Tintamarre contre la loi 78: Tremblay ne veut pas que les casseroles descendent dans la rue

Gérald Tremblay
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gérald Tremblay

Les Montréalais peuvent bien taper sur leurs casseroles pour protester contre la Loi 78, mais ils devraient le faire sur leur balcon et non dans la rue, a déclaré ce midi le maire Gérald Tremblay, excédé par la multiplication des manifestations dans la métropole.

«Ils peuvent rester sur leur balcon pour faire du bruit. On va l'entendre le bruit. Moi, je suis à Outremont et je l'entends le bruit. Pas besoin d'aller sur la rue, de se promener et de commencer à paralyser Montréal», a expliqué le maire lors d'un point de presse à l'hôtel de ville. «Ils ne sont pas obligés de faire ça dans la rue, sans donner l'itinéraire.»

Après une autre longue soirée de manifestation au cours de laquelle le Service de la police de la Ville de Montréal (SPVM) a procédé à 518 arrestations, le maire ne cachait pas son exaspération.

Tout en appuyant le travail des policiers, Gérald Tremblay a indiqué qu'il n'avait pas donné d'instructions au SPVM sur la stratégie à adopter.

Rappelons que la nuit dernière, les policiers ont appliqué avec plus de fermeté le nouveau règlement municipal encadrant les manifestations. Au petit matin, ils ont effectué des arrestations massives au centre-ville même si les manifestations se déroulaient pacifiquement. Des groupes joueurs de casseroles venus de Rosemont-La Petite-Patrie et de Villeray ont pour leur part cheminé joyeusement jusqu'au centre-ville, mais on ignore encore si certains d'entre eux se sont fait arrêter.
«La police a appliqué un règlement. Moi, je n'ai pas donné d'instructions, a affirmé le maire Tremblay. La police a un règlement additionnel et c'est à elle de l'utiliser avec discernement. Moi, je ne me substituerai pas à mon corps policier. Je n'ai pas été élu pour être un policier. C'est aux policiers de mettre en place leur stratégie d'intervention.»

Le maire a de nouveau plaidé pour un règlement rapide du litige entre Québec et les étudiants. «C'est un conflit entre le gouvernement du Québec et les étudiants. Mais pourquoi c'est toujours Montréal, nos commerçants et nos citoyens qui sont pris en otage? Il va falloir que ça se règle le plus rapidement possible, a-t-il martelé. Il n'y a pas juste les policiers qui sont fatigués. Je pense que l'ensemble de la société est fatiguée, et tannée. Je suis certain que c'est la même chose pour les étudiants. [...] On attend quoi? Le réveil sera brutal, alors il faut que ça arrête le plus rapidement possible.»
 
Théâtre absurde pour le prix de la démocratie

M. Tremblay a tenu ces propos en marge de la cérémonie de remise du «Prix du maire de Montréal en démocratie» qui se déroulait à l'hôtel de ville ce matin. L'événement s'est transformé en théâtre de l'absurde, car les deux organismes récipiendaires ont dénoncé son règlement sur le port du masque tout en acceptant le prix en question.

La porte-parole du Centre d'éducation et d'action des femmes de Montréal, Christine Drolet, a fait part de son «malaise», estimant qu'il était paradoxal que le maire remette un prix pour souligner la démocratie tout en tentant d'empêcher celle-ci de s'exprimer avec l'adoption du nouveau règlement encadrant les manifestations, règlement qu'elle a dénoncé.

De son côté, la porte-parole du Groupe de travail en agriculture urbaine, Marie-Ève Julien-Denis, a invité le maire Tremblay à respecter et à protéger le droit de manifester dont les citoyens de Montréal ont choisi de faire «courageusement et massivement» usage.

Le président du Chantier sur la démocratie, Dimitri Roussopoulos, a pour sa part fait valoir que la capitale grecque, Athènes, avait été le théâtre de violentes manifestations et d'émeutes impliquant des gens masqués et que la paix sociale y était revenue après une élection, sans qu'il ne soit nécessaire d'adopter une loi spéciale comme la loi 78 ou un règlement sur le port du masque.

Lors des audiences publiques précédant son adoption, M. Roussopoulos s'était prononcé contre le règlement sur l'obligation de fournir un itinéraire et l'interdiction de porter le masque.

Le maire Tremblay, qui avait été le premier à prendre la parole pour vanter la démocratie montréalaise, est demeuré stoïque tout au long de ces allocutions.

Par la suite, en point de presse, il a simplement déclaré que c'était ainsi que la démocratie pouvait s'exprimer en toute liberté.

La chef de l'opposition, Louise Harel, a pour sa part qualifié d'excessif le nombre de 518 arrestations et s'est dite d'avis que le maire aurait dû reporter l'octroi de ses prix en démocratie, ajoutant qu'il n'avait pas de leçons à donner en la matière à la suite de l'arrestation de ses anciens hommes de confiance la semaine dernière pour fraude et abus de confiance, notamment.

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