Tremblay se déguise en fantôme

Gérald Tremblay lors de sa dernière apparition publique mardi, jour de budget municipal. La crise à l’hôtel de ville se propage jusqu’au sein du parti du maire, Union Montréal, réputé pour sa cohésion.
Photo: - Le Devoir Gérald Tremblay lors de sa dernière apparition publique mardi, jour de budget municipal. La crise à l’hôtel de ville se propage jusqu’au sein du parti du maire, Union Montréal, réputé pour sa cohésion.

Moins de 24 heures après avoir annoncé qu’il ne se cacherait pas malgré l’accumulation des scandales de corruption à l’hôtel de ville, le maire Gérald Tremblay s’est transformé en fantôme mercredi pendant que les appels à sa démission se multiplient.

M. Tremblay a participé à la réunion hebdomadaire du comité exécutif, mais il a annulé deux événements, dont son discours de vendredi devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), un rendez-vous prévu depuis le mois de juin.


M. Tremblay a passé un coup de fil au président de la Chambre, Michel Leblanc, pour lui indiquer que le contexte actuel ne lui permettait pas de faire le bilan économique de sa décennie à la mairie. Il souhaite reporter l’exercice « à une date ultérieure non déterminée », a dit son attachée de presse, Martine Painchaud.


« Dans le contexte actuel, il sentait qu’il n’aurait pas eu d’écoute. J’ai senti qu’il était déçu et contrarié », a commenté pour sa part M. Leblanc.


Le lien de confiance entre la Chambre de commerce et l’administration Tremblay n’est pas rompu, mais il est fragilisé par les révélations gênantes à la commission Charbonneau et la présentation du budget 2013 de la Ville, qui comprend une hausse moyenne des taxes de 3,3 % (50 % de plus que l’inflation).


La Chambre de commerce espérait « un répit fiscal » pour les Montréalais. D’une part, l’économie de la région est loin de tourner à plein régime avec un taux de chômage de 9 %. D’autre part, les gens d’affaires voulaient que la Ville assainisse les moeurs dans l’attribution des contrats publics avant d’exiger un effort supplémentaire des contribuables. « Dans un tel contexte, la hausse de taxes est mal avisée, déplore M. Leblanc. Les élus auraient dû se garder une petite gêne. »


Dans l’immédiat, la Chambre de commerce n’exige pas la démission du maire, dont elle fut l’un des principaux alliés depuis son élection en 2001. Les gens d’affaires espèrent que M. Tremblay puisse être entendu « le plus rapidement possible » à la commission Charbonneau pour clarifier le portrait. Or, la commission ajournera ses travaux jeudi en fin de journée, et elle fera relâche jusqu’au 11 novembre.


Tout en se gardant bien de montrer la porte au maire, la Chambre de commerce manifeste des signes d’impatience. « Le poste de maire exige un leadership fort. Est-ce que Gérald Tremblay a toujours ce leadership ? C’est la question qui se pose et lui seul peut y répondre », a dit M. Leblanc.


La crise s’étend


La crise à l’hôtel de ville se propage jusqu’au sein du parti du maire, Union Montréal, réputé pour sa cohésion.


Le conseiller du district de Saint-Michel, Frantz Benjamin, s’est retiré temporairement du caucus dans la soirée de mardi pour protester contre la hausse des taxes foncières et le mutisme du maire sur les allégations de corruption et de collusion formulées à la commission Charbonneau.


Un ancien organisateur du parti, Martin Dumont, a attribué à Gérald Tremblay une connaissance intime des pratiques frauduleuses à Union Montréal. « C’est totalement faux », a dit le maire forcé de défendre son intégrité lors de la présentation du budget. Il a cependant refusé d’en dire plus, réservant ses explications pour la commission.


M. Tremblay ne peut se permettre le luxe d’attendre une invitation de la commission Charbonneau pour s’expliquer, estime le conseiller Benjamin. « Je demande à Union Montréal de faire un exercice transparent de reddition des comptes, sans artifices, ni fioritures pour le bénéfice des Montréalais », dit-il.


Selon M. Benjamin, cinq à sept élus d’Union Montréal s’interrogent tout comme lui sur leur avenir au sein de la formation. « Plusieurs élus d’Union Montréal sont honnêtes, et ils sont exaspérés de ce qui se passe », explique-t-il.


Le leader de la majorité au conseil, Marvin Rotrand, n’a pas été mis au courant des réserves attribuées par M. Benjamin à ces élus de l’ombre. Une source au sein du caucus reconnaît que le poids de l’incertitude est difficile à porter. La stratégie de communication du maire n’est pas de nature à les rassurer. En se disant lié par ses engagements de confidentialité à la police, à qui il aurait fait des déclarations, le maire se trouve à retarder l’heure où il aura à répondre de ses actes. Du coup, il laisse le champ libre à ses (nombreux) détracteurs.


Après le désaveu unanime des trois partis à l’Assemblée nationale, auquel il faut ajouter les appels du pied des deux partis d’opposition à l’hôtel de ville, voilà que le président de la Fraternité des policiers réclame son départ immédiat.


« Le maire est une risée chez nos policiers. Être obligé de se rapporter à cette administration, ça ne fait aucun sens, a dit Yves Francoeur. Même s’il n’y a que des allégations à la commission, il y en a trop. Le vase déborde. »


M. Francoeur est en contact régulier avec des interlocuteurs sur la scène politique fédérale et provinciale. Le constat est unanime. « Le maire n’a plus aucune crédibilité, ni aucune légitimité. L’institution n’est plus respectée », dit-il.


Pour sortir Montréal de son marasme, Québec doit devancer la date des élections à Montréal, conclut-il.

À voir en vidéo