Collusion - Montréal a attendu cinq ans pour réagir

Gérald Tremblay aurait été tenu dans l'ignorance d'études secrètes sur la collusion. Il aurait appris l'existance de ces études quelques jours avant sa démission, le 5 novembre dernier.
Photo: - Le Devoir Gérald Tremblay aurait été tenu dans l'ignorance d'études secrètes sur la collusion. Il aurait appris l'existance de ces études quelques jours avant sa démission, le 5 novembre dernier.

L’attentisme de l’administration Tremblay apparaît au grand jour dans une série d’études secrètes sur la collusion rendues publiques lundi. Ce nouvel épisode de la crise à l’hôtel de ville a envenimé les débats au conseil en plus de pousser Union Montréal un peu plus près de l’éclatement.

Avant 2009, il y avait « une absence totale » de mécanismes pour prévenir la collusion, la fraude et la fixation des prix à la Ville de Montréal. Dès 2004, une première étude sur la gestion des risques dans les contrats de construction faisait pourtant état d’un gonflement du coût des travaux de 30 à 40 % à Montréal, une ville où les mêmes entrepreneurs se partageaient les contrats dans une logique de « marché fermé ».


« Si la Ville arrivait à ouvrir le marché de la construction des infrastructures et des bâtiments et que l’impact d’une telle ouverture était comparable à celui constaté dans le cas du génie-conseil, les économies seraient de l’ordre de 10 à 15 % », constatent les auteurs de l’étude.


Pourtant, c’est seulement après le scandale sur la vente au rabais des terrains du Faubourg Contrecoeur, en 2009, que la Ville a embrayé en deuxième vitesse sur la collusion.


Le délai est préoccupant, a reconnu le directeur général de la Ville, Guy Hébert. « Je suis d’accord avec vous que c’est long », a-t-il dit lundi en dévoilant ces études gardées secrètes jusqu’à la semaine dernière.


Tractations


Qui a obtenu ces études et quand ? Ces questions ont donné lieu à d’importantes tractations à la séance extraordinaire du conseil municipal tenue en après-midi pour enclencher la procédure d’élection d’un nouveau maire en remplacement de Gérald Tremblay.


En 2004, M. Hébert était responsable de la Direction de l’approvisionnement, qui parrainait la première étude. Il l’a remise au directeur général de l’époque, Robert Abdallah, au président du comité exécutif, Frank Zampino (aujourd’hui accusé de fraude dans l’affaire du Faubourg Contrecoeur) et à Yves Provost, le directeur général adjoint du service des infrastructures. M. Hébert a présumé que le maire et les autres élus avaient été informés puisqu’en 2005 et 2006, la Direction générale a réalisé une vérification interne dans les appels d’offres, l’attribution et la gestion des contrats de voirie, d’aqueduc et d’égouts.


Lors de sa démission, Gérald Tremblay a indiqué que des membres de son entourage avaient « trahi sa confiance » en lui cachant des informations. Selon Guy Hébert, M. Tremblay a été tenu dans l’ignorance de ces études jusqu’à tout récemment. Lorsque M. Tremblay a appris leur existence, quelques jours avant sa démission, il était « surpris et fâché », a dit M. Hébert. « Il m’a toujours dit qu’il ne les avait pas vues », a-t-il ajouté.


Alan DeSousa, membre du comité exécutif depuis 2001, jure que les élus faisant partie de ce premier cercle décisionnel n’ont jamais obtenu ces informations. L’ancien directeur général de la Ville de 2009 à 2011, Louis Roquet, assure aussi que les études sont restées secrètes lorsqu’il était en poste. Même le président démissionnaire du comité exécutif, Michael Applebaum, offre la même lecture des événements.


Reste donc Robert Abdallah, presque seul dans son camp, pour affirmer que le comité exécutif avait obtenu toutes les informations pertinentes au moment opportun.


Aveuglement et amnésie


La publication des études a inspiré des remarques cinglantes à l’opposition officielle. Louise Harel a déploré « l’aveuglement volontaire généralisé » des membres du comité exécutif, tandis que la leader de l’opposition, Anie Samson, dénonçait leur « amnésie générale ».


Vision Montréal ne croit pas que le comité exécutif ait été tenu dans l’ignorance des études sur la collusion. À preuve, c’est bien le comité exécutif qui a autorisé les dépenses pour réaliser ces études. C’est aussi l’exécutif qui a approuvé un contrat de 500 000 $ à Macogep, en 2005, pour valider les coûts des travaux, afin de « contenir la surenchère des marchés » et obtenir le meilleur rendement.


Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a déploré pour sa part la mollesse de l’administration Tremblay. « Il n’y a jamais eu une directive politique claire pour élucider la question du coût des contrats à Montréal », a-t-il dit.


La conseillère de Vision Montréal, Elsie Lefebvre, a enfin dénoncé l’opération de relations publiques du directeur général et du Contrôleur, Alain Bond. C’est elle qui avait fait une demande en vertu de la Loi sur l’accès à l’information pour obtenir l’étude de 2004 dont les médias ont finalement obtenu copie avant elle lundi. Vision Montréal n’apprécie guère la méthode que Louise Harel qualifie « d’ingérence politique ». Le parti portera plainte à la Commission d’accès à l’information.

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Applebaum réfléchit

Le président démissionnaire du comité exécutif, Michael Applebaum, réfléchit toujours à son avenir au sein d’Union Montréal. M. Applebaum a indiqué que le maire intérimaire devrait être « indépendant des trois formations politiques », et s’engager à ne pas être candidat lors de l’élection de novembre 2013. Il s’est aussi montré favorable à la composition d’un comité exécutif de coalition, avec une représentation de tous les partis, comme le réclament Vision Montréal et Projet Montréal, deux partis avec lesquels il est en maintenant en contact. M. Applebaum persiste et signe : des membres du comité exécutif ont cherché à retarder la publication des études secrètes sur la collusion pour éviter des questions embarrassantes lors de la séance du conseil, dit-il. C’est la raison pour laquelle il aurait abandonné son poste. Richard Deschamps a nié les faits, prêtant « un agenda caché » à son nouvel adversaire non déclaré. Il apparaît de plus en plus probable que M. Applebaum se portera candidat à la mairie pour faire concurrence à M. Deschamps, le candidat d’Union Montréal. Vision Montréal n’exclut pas de présenter son propre candidat.

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