Itinérance - Montréal ne peut pas en faire plus

La Ville de Montréal est incapable d'assurer une prise en charge sociale de l'itinérance, comme en témoignent les appels du maire Gérald Tremblay pour un financement accru de Québec et la prolifération des amendes données par la police aux sans-abris.

Le maire Tremblay et le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont vivement réagi hier à la publication de la plus récente étude sur la judiciarisation des sans-abris. De 2006 à 2010, les itinérants ont reçu plus de 30 500 contraventions pour des violations de règlements municipaux.

Le maire a dénoncé «l'incompréhension de Québec face aux enjeux de la métropole». Montréal réclame 35 millions par année pour affronter les défis particuliers en matière de sécurité publique et d'itinérance. «Malgré tous nos efforts, toutes nos demandes au gouvernement, c'est une fin de non-recevoir», a-t-il déploré. L'itinérance s'accompagne souvent de problèmes de santé mentale, de toxicomanie et d'alcoolisme. Cette clientèle perturbée nécessite une prise en charge qui déborde largement des responsabilités d'une ville, a expliqué M. Tremblay. «Montréal ne peut pas régler à elle seule le phénomène de l'itinérance, se substituer au réseau de la santé et au gouvernement du Québec», a-t-il dit.

Le SPVM ne conteste pas la rigueur méthodologique de l'étude produite par les professeures Céline Bellot (Université de Montréal) et Marie-Ève Sylvestre (Université d'Ottawa), mais il se défend bien de se livrer à la répression tous azimuts. «L'itinérance à Montréal, ce sont 12 000 appels par année, explique l'inspecteur Marc Riopel, responsable du dossier au SPVM. Même si le phénomène est en pleine expansion, le nombre de constats est resté relativement stable.»

«C'est un problème insoluble. Si vous trouvez la solution, faites-la breveter», enchaîne-t-il.

Psychologie ou répression

En 2010 seulement, les sans-abris ont reçu plus de 6500 constats pour des infractions aux règlements municipaux (deux fois sur trois dans le métro). C'est ni plus ni moins similaire aux résultats en 2007 et 2008. Par contre, le nombre de constats émis a été multiplié par 6,5 depuis 1994. C'est ce qui fait dire à Pierre Gaudreau, coordonnateur du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), qu'il reste beaucoup de chemin à parcourir. La valeur des constats émis depuis 1994 aux itinérants se monte désormais à 15 millions de dollars. «L'émission de constats ne règle rien. C'est un fardeau qui alourdit leur vie et qui fait en sorte qu'ils se sentent ostracisés», explique M. Gaudreau.

Pour en revenir à la période 2006-2010, les infractions les plus fréquentes étaient le non-paiement du titre de transport (34 %), le fait de s'être trouvé ivre ou drogué sur la place publique (32 %) et la consommation d'alcool en public (30 %).

La ligne de démarcation est bien mince entre la nécessité d'une intervention axée sur la psychologie sociale ou la répression, explique l'inspecteur Riopel. «Il y a des comportements qu'on ne peut pas tolérer. On ne veut pas que les policiers regardent à gauche quand ça se passe à droite. On comprend très bien que la répression ne règle pas les problèmes de l'itinérance, mais il y a des comportements qui nécessitent des interventions.»

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Avec Jeanne Corriveau