Collusion: entre solidarité et incrédulité à l'hôtel de ville

Les conseillers d’Union Montréal ont tous voté en faveur d’une déclaration d’appui au maire Gérald Tremblay.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les conseillers d’Union Montréal ont tous voté en faveur d’une déclaration d’appui au maire Gérald Tremblay.

Les allégations de corruption et de collusion empoisonnent le climat de travail à l’hôtel de ville. Les élus de Projet Montréal ont boycotté l’étude des motions de l’administration Tremblay pendant que l’opposition officielle en dénonçait le caractère diffamatoire.

Dans une démonstration d’inébranlable solidarité, les conseillers d’Union Montréal ont tous voté en faveur d’une déclaration d’appui au maire Gérald Tremblay pour ses efforts de lutte contre la corruption et la collusion, lundi lors de la réunion mensuelle du conseil municipal.

L’opposition officielle de Vision Montréal a joué la carte de l’incrédulité. Selon le maire de l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Réal Ménard, ce vote de confiance ressemble à «un mécanisme de défense d’une administration en perdition».
«On se croirait au festival de l’humour québécois», a renchéri sa collègue Elsie Lefebvre.

Un «cirque»

Le débat s’est déroulé en l’absence des élus de Projet Montréal, qui ont refusé de participer à ce «cirque». Ils ont quitté temporairement le conseil pour l’étude de toutes les motions de l’administration Tremblay. «On va laisser les deux vieux partis montréalais corrompus se salir l’un et l’autre», a dit le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron.

La réunion du conseil survient en plein cœur du témoignage de Gilles Surprenant à la commission Charbonneau. L’ingénieur à la retraite a touché 600 000 $ en pots-de-vin des entrepreneurs pour truquer les appels d’offres dans les travaux d’égout. Il a corroboré en partie les dires de Lino Zambito sur l’existence d’un système de ristournes équivalant à 3 % des contrats.

Selon M. Zambito, ces ristournes étaient destinées à Union Montréal. M. Surprenant affirme plutôt qu’elles étaient empochées par les membres du comité exécutif.
Le leader de la majorité, Marvin Rotrand, est encouragé par ces témoignages qu’il qualifie de « contradictoires », et par conséquent peu crédibles à ses yeux. «Il n’y a personne pour prouver aucune des allégations [de financement illégal]», a-t-il commenté.

Sammy Forcillo, qui a siégé au comité exécutif sous l’administration Bourque (1994-1998) et Tremblay (2002-2009), n’a «jamais, jamais» entendu parler de versement de ristournes aux élus qui font partie du premier cercle décisionnel à la Ville. «C’est quelque chose que j’apprends aujourd’hui», a-t-il dit.

Cette énième révélation au parfum de scandale à la commission Charbonneau a suscité une bien faible réaction lors des débats. Le maire Tremblay a réitéré son souhait de comparaître devant la commission Charbonneau. En réponse à la chef de Vision Montréal, Louise Harel, qui a encore réclamé sa démission, M. Tremblay a promis de rester en poste jusqu’à la fin de son mandat.

Motion diffamatoire

Plus tôt dans l’après-midi, la leader de Vision Montréal, Anie Samson, a fait rejeter une motion d’Union Montréal pour exiger un élargissement du mandat de la commission Charbonneau, afin de couvrir l’élection de Pierre Bourque à la mairie en 1994.

Sous la gouverne de M. Bourque, Vision Montréal a commis plus de 200 infractions à la loi électorale, en utilisant des prête-noms pour financer sa campagne. La motion d’Union Montréal faisait état «d’accusations de blanchiment d’argent», ce qui a fait bondir Mme Samson. «Ce sont des propos diffamatoires», a-t-elle lancé.

Vision Montréal et ses membres n’ont jamais été reconnus coupables de blanchiment d’argent, un acte sanctionné par le Code criminel. Le président du conseil, Harout Chitilian, s’est rendu aux arguments de Mme Samson, et il a jugé la motion irrecevable.

***

Des «lacunes» à expliquer

Le vérificateur général, Jacques Bergeron, sera invité à s’expliquer sur sa gestion lors de la prochaine séance du conseil municipal.

Le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire (MAMROT) constate des « lacunes » de la part de M. Bergeron dans l’application des règles contractuelles. 

Dans un rapport d’enquête, le MAMROT souligne les pratiques discutables du vérificateur général, qui a divisé plusieurs contrats pour qu’ils soient inférieurs à 25 000 $. De cette façon, il pouvait éviter de faire des appels d’offres. Un contrat de vérification comptable portant sur le scandale des compteurs d’eau a généré un dépassement de coût de plus de 50 %. Le contrat initial, de 400 000 $, a finalement coûté 634 000 $ aux contribuables montréalais. M. Bergeron, dont le bureau avait fait l’objet d’espionnage par la Ville, conteste les conclusions du MAMROT.
7 commentaires
  • Georges Washington - Inscrit 22 octobre 2012 20 h 39

    Elargir à l'administration Bourque

    Tiens la bonne idée. Peut-être bien qu'il n'y a pas eu de blanchiement d'argent. Par contre, il faut bien noter que M. Surprenant a débuté son travail de corrompu en 1991, un peu avant l'arrivée du maire Bourque. Donc, s'il dit vrai, il faudra bien considérer que le parti de Louise Harel à l'époque du maire Bourque a, lui aussi, empoché de l'argent de la corruption et participé à la collusion.

    Autrement, s'il faut croire que Pierre Bourque n'a jamais été mêlé à ça, pourquoi en serait-il autrement de Gérald Tremblay? Comment pourrait-on croire que Bourque serait blanc dans les mêmes conditions que Tremblay?

    Ce qui est bien malheureux avec la tournure des événements, c'est qu'ils donnent de plus en plus raison à Jean Charest qui a refusé la CEIC parce qu'il craignait, d'une part, que cela devienne l'arène d'attaque partisannes qui déserviraient le but d'une enquête de cette envergure et d'autre part, parce qu'il craignait de saboter le travail d'enquête des policiers. Le dernier cas n'est pas démontré, mais il n'y a pas beaucoup de doutes que cette commission d'enquête vire, jour après jour de plus en plus dans un climat malsain de partisannerie qui fait oublier le but premier de cette commission: Identifier les problèmes et faire les recommandations appropriées pour mettre une terme à la collusion et la corruption, indépendamment des partis politiques qui se sont succédés aux divers niveaux de pouvoir.

    Faire de la collusion et de la corruption un événement anecdotique relié à l'appartenance politique nous fera croire qu'il suffit de changer le parti au pouvoir pour éliminer la corruption et la collusion alors qu'il est très certain que cela n'y changera absolument rien. Qui croit que la mafia ne mange que quand un certain parti est au pouvoir et fait le ramadan quand c'est l'autre?

    • Christian Fleitz - Inscrit 23 octobre 2012 09 h 53

      Il ne s'agit pas de changer de tel ou autre parti, mais d'assainir la gestion municipale de Montréal. En revanche, on comprend un peu mieux les atermoiements de M. Charest à permettre un fonctionnement normal de cette commission qui, les dernières interventions le démontrent, n'entravent en rien les enquêtes de la police. Par contre, faire émerger la vérité, même par bribes, ne peut aller que dans le bon sens.
      Pa ailleurs, il ne faut pas prendre les citoyens pour des valises, ce qui se passe quand l'administration de la ville affirme sa méconnaissance des errements des services municipaux. Soit cette administration est incompétente, en démontrant son incapacité à un contrôle efficace, soit elle est informée mais «veut pas faire de vagues», en couvrant des comportements inacceptables.
      L'important est d'assainir et il est bien dommage que cette tâche n'ait pas été menée plus tôt, ce qui aurait d'autant plus été facile à une époque où le pouvoir politique avait «les deux mains sur le volant», mais apparemment
      , ce n'était pas une priorité, allez savoir pourquoi?

  • François Dugal - Inscrit 23 octobre 2012 07 h 35

    Le surplus

    Les travaux coûtaient de 30 à 35% de plus à Montréal qu'à Toronto; dans le poches de qui allait ce «surplus»?

    • Michel Miclot - Inscrit 24 octobre 2012 06 h 47

      entre 25% et 30% au contracteur le reste à divers organismes sociaux.

  • André Hamel - Abonné 23 octobre 2012 09 h 39

    Question en passant...

    M. Richard Bergeron n'a-t-il pas fait parti lui-même du comité exécutif de la Ville de Montréal de 2009 à 2010 ?

    Alors cet arriviste savait ou s'est lui aussi fermé les yeux !

    Faudrait lui poser la question.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 octobre 2012 10 h 41

      Arriviste? C'est le seul qui ait des idées et qui veuille les réaliser. Les autres ne veulent que diriger la ville sans qu'on sache trop pourquoi ni comment.

      Et sachez qu'au début, il ne voulait pas être candidat à la mairie pour son parti et avait approché diverses personnalités. Qui ont toutes refusé.

  • Carole Dionne - Inscrite 23 octobre 2012 10 h 43

    Sammy Forcillo

    Avant la commission, il était sur le comité exécutif et se battait pour passer en entrevue. Depuis la dernière élection, il ne veut plus être interviewer. Le gens penseront ce qu'ils voudront.

    Quand au maire Tremblay, je ne suis plus capable. Des fois , je croyais qu'il était naïf. Là, j'abandonne. On peut-être naïf mais quand on voit des soumissions 35% plus chères que la norme, désespoir...


    Tant pis pour les montréalais. Ils ont voter pour lui et sa bande de sbires. Le maire Tremblay n'a jamais voulu condamner les gestes de son bras droits: Zambino. Cela veut tout dire.

    Quant à Bourque, il n'est plus là.