Griffintown: une vieille écurie est menacée

Le Horse Palace, qui n’abrite plus de huit chevaux, a été vendu à deux promoteurs immobiliers.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le Horse Palace, qui n’abrite plus de huit chevaux, a été vendu à deux promoteurs immobiliers.

Les condominiums pourraient bien avoir raison du Horse Palace, une écurie décrépite de Griffintown qui héberge depuis 150 ans des chevaux de calèche. Selon le maire de l'arrondissement du Sud-Ouest, Benoit Dorais, la menace est bien réelle, car le site a récemment été vendu à deux promoteurs immobiliers. Il a réclamé hier l'intervention de l'administration Tremblay pour que le site fasse l'objet d'une citation patrimoniale et qu'une réserve foncière soit imposée sur le terrain adjacent à l'écurie.

Les bâtiments délabrés du Horse Palace ont triste mine, Benoit Dorais en convient. Mais la vieille écurie, vestige d'une autre époque, mérite d'être sauvée, croit-il. Le Horse Palace peut loger jusqu'à huit chevaux de calèche en été. L'écurie a récemment été vendue au promoteur immobilier Maître Carré, qui s'affaire d'ailleurs à la construction d'un immeuble à condos non loin de là, à l'angle des rues de la Montagne et Ottawa. Le promoteur a toutefois confié aux représentants de l'arrondissement son intention de conserver l'écurie et de la rénover.

Ce qui inquiète davantage le maire Dorais, c'est l'acquisition toute récente par le promoteur BCG Construction d'un lot bordant la rue Ottawa qui sert de paddock pour les chevaux. Le nouveau propriétaire aurait la ferme intention d'y ériger un immeuble résidentiel de huit étages comme le lui permet le Programme particulier d'urbanisme (PPU) de Griffintown adopté en 2008. Un tel projet enclaverait l'écurie et mettrait en péril sa survie, craint Benoit Dorais: «Le promoteur est de plein droit. Il faut absolument prendre des actions légales et réglementaires.» Comme l'arrondissement ne peut refuser la délivrance d'un permis de construction, le maire Dorais presse la Ville d'imposer une réserve foncière sur cette parcelle qui couvre environ le tiers du site du Horse Palace.

L'arrondissement demande aussi à la Ville de protéger le Horse Palace ainsi que la New City Gas et l'édifice Rodier, tous deux situés dans Griffintown, en les déclarant sites patrimoniaux. Selon M. Dorais, la Division de la culture et du patrimoine aurait suspendu l'étude de nouveaux dossiers, c'est pourquoi il déposera une motion à ce sujet à la séance du conseil municipal de lundi.

Centre d'interprétation

Ces mesures permettraient à la Fondation du Horse Palace de Griffintown de se porter acquéreur de l'ensemble du site, croit M. Dorais. Cette fondation, qui souhaite maintenir les activités de l'écurie, rêve de créer un centre d'interprétation sur l'histoire du quartier et d'offrir des activités d'équithérapie. «Le nouveau propriétaire [Maître Carré] s'est montré ouvert à rénover l'écurie et à travailler avec nous sur notre projet», a souligné Juliette Patterson, la présidente de la fondation. Pour l'instant toutefois, l'organisme ne dispose pas des fonds nécessaires pour acheter l'ensemble du site.

Au cabinet du maire Gérald Tremblay, on soutient que l'arrondissement est mieux outillé que la Ville pour protéger ce patrimoine. «Le Horse Palace fait partie d'un secteur patrimonial dans le plan d'urbanisme. C'est l'arrondissement qui doit s'assurer que la réglementation en place n'amène pas une pression immobilière indue sur ce lieu qu'on veut protéger», a expliqué hier Martine Painchaud, attachée de presse au cabinet du maire. Elle a par ailleurs affirmé qu'aucun moratoire n'avait été imposé pour les citations patrimoniales, contrairement à ce qu'a laissé entendre le maire du Sud-Ouest.

Les promoteurs Maître Carré et BCG Construction n'ont pas rappelé Le Devoir.
5 commentaires
  • Hugues Tremblay Manigouche - Inscrit 13 avril 2012 09 h 48

    Condo!

    Des condos, partout, tout le temps!

  • marie claude pratte - Inscrit 13 avril 2012 12 h 32

    Tremblotte et co.

    Comment peux-t-on avoir une vue si courte !!! Il faut agir contre les requins de l'immobilier au plus vite et contre le laisser faire du maire Tremblotte !!!
    Tout le monde se renvoie la balle et les rapaces vont poursuivre le carnage , en connivence avec cette mairie de technocrates corrompus...
    Quand il ny aura plus rien , les gens iront regarder sur le
    site de Montreal Avant pour pleurer la perte de notre patrimoine... mais il sera trop tard..
    Montreal sera un amoncellement hideux de condos homogènes rangés comme des blocs de beurre . Je me demande qui voudra bien vivre dans une ville aussi moche et impersonnelle ...
    Apres que Tremblotte sera 6 pieds sous terre dans son cercueil de verre , encore une fois , la génération suivante sera victime de l'ignorance et de la courte vue et devront vivre dans ce Montreal devenu insipide..

  • Pearl Duval - Inscrit 13 avril 2012 22 h 39

    Si l'écurie est sauvée, il est à espérer qu'elles sera rénovée adéquatement, et que les chevaux s'y trouvant soient mieux traités, parce que présentement, les cochers de cet endroit n'ont pas tous très bonne réputation. S'il y a un centre d'équithérapie, il faudra que ce projet soit SÉVÈREMENT et ÉTROITEMENT surveillé afin que les chevaux ne soient pas exploités éhontément.

  • alien - Inscrit 14 avril 2012 02 h 15

    Si j'étais promoteur de condo, je rénoverais l'étable pour offrir au gens de la ville, son cheval en ville. Imagine, tu arrives de travailler du centre ville, descent en bas de chez toi, chevauche ton cheval pour une promenade le long du canal Lachine. Ça serait du jamais vu.

  • Camille Cardin Poissant - Inscrit 16 avril 2012 20 h 12

    District Ziploc

    J'habite tout près de cette écurie, vendue comme site de développement seulement. Maintenant dévastée par les camions, un gros «container» siégant dans son entrée.
    Il n'y a pas de place prévue pour les chevaux dans cette esthétique hypoallergènique, où tout ce qui compte c'est d'avoir un condo pas cher près du centre Bell et du pont Victoria. Papa, maman, bébé dans un sac Ziploc aseptisé qui écoutent le hockey.
    Je ne sais pas ce que les calèchiers et leurs chevaux vont devenir, ni même tout ce quartier, prochainement rasé.
    Honte à vous Montréal! De Griffintown, quartier prolétaire irlandais, à District Le Griffin, condos bourgeois!