Montréal adopte son règlement antimasques

Pour exiger des manifestants le retrait de leur masque, les policiers devront avoir un motif raisonnable de croire qu’il va y avoir du vandalisme, a déclaré Gérald Tremblay.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pour exiger des manifestants le retrait de leur masque, les policiers devront avoir un motif raisonnable de croire qu’il va y avoir du vandalisme, a déclaré Gérald Tremblay.

Le règlement montréalais interdisant le port du masque sans « motif raisonnable » lors de manifestations a reçu l’aval du conseil municipal hier malgré la dissidence des élus de l’opposition. Selon eux, l’adoption par l’Assemblée nationale de la loi 78 rend inutile et caduque la réglementation municipale.

Le règlement municipal, qui doit entrer en vigueur dès ce matin, interdit aux manifestants « d’avoir le visage couvert sans motif raisonnable, notamment par un foulard, une cagoule ou un masque ». Il oblige également les manifestants à fournir aux policiers leur itinéraire, faute de quoi le rassemblement sera jugé illégal. Toute infraction à ces règles est passible d’amendes pouvant atteindre 3000 $.


Le directeur du Service de police de Montréal (SPVM), Marc Parent, a tenté de calmer le jeu hier devant les élus du conseil municipal, insistant sur le fait que les policiers appliqueront le règlement avec discernement. Il a précisé que les masques seraient permis lors des événements festifs et pacifiques.


Le règlement vise les casseurs, pas les manifestants pacifiques, a renchéri Claude Trudel, responsable de la sécurité au comité exécutif de la Ville.


Quant à l’itinéraire, il pourra être communiqué à l’officier responsable sur le site même de la manifestation quelques minutes avant l’événement, a expliqué Marc Parent. « Il ne faut pas penser que du jour au lendemain, ce règlement va être appliqué sans discernement et d’une façon très coercitive, a-t-il dit. Jusqu’à maintenant, on a démontré une certaine capacité de réflexion et de dialogue avec les manifestants. »


Le chef de police a maintes fois répété que les policiers disposeraient d’un pouvoir discrétionnaire. Les décisions seront prises par les experts en contrôle de foule du SPVM, a-t-il assuré. « Il faut se garder toute l’autonomie nécessaire, l’indépendance et la discrétion d’agir en fonction de l’évaluation qu’on fera de la menace et de la sécurité des manifestants », a-t-il expliqué.

 

Un règlement inutile ?


Dans le contexte de l’adoption de la loi 78, beaucoup plus sévère notamment en ce qui a trait à l’itinéraire - qui devra être communiqué aux policiers huit heures avant le rassemblement -, l’adoption du règlement municipal apparaissait bien inutile aux yeux des partis d’opposition. « Notre règlement n’apporte absolument rien, sinon de permettre de faire du spectacle devant la population, a lancé le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron. C’est de l’opportunisme et du populisme de base. C’est honteux de profiter d’une situation comme celle que nous vivons depuis trois mois pour entrer, nous aussi, dans le festival de la loi et l’ordre. »


Le parti dirigé par Louise Harel appuyait le projet initialement. Faute d’avoir pu présenter des amendements, les élus de Vision Montréal ont finalement voté contre le règlement, le jugeant trop vague. « On vote les règlements. On ne vote pas sur le discernement », a indiqué Louise Harel. « De toute façon, c’est un règlement caduc, car la loi adoptée à Québec aura primauté. On s’est servi de nous comme figurants », a-t-elle déclaré au terme de la séance du conseil municipal.


Le règlement a finalement été adopté à 33 voix contre 25.


Questionné sur les risques de profilage que pourraient entraîner les nouveaux pouvoirs accordés aux policiers, le maire Gérald Tremblay a voulu se faire rassurant : « La garantie, c’est l’expérience, la compétence et le discernement de nos policiers. J’ai confiance dans nos policiers. On a vécu 1000 manifestations par année à Montréal », a-t-il souligné.


L’entrée en vigueur du règlement municipal, de même que l’adoption de la loi 78 pourraient inciter davantage de manifestants à arborer un masque en guise de protestation. Mais Gérald Tremblay a insisté : les rassemblements pacifiques ne sont pas visés par le règlement. Pour exiger des manifestants le retrait de leur masque, les policiers devront avoir un motif raisonnable de croire qu’il va y avoir du vandalisme, a-t-il dit.


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Pendant ce temps, en Russie…

La Douma a reporté l’examen prévu hier d’une loi instaurant des amendes considérables pour les participants ou organisateurs de manifestations non autorisées, considérée comme la parade du pouvoir aux actions répétées de l’opposition.

« Compte tenu de l’importance de ce projet de loi, je propose d’en reporter l’examen à mardi pour que nous ayons suffisamment de temps pour l’aborder en détail », a déclaré selon l’agence officielle Ria Novosti le président de la Douma, Sergueï Narychkine, un proche du président russe Vladimir Poutine.

Le projet de loi prévoit notamment des amendes portées à 1 million de roubles (environ 33 000 $) pour les organisateurs ou les « participants actifs » de manifestations non autorisées. Il a été présenté par la fraction du parti au pouvoir, Russie unie, largement majoritaire à la Douma.

C’est la victoire avec près de 50 % des suffrages de Russie unie aux législatives de décembre, obtenue selon l’opposition et des observateurs au prix de fraudes massives, qui a déclenché la vague sans précédent de contestation ces derniers mois contre le pouvoir de M. Poutine.

12 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 19 mai 2012 07 h 41

    Le maquillage

    Va-t-on demander à Madame Courchêne, ministre de l'éducation, de retirer son maquiller quand elle sera sur le territoire de l'île de Montréal?

  • Alexie Doucet - Inscrit 19 mai 2012 08 h 26

    Masques interdits?

    Les masques sont interdits? Allez! Tout le monde en burqa, on pourra alors traiter les matraqueurs de racistes. Vous imaginez la controverse?

  • André Meloche - Inscrit 19 mai 2012 08 h 38

    Le persifflage de l'élite.

    « Le chef de police a maintes fois répété que les policiers disposeraient d’un pouvoir discrétionnaire. Les décisions seront prises par les experts en contrôle de foule du SPVM, a-t-il assuré. « Il faut se garder toute l’autonomie nécessaire, l’indépendance et la discrétion d’agir en fonction de l’évaluation qu’on fera de la menace et de la sécurité des manifestants », a-t-il expliqué. »

    Curieux amalgame dans cet article, un loi non valide et une référence à la culture politique de la Russie. Deux lois, une idéologie. On peut enfin comparer les deux nations à la seule différence près que la Russie en est une, nation.

    Les dirigeants montrent enfin les dents et ne se contentent plus de persiffler. Maintenant, le pouvoir discrétionnaire de la police s'affiche au grand jour. Il faudra dorénavant construire la démocratie dans la clandestinité. La Résistance débute.

    Dernière chose : Pourquoi écouter un chef de police qui peut à tout moment ordonner de tuer?

  • Franklin Bernard - Inscrit 19 mai 2012 10 h 24

    Les pandores à Tremblay

    « La garantie, c’est l’expérience, la compétence et le discernement de nos policiers. J’ai confiance dans nos policiers...» déclare le «maire» de Montréal.

    Tout simplement cynique, quand on sait l'abandon joyeux avec lequel les policiers du SPVM s'entraînent au tir au pistolet sur de pauvres itinérants sans défense et des citoyens qui passaient par là. À quatre policiers contre un, armés jusqu'aux dents de gaz et de matraque, ils préfèrent dégaîner et faire feu. Et même dans le dos, comme on l'a vu dans le métro il y a quelques mois. On a vu aussi avec quelle violence, les pandores à Tremblay ont réprimé les manifesations étudiantes pacifiques depuis le début.

    C'est ça, la compétence? C'est ça, le discernement? Si c'est vraiment ce que pense Tremblay, pas étonnant que Montréal soit dans un tel état de déliquescence, de crasse, de mendicité, d'abandon des infrastructures.

    Tremblay, dont plusieurs proches, dont son ancien directeur ddu Comité exécutif, viennent d'être arrêtés, sous des allégations de fraude, complot et abus de confiance, et quoi encore?

    Tremblay, ancien ministre de Robert Bourassa, dont il a voulu donner le nom à l'Avenue du Parc. Robert Bourassa, un des acteurs majeurs de la crise d'octobre 70, qui a appelé le fédéral à voter la Loi des Mesures de Guerre et l'armée canadienne à envahir et occuper le Québec, suspendant les libertés civiles et faisant jeter en prison des milliers d'innocents.

    On voit que tout se tient. C'est la même gang.

    La collusion des pouvoirs en place pour écraser les droits fondamentaux des Québécois et la liberté même est manifeste.

    Des tragédies sont à prévoir, parce qu'on ne pousse pas impunément à bout un peuple par des lois répressives iniques.

    Charest et Tremblay en porteront la responsabilité et seront frappé du sceau de l'infâmie à jamais.

    • Eric Francis - Inscrit 19 mai 2012 13 h 34

      Je viens de faire le meme lien, la loi anti-masque et la loi 78, c'est de la pure provocation qui arrive en meme temps. On sais bien que la majorité des gens ne vont pas respecter ces lois-poubelles et que les policiers auront de nouveaux pouvoirs de repression a tester dans la rue.

      J'ai vraiment l'impression que c'est une action concertée pour que la situation empire dans le but de retourner l'opinion publique contre le mouvement pour la gratuité scolaire et d'un meme coup, essayer d'etouffer les libertés fondamentales au Quebec.

  • antoine bouchard - Inscrit 19 mai 2012 11 h 18

    La garantie?

    La garantie c'est "l'expérience" ? Oui sans doute pour les chefs de file. Mais lors de chaque manifestation, dans les dizaines d'autobus du SPVM remplies à craquer, les agents ont en moyenne 25-30 ans. Mon oeil.