Les hauts et les bas d’un maire téflon

La carrière de Gilles Vaillancourt à la mairie de Laval est une succession de bons coups attribuables à son instinct politique et d’épisodes moins glorieux d’opacité dans la gestion des fonds publics. Retour sur le parcours exceptionnel d’un maire téflon sur lequel le scandale ne collait jamais.

4 novembre 1973: élection de Gilles Vaillancourt au poste de conseiller dans Laval-des-Rapides, où il a vu le jour.


Mai 1989: libéraux, conservateurs et péquistes s’unissent pour empêcher son élection à la mairie, car on le juge trop opportuniste, avec deux changements de camp à son actif, pour se rapprocher du pouvoir.


8 juin 1989: le jour de son assermentation comme maire par intérim, il fait la première d’une série de promesses qui seront brisées : Laval ne dépassera jamais 400 000 habitants afin de conserver son patrimoine vert sur la moitié du territoire, dit-il.


Août 1989: les médias révèlent que la résidence du maire sur l’île Paton est construite sur des terres inondables, en contradiction avec la Loi sur l’environnement.


5 novembre 1989: M. Vaillancourt est élu maire de Laval au suffrage universel. Il répétera l’exploit à quatre reprises jusqu’à sa démission.


Juillet 1992: le maire dézone des terrains pour faciliter l’agrandissement des carrières exploitées par Corival (feu Pietro Rizzuto, sénateur), Simard-Beaudry (feu Mario Beaulieu, sénateur) et Devesco (famille D’Errico, dont le patriarche fut le trésorier du PLQ).


Septembre 1993: des proches du parti du maire, le PRO, ont obtenu en deux ans pour environ 13 millions de dollars de contrats sans appels d’offres, révèle Le Devoir. Le maire nie tout favoritisme.


Avril 1994: un rapport comptable sur les irrégularités à la Société de transport de Laval (STL) est transmis à la police. Des cadres ont empoché plus d’un million en frais de dépenses sans guère de justification.


Août 1994: Laval obtient le feu vert pour la construction d’une usine d’épuration des eaux usées, un projet de 110 millions financé à 90 % par Québec.


21 avril 1995: Vaillancourt est élu président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) pour un mandat de deux ans.


Décembre 1995: le laxisme et le gaspillage dans la gestion des fonds publics sont dénoncés par un vérificateur comptable nommé par Québec pour enquêter sur l’administration Vaillancourt et la STL.


4 novembre 2001: le triomphe de Gilles Vaillancourt aux élections municipales est complet. Les conseillers du PRO raflent les 21 sièges au conseil. L’opposition est absente de l’hôtel de ville depuis cette date.


Avril 2007: inauguration du métro de Laval avec ses trois stations. M. Vaillancourt promettait le métro sur l’île Jésus depuis son élection à titre de maire.


Octobre 2009: La Presse met en lumière des anomalies dans l’octroi des contrats publics à Laval. Un groupe de huit entrepreneurs a récolté les trois quarts des contrats (288 millions) de 2001 à 2008.


Novembre 2010: les ex-députés Serge Ménard et Vincent Vimont affirment que M. Vaillancourt leur a offert de l’argent comptant pour financer leurs campagnes, un geste illégal.


Juillet 2011: Le Devoir révèle que le PRO a financé des activités partisanes (sorties, achat de cadeaux, etc.) avec des fonds publics qui auraient dû servir à la recherche et au secrétariat.


Août 2012: un ex-collecteur de fonds du Parti québécois, Claude Vallée, dit avoir reçu du maire 10 000 $ en liquide.


4 et 5 octobre 2012: l’UPAC mène des perquisitions au bureau du maire à l’hôtel de ville et dans ses deux résidences. M. Vaillancourt est la cible principale d’une vaste enquête sur la corruption et la collusion des contrats dans sa municipalité.


15 octobre 2012: Lino Zambito affirme devant la commission Charbonneau que M. Vaillancourt touche une ristourne de 2,5 % de la valeur des contrats accordés à Laval. Le cabinet du maire nie le témoignage de l’ex-patron d’Infrabec.


24 octobre 2012: l’UPAC mène une troisième série de perquisitions concernant Gilles Vaillancourt en vidant ses coffrets de sûreté dans les banques. On le soupçonne d’avoir détourné des millions de dollars. Ébranlé, le maire annonce qu’il prend un congé de maladie d’une durée indéterminée quelques heures plus tard.


8 novembre 2012: un professionnel anonyme affirme au Devoir qu’il payait 15 000 $ par année au maire pour obtenir des contrats. Le cabinet du maire nie l’information.