Poursuite de 26 millions contre Bixi

8D Technologies, qui poursuit le gestionnaire de Bixi, la Société de vélo en libre-service, a mis au point les bornes de paiement, les cartes électroniques ainsi que les logiciels permettant la gestion à distance et le paiement sans fil en temps réel du système de vélo en libre-service montréalais.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir 8D Technologies, qui poursuit le gestionnaire de Bixi, la Société de vélo en libre-service, a mis au point les bornes de paiement, les cartes électroniques ainsi que les logiciels permettant la gestion à distance et le paiement sans fil en temps réel du système de vélo en libre-service montréalais.

Bixi a reçu une nouvelle tuile hier. L’entreprise 8D Technologies, qui a conçu les bornes alimentées à l’énergie solaire du système de vélo montréalais, a déposé une poursuite de 26 millions de dollars contre la Société de vélo en libre-service (SVLS), a appris Le Devoir. L’entreprise spécialisée dans le développement de plateformes technologiques reproche aux gestionnaires de Bixi d’avoir mis fin de façon prématurée à l’entente conclue entre les deux parties.

Basée à Montréal, 8D Technologies a mis au point les bornes de paiement, les cartes électroniques ainsi que les logiciels permettant la gestion à distance et le paiement sans fil en temps réel du système de vélo en libre-service montréalais. Tout comme les vélos conçus par le designer Michel Dallaire, les bornes dotées de capteurs solaires et gérées à distance ont été adoptées par plusieurs villes dans le monde.


Fin de la convention


Les relations se sont toutefois détériorées entre la SVLS et 8D Technologies, comme en témoigne la requête introductive en injonction déposée en Cour supérieure hier par l’entreprise. Le 19 janvier 2012, la SVLS aurait annoncé aux dirigeants de 8D Technologies qu’elle mettait fin à la convention conclue entre les deux parties ainsi qu’à leurs relations d’affaires pour l’implantation des vélos en libre-service dans les nouvelles villes, relate la demanderesse dans sa requête. Selon 8D Technologies, la « non-compétitivité » des prix de ses produits aurait été invoquée par la SVLS pour justifier sa décision.


La SVLS souhaitait toutefois que l’entente continue de s’appliquer dans les villes où le service était déjà implanté, ajoute-t-on. La SVLS aurait du même coup indiqué avoir développé sa propre solution technologique qu’elle aurait intégrée dans ses soumissions pour deux projets majeurs, soit ceux de New York et de Chattanooga.


La poursuite allègue pourtant que la SVLS a continué à faire la vente et la promotion du vélo Bixi avec les produits de 8D Technologies et qu’elle a même conclu des ententes avec New York et Chattanooga sur la base de la technologie de l’entreprise : « Non seulement c’est sans droit que la demanderesse a résilié les ententes avec la demanderesse, mais les gestes de la défenderesse sont d’autant plus abusifs du fait que dans ses documents d’appels d’offres de composantes de sa nouvelle solution de remplacement […], la défenderesse a utilisé des dessins préparés par la demanderesse pour solliciter des réponses aux appels d’offres par des fournisseurs autres que la demanderesse. » 8D Technologies précise que l’entente paraphée en 2008 pour au moins cinq ans stipulait qu’une résiliation devait être assortie d’un préavis de douze mois et du paiement d’une somme d’un million de dollars.


La firme soutient avoir partagé des secrets d’affaires avec la SVLS sur une base quotidienne et qu’elle « est bien fondée de croire que la défenderesse a développé sa propre solution à partir d’informations utilisées et communiquées par la demanderesse », estimant même que la SVLS a pu obtenir des renseignements « sous de faux prétextes » auprès des fournisseurs de 8D Technologies.


L’entreprise affirme avoir consenti d’importantes sommes dans le développement de sa technologie. La fin abrupte de l’entente lui imposera des pertes substantielles qu’elle évalue à 25,183 millions, somme qui s’ajoute à un montant de plus de 970 000 $ que lui devrait la SVLS. Dans sa requête, 8D Technologies réclame donc un total de 26,154 millions. Au passage, elle note : « Évidemment, la défenderesse qui a été hautement subventionnée par des fonds publics n’a pas eu à décaisser directement ou à absorber les coûts du développement et de la mise en place de la convention de partenariat, non plus que du suivi du dossier, celle-ci préférant endetter la Ville de Montréal et les résidants de la province de Québec ».


Plan de sauvetage


Rappelons que l’an dernier, la Ville de Montréal avait dû voler au secours de Bixi en adoptant un plan de sauvetage de 108 millions pour le financement d’un prêt de 37 millions et la garantie d’une marge de crédit de 71 millions. Québec avait alors signifié à la Ville qu’elle devrait se départir de ses activités à l’étranger, puisque la Loi sur les cités et villes interdit aux municipalités de se livrer à des activités commerciales.


Renoncer au volet international de Bixi pourrait non seulement compromettre la viabilité du service de vélo en libre-service à Montréal, mais également entraîner des pertes d’emplois au Québec, notamment à Saguenay, où Devinci fabrique les vélos. Les informations selon lesquelles les activités de Bixi à l’étranger seraient sur le point de passer aux mains du privé, possiblement à celles d’un groupe londonien, ont incité plusieurs organismes montréalais, dont Vélo Québec, Tourisme Montréal, Équiterre et le Conseil régional de l’environnement de Montréal, à réclamer du ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, le maintien à Montréal de l’ensemble des activités de Bixi. Le gouvernement devrait être aussi conciliant avec Montréal qu’il l’a été avec la Ville de Québec dans le dossier de l’amphithéâtre, ont-ils plaidé, soulignant que Bixi avait permis de créer 450 emplois au Québec.


Le système Bixi a été adopté par plus d’une dizaine de villes au Canada et dans le monde, dont Londres, New York, Washington, Boston, Chicago, Minneapolis, Chattanooga, Melbourne, Toronto, Ottawa et Gatineau.

2 commentaires
  • Assez merci - Inscrit 28 avril 2012 17 h 06

    Question?

    Comment se fait il que Bixi qui a été financé par des argents public peut se retrouver dans une vente privée et faire des profits en plus que les québécois y perdent l`invention ?

  • M. Miclot - Inscrit 29 avril 2012 15 h 11

    Incroyable mais vrai

    C'est plus fort qu'eux mais les élus québécois ne peuvent résister à la tentation de flouer ceux avec qui ils travaillent. Une fois de plus , les contribuables vont devoir payer les erreurs de leurs élus qui au passage s,en seront mis plein les poches. Quelle belle chose que la non-imputabilité pour les rapaces qui dirigent et profitent de la jobardises des électeurs.