Montréal annule 75 millions en contrats

L'administration du maire Gérald Tremblay se retrouve dans l'eau chaude, alors que l’ancien entrepreneur Lino Zambito a déclaré à la commission Charbonneau qu’il devait verser une taxe équivalant à 3% de ses contrats au parti du maire, Union Montréal.<br />
Photo: La Presse canadienne (photo) Graham Hughes L'administration du maire Gérald Tremblay se retrouve dans l'eau chaude, alors que l’ancien entrepreneur Lino Zambito a déclaré à la commission Charbonneau qu’il devait verser une taxe équivalant à 3% de ses contrats au parti du maire, Union Montréal.

La Ville de Montréal a suspendu l’attribution de contrats évalués à 75 millions de dollars le temps que Québec corrige les failles dans la loi 35, une décision qui arrive au moment où la confiance du gouvernement péquiste à l’égard du maire Gérald Tremblay est mise à l’épreuve.

Le comité exécutif a pris la décision de suspendre l’octroi de tous les contrats de construction, sauf pour des raisons d’urgence, au terme de sa réunion hebdomadaire mercredi en fin de journée. Les contrats qui ont déjà été octroyés ne sont pas visés par cette mesure, l’administration Tremblay voulant éviter des poursuites en justice de la part des entrepreneurs.

« Nous avons le devoir de protéger les intérêts des contribuables », a dit Richard Deschamps, le responsable du développement économique au comité exécutif.
 
« En prenant ce temps-là, nous allons pouvoir offrir une opportunité au nouveau gouvernement [de corriger la loi] », a-t-il ajouté.
 
M. Deschamps n’a pas voulu nommer les entreprises privées de contrats, afin de ne pas interférer avec la confidentialité du processus d’appels d’offres. Les contrats annulés touchent essentiellement les travaux d’eau, pour environ 70 millions, et la voirie et les égouts pour les 5 millions restants.
 
En août, Montréal avait suspendu 14 contrats d’une valeur de 29 millions à Louisbourg SBC, une compagnie de Tony Accurso.

La valeur totale des contrats annulés est maintenant de 104 millions. Cette fois, Montréal bénéficie des mesures de « souplesse administrative » annoncées récemment par Québec, une forme de police d’assurance contre d’éventuelles poursuites.
 
L’administration Tremblay est également encouragée par l’engagement clair du gouvernement Marois de revoir la loi 35 d’ici les Fêtes. « Nous avons eu des rencontres depuis la semaine dernière. On a une certaine assurance que le gouvernement est ferme dans ses convictions de modifier la loi », a dit M. Deschamps.
 
L’effet Zambito ?

Ce nouveau moratoire sur l’octroi des contrats survient après que Lino Zambito eut démoli la réputation de la Ville de Montréal lors de son témoignage à la commission Charbonneau. L’entrepreneur a déclaré qu’il devait verser une taxe équivalant à 3 % de ses contrats au parti du maire, Union Montréal. Il a identifié deux anciens ténors de l’administration Tremblay, Frank Zampino (ex-numéro 2 du comité exécutif) et Robert Abdallah (ex-directeur général de la Ville), comme des rouages importants des stratagèmes de collusion et de corruption en place à l’Hôtel de Ville. Il a aussi montré du doigt trois ingénieurs, suspendus sans solde depuis mardi, qui auraient soit facilité le trucage des appels d’offres, soit la réclamation d’« extras » sur les chantiers.
 
Cette avalanche de révélations négatives sur la corruption à Montréal a inspiré des commentaires sibyllins aux ministres du Parti québécois (PQ), qui se montrent incapables d’accorder leur confiance à Gérald Tremblay.
 
« Est-ce que le maire Tremblay devrait quitter son poste ? Je l’ai très bien dit il y a quelques jours. Ce sont des éléments d’analyse qui lui appartiennent », a dit le ministre des Affaires municipales et des Transports, Sylvain Gaudreau.
 
« C’est à lui de savoir ce qu’il a à faire dans les circonstances », a renchéri le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron.
 
Jouant de prudence, le ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée, a indiqué qu’il revenait au maire de tirer les conclusions qui s’imposent, tout en rappelant que les allégations entendues à la commission Charbonneau n’ont pas encore été prouvées.

« La précipitation, dans des cas comme ceux-là, n’est pas la meilleure conseillère, mais ce sont des décisions qui appartiennent aux élus qui savent dans leur for intérieur ce qui est vrai, ce qui est faux, dans ce qu’ils entendent. On doit aux élus aussi de pouvoir laisser la commission faire son travail », a commenté M. Lisée.
 
Le maire Tremblay peut compter sur le gouvernement Marois pour colmater les brèches de la loi 35 dans les plus brefs délais. La réforme visera à empêcher que des entrepreneurs ou sociétés condamnés au pénal ou au criminel puissent obtenir des contrats publics par le truchement de compagnies « paravents ».

Dès la reprise des travaux à la fin du mois, le PQ va « immédiatement » déposer une nouvelle mouture de la loi 35, a réitéré M. Lisée. Québec veut rendre l’octroi des contrats publics dans la construction « le plus imperméable possible » à la collusion.

L’opposition s’impatiente

À l’Hôtel de Ville, l’opposition voit d’un bon œil la suspension des contrats, tout en jugeant que le maire Tremblay en fait trop peu, trop tard pour sauver les apparences.
 
« C’est comme si le maire venait de se réveiller, a dit Louise Harel, la chef de Vision Montréal. C’est une sorte de volonté de rédemption. »
 
Plus cinglant, Richard Bergeron a suggéré au maire de ne pas s’arrêter en si bon chemin et de « se suspendre lui-même ».
 
Au conseil municipal, Projet Montréal vote depuis deux ans contre l’attribution de contrats à des entreprises à l’éthique douteuse, par mesure de prudence. Richard Bergeron se réjouit que le maire ait finalement exercé la même prudence en suspendant les contrats. Il réclame maintenant une enquête de la Sûreté du Québec sur Union Montréal et Gérald Tremblay lui-même.

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Avec Antoine Robitaille
17 commentaires
  • Marjolaine Gaudreault - Inscrite 4 octobre 2012 07 h 32

    Naïf ou frivole

    Le maire Gérald Tremblay est-il un homme naïf ou frivole ? Nous avons de bonnes raisons pour se poser cette question. Nous pouvons au moins affirmer une chose, il a été plus que lent à réagir depuis quelques années. Si j'étais lui, je démissionnerais demain matin pour cause d'aveuglement irresponsable.

    • André Le Belge - Inscrit 4 octobre 2012 12 h 30

      Bennon voyons, Monsieur Tremblay a adopté depuis qu'il fut ministre, le devise des trois petits singes: ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire! Et cela lui a réussi...

  • Pierre Germain - Inscrit 4 octobre 2012 07 h 51

    M. Tremblay est fautif dans les deux cas

    Si M. Gérald Tremblay était au courant de cette corruption, il doit être démis de ses fonctions pour faute grave; s'il ne l'était pas, il doit l'être aussi pour incapacité.

    • Christian Fleitz - Inscrit 4 octobre 2012 09 h 55

      S'il n'est pas au courant, en tant que responsable de la ville, c'est une faute grave que de ne pas vouloir savoir comment fonctionnent les services de sa ville.

  • Pierre Schneider - Abonné 4 octobre 2012 09 h 02

    Suspensions et suspicions

    Ce ne sont pas tant les contrats des travaux qui doivent être suspendus que le maire et toute son administration qui ont fermé les yeux quand ils n'étaient pas complices de toute cette corruption qui gangène la vie publique montréalaise.

  • Danielle Dubuc - Inscrite 4 octobre 2012 09 h 34

    Il est un peu tard pour...

    Il est un peu ...beaucoup tard pour réagir monsieur Tremblay. Comme au printemps dernier c'est nous, la population qui devra prendre les rènes et forcer l'action. Ça suffit! On a fait confiance à des administrateurs, des politiciens qui en ont profité pour nous voler. Peut-être sommes nous aussi coupable que le maire Tremblay pour avoir fermé les yeux trop longtemps? Car la responsabilité ultime elle est dans nos mains, nous citoyens, nous consommateurs. Ces hommes et ces femmes que nous élisons ne sentent pas qu'ils auront à rendre des comptes. Comment a-t-on pu accepter qu'il n'y ai aucune imputabilité pour les fautes commises même de bonne foi? C'est incroyable! Dans tout gouvernement qui se respecte il DOIT y avoir un principe d'imputabilité, quelqu'un doit être RESPONSABLE car gouverner c'est être responsable. Ici des viaduc s'écroule pour cause de malfabrication et PRESONNE n'est tenu responsable. Et ces ingénieurs qui ne surveillaient pas l'exécution des travaux? Et ces entrepreneur qui achetait du béton à rabais pour économiqer sur la acture mettant en péril la stabilité de la structure? ...c'est pareil pour la politique. Est-ce que la commission Charbonneau rétablira le principe d'imputabilité dont l'absence a mené à tous les abus?

  • Claude Jourdain - Inscrit 4 octobre 2012 09 h 55

    Annulation de travaux non urgents?

    À voir l'état des rues de Montréal je ne comprends pas que la ville fasse des travaux autres qu'urgents...