L’UdeM vend à perte un couvent à Catania

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, qui a tenu à s'entretenir de ce sujet avec Le Devoir la semaine dernière, était formel: «Jamais je n’ai fait la promotion de M. Catania. Jamais je ne suis intervenu.»
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, qui a tenu à s'entretenir de ce sujet avec Le Devoir la semaine dernière, était formel: «Jamais je n’ai fait la promotion de M. Catania. Jamais je ne suis intervenu.»

L’Université de Montréal a vendu à perte et sans appel d’offres public l’ancien couvent des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie au controversé entrepreneur Catania. La transaction, qui n’est toujours pas finalisée, aurait été marquée par de nombreuses tractations politiques, auxquelles ne serait pas étrangère l’administration du maire Gérald Tremblay.

Acquis pour 15 millions en 2003 pour y aménager des salles de cours, partiellement rénové pour 20 millions et entretenu pour quelque 6 millions depuis ce temps, l’immeuble situé sur le flanc du mont Royal a été cédé pour 28 millions. Depuis 2010, Catania verse une mensualité de 46 000 $ pour l’utilisation de certaines parties du bâtiment ainsi que du stationnement. La perte de l’Université de Montréal (UdeM) s’élèverait donc à un peu plus de 10 millions.
 
Selon le recteur de l’UdeM, Guy Breton, l’offre de Catania dénichée par la firme d’évaluation immobilière CBRE, demeure tout de même la plus intéressante. «Quand l’UdeM a décidé de vendre, elle a lancé un appel d’offres, non pas pour trouver un acheteur, mais pour trouver un courtier qui trouverait un acheteur. Des centaines de sollicitations ont été envoyées. Il y a eu quelques dizaines d’intéressés et trois candidats sérieux. Le plus offrant était Catania, que je ne connaissais pas», explique M. Breton.

Dès 2006, le promoteur a présenté son projet devant le Conseil du patrimoine de Montréal (CPM), où siégeait l’architecte Paul-André Tétreault. Ce dernier se souvient de la présence de Paolo Catania, qui était demeuré en retrait. Durant la même assemblée, le maire Gérald Tremblay s’est présenté, a-t-il relaté. «Le maire est venu nous dire qu’il voulait des grues dans le ciel de Montréal. À mots couverts, il a parlé du 1420, boulevard Mont-Royal [l’adresse de l’immeuble]. Mais je n’ai pas vu ça comme une intervention politique», a raconté M. Tétreault.
 
«M. Tremblay voulait du développement, et la provenance des investissements lui importait peu », a affirmé une personne qui a suivi le dossier, mais qui ne souhaite pas être identifiée. Selon cette source, le travail du CPM aurait été quelque peu «manipulé».
 
Sur la défensive, le maire Gérald Tremblay s’est défendu d’avoir favorisé d’une façon ou d’une autre la candidature de Catania. Le recteur Breton abonde dans ce sens. «M. le maire n’est pas un agent d’immeubles», a-t-il dit.
 
Vraisemblablement inquiet, le maire Tremblay s’est entretenu avec Le Devoir une première fois la semaine dernière. Puis, deux jours plus tard, il a insisté pour se déplacer à la rédaction du journal pour venir porter les procès-verbaux du CPM. En novembre 2008, sa visite «impromptue» y est notée.
 
Quoi qu’il en soit, il est formel : «Jamais je n’ai fait la promotion de M. Catania. Jamais je ne suis intervenu.»

La promesse d’achat signée par le Groupe Frank Catania, société apparentée à Construction F. Catania, remonte à 2008 et permettait dès lors que l’ancien couvent soit transformé en condos de luxe. Cela faisait suite à une explosion de l’estimation des coûts de rénovation.
 
À l’origine, l’UdeM avait prévu devoir investir environ 54 millions. De façon concomitante, l’institution venait d’essuyer un revers important. Le gouvernement du Québec annonçait, après de nombreux tiraillements publics et dans les coulisses politiques, qu’il construirait le CHUM au centre-ville plutôt que dans l’ancienne gare de triage d’Outremont, comme le souhaitait l’UdeM. Mais le gouvernement allait permettre à l’UdeM d’acquérir l’immense terrain pour y projeter le développement d’un nouveau campus. L’idée était toutefois devenue incompatible avec la rénovation de l’ancien couvent, comme l’ont indiqué au Devoir différentes sources bien au fait du dossier.
 
C’est à cette époque que l’UdeM embaucha un nouveau vice-recteur à l’administration et aux finances, Claude Léger. Ce dernier était jusque-là directeur général de Longueuil. Neuf mois plus tard, il deviendra directeur général de la Ville de Montréal. Il sera remercié de ses services dans la foulée du scandale des compteurs d’eau.
 
C’est pendant le court passage de M. Léger à l’UdeM que le dossier de l’ancien couvent a connu une nouvelle orientation justifiée par une augmentation des coûts de rénovation atteignant 150 millions.

La vente n’est toutefois pas encore conclue. Les choses stagnent notamment à cause de la bataille menée par un groupe de citoyens convaincus de la valeur patrimoniale de l’édifice et, surtout, de sa vente illégale à Catania. Une demande d’injonction a été déposée en août dernier. D’ici à ce que la cause soit entendue, la promesse d’achat arrivera à échéance, c’est-à-dire en décembre prochain.

Construction F. Catania et quatre de ses dirigeants, dont le président Paolo Catania, ont beau être accusés de fraude dans le scandale immobilier du Faubourg Contrecœur, être pointés jour après jour à la commission Charbonneau pour leurs présumés liens avec la mafia, leurs activités alléguées de collusion et leur supposée distribution de pots-de-vin, l’UdeM entend maintenir ses relations d’affaires avec l’entreprise pour le développement de condos de luxe.
49 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 3 novembre 2012 03 h 26

    On le savait

    Depuis le début. Cette affaire pue la truanderie. L'UDM est coupable.
    Le gouvernement doit agir. Corriger cette injustice, violation flagrante de notre patrimoine.
    Une arnaque libérale, encore.

    • Guy Lorrain - Inscrit 3 novembre 2012 13 h 10

      Cher Monsieur Francoeur, quel dommage, nous n'en sommes pas, à la première fois de se faire arnaquer. On dirait que ça fait parti de nos moeurs. Malheureusement, j'ai soixante treize ans, beaucoup de difficultés à marcher, mais soyez assuré que je serais en première ligne, avec les étudiants pour manifester tout le désaroie et la hargne, face à nos dirigeants. Ces chers étudiants, nous le disait: " la gestion de nos institutions publiques sont tout à fait très mal géré" et c'est peu dire. c'est là le problème. Que fait le bon peuple ? . . .Certe les bingos, la lotto et tout autre forme de tirage sont à l'avant garde des préocupations du bon peuple. J'oubliais, dans nos préocupatiion, il ne faut pas oublier le Hockey et tous ces bons millionnaires

  • Michel Benoit - Inscrit 3 novembre 2012 05 h 02

    Un bonbon pour les taxes foncières...

    Le rôle d'évaluation 2011-12-13 montre présentement une valeur de 115 000 $ ( rôle 2007-10 = 95 200 $ ) pour le 1420 Mont-Royal à Outremont.

    Ce serait pour le condo modèle vendu à au moins 750 000 $

    Ce serait donc encore l'Université de Montréal qui paie les taxes sur tout le reste de la bâtisse.

  • Michel Barcelo - Inscrit 3 novembre 2012 05 h 22

    L’UdeM vend à perte un couvent à Catania

    Y a-t-il une éthique propre à l'UDEM ?

    • Michel Miclot - Inscrit 6 novembre 2012 14 h 35

      et à Concordia et ses parachutes dorées? Mais la pire reste McGill avec ses colloques bidons sur le tabac ou l'amiante pour prouver l'innocuité des produits , les études sur les drogues commandées par la CIA. ou dernièrement les 22millions de SNC-Lavalin . Et j'omets tous les bénéfices marginaux, les voyages en 1ère. les séjours dans les hôtels de luxe, les voitures et les logements de fonction, les retraites soufflées etc. Et c'est pour ces parasites , ces sangsues qu'on égorge les étudiants.

  • François Ricard - Inscrit 3 novembre 2012 06 h 38

    Il n'y a rien là

    On n'a qu'à augmenter les frais de scolarité et le trou sera comblé.
    Et puis si des étudiants protestent, il y a la prison.

    • Guy Lorrain - Inscrit 3 novembre 2012 13 h 16

      Mais oui, pourquoi pas la prison et aussi le fond de leurs poches à ces bons étudiants. Quel sacré bon système de gestion ont nos vaillants dirigeants. C'est cangrèné jusqu'à l'os et tout vas très bien, "je n'étais pas au courant" disait le bon maire Tremblay.

    • Émile Essent - Inscrit 3 novembre 2012 14 h 17

      +1 !

  • Patrice Hildgen - Abonné 3 novembre 2012 07 h 16

    un bel exemple

    Ceci constitue un bel exemple de la gestion déficiente des université s qui était dénoncé au printemps dernier. Cela ne fera qu'empirer puisque de plus en plus les universités sont gérer comme des entreprises. Elles ont des relations d'affaires ! Ce n'est pas leur mission