septième jour, le 24 mai dernier, Claudine Schirardin, membre du comité, a déposé au nom du regroupement un mémoire sur le fardeau fiscal des Montréalais avec des propositions concrètes issues d’assemblées citoyennes.


En attendant des réponses à leurs questions, ces citoyens de Montréal devront prendre leur mal en patience. Et ils ne sont pas les seuls : d’autres résidants des régions s’indignent, car ils subissent les impacts de la spéculation immobilière. Car tout se paie, même le bonheur de contempler le fleuve et de rêvasser devant un lac.