Tremblay abdique

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, tournant le dos aux journalistes après avoir annoncé, lundi soir, qu’il renonçait à la vie politique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, tournant le dos aux journalistes après avoir annoncé, lundi soir, qu’il renonçait à la vie politique.

Isolé, dépouillé de son autorité morale et meurtri jusqu’au plus profond de son âme, Gérald Tremblay a réglé ses comptes lundi soir en renonçant à la mairie de Montréal. « Je traverse présentement une période d’une injustice insupportable. Je n’ai jamais pensé que je vivrais un tel acharnement dans une société de droit. Mais, un jour, justice sera rendue », a-t-il dit entouré d’une vingtaine de ses plus fidèles conseillers.

M. Tremblay a fait un choix de communications stratégiques discutable lorsque les travaux de la commission Charbonneau ont exposé l’ampleur de la corruption et de la collusion à l’Hôtel de Ville.

Plutôt que de s’expliquer aux Montréalais, il s’est réfugié derrière une obligation de confidentialité en raison de déclarations assermentées qu’il aurait faites aux enquêteurs.


M. Tremblay a répété à maintes reprises qu’il souhaitait être entendu devant la commission. Ses appels à la patience ont plutôt provoqué un gonflement des voix exigeant sa démission.


Lors de la présentation du budget 2013, la hausse des taxes de 3,3 % a été décriée comme une hypothèque sur la corruption.


M. Tremblay a fait sa dernière apparition à titre de maire lors de cette présentation chaotique, mardi. Il s’est réfugié à la campagne, à partir de jeudi, pour mûrir sa décision de quitter définitivement la vie publique, après 25 années de service.


Privé d’une invitation à la commission Charbonneau, il était à court d’options pour rétablir le lien de confiance avec les Montréalais. « La vérité, je l’ai transmise à la commission Charbonneau. Je n’ai malheureusement pas la possibilité de me défendre parce que je ne fais pas partie du plan de match de la Commission, du moins à court terme », a-t-il reconnu.


Jane Cowell-Poitras sera mairesse suppléante jusqu’à ce que le conseil municipal élise un successeur pour la durée restante du mandat. Les détails sur la transition seront communiqués mardi.


Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a joué la carte des rassembleurs, saluant le départ du maire. « Ce n’était pas une décision facile, il l’a prise avec dignité », a-t-il commenté. M. Bergeron souhaite maintenant que le conseil puisse élire un maire par intérim capable de ramener le calme jusqu’aux élections du 3 novembre 2013.


La chef de Vision Montréal, Louise Harel, attend une réunion de son caucus avant de se prononcer. Elle continue cependant de mettre de la pression sur le ministre des Affaires municipales, afin qu’il devance la tenue des élections.

 

Maire amer


Réputé pour son humeur joviale, le maire en disgrâce était gonflé d’amertume lorsqu’il a annoncé son départ.


Exception faite de sa famille politique, qu’il a chaudement remerciée, il n’a trouvé de bons mots que pour l’ancien ministre libéral Raymond Bachand, un Montréalais dans l’âme, tout comme lui.


Il a reproché à Québec son manque d’écoute, surtout lorsqu’il a demandé la modification de la règle du plus bas soumissionnaire, pour couper court à la collusion entre les entrepreneurs.


Il a aussi livré un aperçu des explications qu’il gardait pour la commission Charbonneau.


D’abord, il n’a jamais été informé par Jacques Duchesneau que quatre personnes douteuses faisaient partie de son entourage, lors d’une rencontre remontant au 2 juillet 2009. « Un jour, l’agenda caché de certaines personnes sera dévoilé », a dit M. Tremblay décochant une flèche à l’endroit de M. Duchesneau.


Ensuite, M. Tremblay a réfuté le témoignage de l’ex-organisateur Martin Dumont. Celui-ci a déclaré que le maire avait été mis au courant de l’existence d’une double comptabilité au sein d’Union Montréal lors d’une réunion en 2004.


« Cette rencontre n’a jamais eu lieu. Ces allégations sont fausses », a dit M. Tremblay, en s’appuyant sur l’agent officiel du parti, Marc Deschamps, qui demande aussi à être entendu à la Commission Charbonneau.

 

Homme de foi


M. Tremblay, un homme de foi, a truffé son discours de références religieuses. Il a évoqué ses « valeurs judéo-chrétiennes » telles que l’entraide, la solidarité, l’intégrité et la justice sociale pour expliquer son saut à la mairie de Montréal, en 2001.


Tel un supplicié portant sa croix, il interprète sa démission comme « l’ultime sacrifice », son « dernier acte d’amour dans l’intérêt supérieur de Montréal ».


M. Tremblay a passé outre à l’acte de contrition, reprochant à son entourage de l’avoir mal informé ou encore de l’avoir berné. « Je souhaite ardemment qu’un jour on reconnaisse que je me suis battu, très souvent seul, contre ce système, cette collusion et cette corruption qui, pourtant, selon les révélations de la commission Charbonneau, existaient depuis au moins 1988 », a-t-il dit.


Le péché originel du maire remonte peut-être à sa première rencontre avec le directeur général de la Ville, en 2001.


Celui-ci l’a informé des « rumeurs » sur la circulation d’enveloppes brunes à l’intérieur de certains services. « Je lui ai demandé ce qu’il avait fait. Il m’a répondu qu’il avait exigé des preuves qu’on ne lui avait jamais données », a-t-il dit.

 

Corruption invisible


M. Tremblay s’est plaint d’avoir été informé des problèmes bien après les faits. « J’avais beau avoir des doutes, poser des questions, être vigilant, ce n’est malheureusement qu’après les faits que l’on m’a remis des documents », a-t-il expliqué. Si les informations lui étaient parvenues en temps utile, il aurait pu éviter aux Montréalais le fiasco des compteurs d’eau et la vente au rabais des terrains du Faubourg Contrecoeur. « On a trahi ma confiance, et j’en assume l’entière responsabilité », dit-il.


Indirectement, le directeur du Service du capital humain et des communications, Jean-Yves Hinse, lui a donné raison en matinée.


La Ville de Montréal est à court de moyens pour débusquer la corruption et elle dépend de la commission Charbonneau pour y parvenir, a dit M. Hinse lors de l’étude du budget. « Si ce n’était pas de la commission Charbonneau, on n’aurait pas trouvé la corruption dans les contrats. Pourquoi ? Parce que ça se fait de manière très subtile », a-t-il dit.


Au même moment, la Ville suspendait sans solde un quatrième fonctionnaire, Gilles Vézina pour la durée d’une enquête interne. Il était le patron des ingénieurs à la retraite Gilles Surprenant et Luc Leclerc, qui ont truqué des centaines d’appels d’offres et empoché des pots-de-vin totalisant plus de 1,3 million de dollars.


Le gouvernement Marois a observé le silence radio en soirée, et il réserve ses commentaires pour mardi.


Le maire de Québec, Régis Labeaume, a souligné le départ à sa manière. « On n’avait pas d’atomes crochus, mais tu ne peux pas haïr Gérald, a lancé M. Labeaume. C’est un gars qui a donné son numéro de téléphone personnel à ma fille quand elle est arrivée à Montréal. »


M. Labeaume a par ailleurs sa petite idée sur le genre de personne qui devrait diriger Montréal. « Ça prend quelqu’un qui a beaucoup beaucoup de front. Quelqu’un, honnêtement, qui est baveux », a-t-il dit.

 

Avec Isabelle Porter

43 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 6 novembre 2012 01 h 32

    Non désolé Monsieur

    Tu ne peux etre à la tete d'une grande ville comme Montréal et ne pas savoir ce qui se passe autour de toi pendant 11 ans.

    Blamer les autres tout le temps ca passe pas M. Tremblay, vous étiez le chef de cette ville et aviez la responsabilitée de vous entourez comme du monde d'autant plus que vous saviez qu'il y avait des irrégularitées depuis des années.

    Je vous souhaite quand meme une bonne retraite et souhaite comme vous que toute la vérite sorte de la commission Charbonneau.

  • Carole Dionne - Inscrite 6 novembre 2012 01 h 54

    Tant mieux

    Pour Montréal et un peu pour lui. Je n'ai pas grand pitié pour lui. C'est lui qui s'est offert et a beaucoup insisté pour se présenter dans ce parti là. Donc...

  • Roland Guerre - Inscrit 6 novembre 2012 04 h 18

    Dissolution et élections anticipées

    La sortie du maire ne règle pas le problème de fond. La dissolution de l'assemblée communale, des élections anticipées, permettraient d'assainir le climat, d'installer une équipe intègre, de poursuivre le nettoyage des services infectés.

  • Denis Stergiotis - Inscrit 6 novembre 2012 04 h 55

    Tremblay aurait dû appeler la GRC !!!!

    M. Tremblay nous a dit que la corruption existait depuis des années.

    Il était conscient, qu'il y avait la corruption à Montréal quand il est devenu maire.

    Maire Tremblay a lu / entendu les rapports / articles / enquêtes effectués par les journalistes sur la corruption dans les nouvelles !

    Il savait qu'il y a la corruption.

    Il existe des lois fédérales contre la mafia, collusion et le truquage des contracts

    Ni le Maire Tremblay , ni les members de son Comité Exécutif ont appelé la GRC pour appelé enquêter !!

    Des millions de dollars ont été volées sous sa garde!!!

    Il est responsable pour ca!!!

  • André Meloche - Inscrit 6 novembre 2012 05 h 17

    Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

    « M. Labeaume a par ailleurs sa petite idée sur le genre de personne qui devrait diriger Montréal. "Ça prend quelqu’un qui a beaucoup beaucoup de front. Quelqu’un, honnêtement, qui est baveux", a-t-il dit. »

    Le Bourgmestre Labaume se décrit-il?

    Une chose est certaine, la bave de certains élus est tout simplement létale et empoisonne la vie et la démocratie. Mais les serpents persisteront à siffler sur vos têtes...

    Quant au numéro de téléphone personnel de Gérald Tremblay, n’est-ce pas là encore un signe de copinage entre « crapauds », d'où le caractère « baveux »?

    Bave (Le Littré) :

    1. Salive qui découle involontairement de la bouche. La bave d'un enfant.
    2. Salive écumeuse que jettent certains animaux. La bave d'un chien. Cerbère l'a versé ; « jadis ce monstre esclave fit écumer sur lui sa venimeuse bave ».
    3. Liqueur gluante qui coule de la coquille d'un limaçon.
    4. Fil très fin que le ver à soie jette autour de lui avant de commencer son cocon.

    Autant de définitions qui seient bien aux « baveux »…

    • Solange Bolduc - Inscrite 6 novembre 2012 10 h 38

      Merci M. Meloche au sujet de Labeaume, vous ajouté à ma pensée !

    • - Inscrit 6 novembre 2012 15 h 33

      Si la citation est juste, ça confirme assez l'état déplorable de notre démocratie.. prise d'assaut apr des faschos en herbe ! Place au populisme, place à la radio-poubelle, place à "l'esprit Québec". Je ne donne pas cher de nos institutions s'il n'y a pas un nouveau printemps érabl;e l'an prochain pour foutre dehors tous ces petits esprits droitiers.