Quel avenir pour l'AMT?

Au-delà des questions de structures et de gouvernance concernant l'Agence métropolitaine de transport, le financement deviendra l'enjeu principal au cours des prochains mois.
Photo: Source Agence métropolitaine de transport Au-delà des questions de structures et de gouvernance concernant l'Agence métropolitaine de transport, le financement deviendra l'enjeu principal au cours des prochains mois.

Faut-il faire disparaître l'Agence métropolitaine de transport (AMT)? Hier, la chef de l'opposition à l'Hôtel de Ville de Montréal, Louise Harel, a suggéré la création d'une nouvelle entité: la Société de transport du Montréal métropolitain (STMM) qui aurait un mandat de planification et d'exploitation du transport collectif dans la grande région de Montréal.

Alors que les grands projets de transport en commun s'embourbent les uns après les autres, les idées de remèdes pour soigner les problèmes de gouvernance à l'AMT se multiplient. Mais le véritable casse-tête pour le gouvernement du Québec consistera à régler la question du financement, le nerf de la guerre.

Le dérapage du projet de Train de l'Est a été la goutte qui a fait déborder le vase. Le p.-d.g. de l'AMT, Joël Gauthier, a remis sa démission et Québec profitera de l'occasion pour procéder à un ménage devenu indispensable pour réviser la gouvernance de l'agence gouvernementale.

Si tous s'entendent sur la nécessité d'une plus grande cohérence dans les décisions concernant le développement du transport en commun, les suggestions formulées par les acteurs montréalais paraissent inconciliables.

Pour le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, il importe avant tout de clarifier le rôle de l'AMT et les lignes d'imputabilité, comme le suggérait le rapport commandé par la Chambre à un groupe d'experts coprésidé par Marcel Côté et Claude Séguin. «C'est Québec qui finance les infrastructures. Qu'on arrête de soumettre [les projets] à des négociations et du tortillage de priorités au niveau local. Il faut que le bras agissant de Québec puisse décider et soit parfaitement imputable de ses décisions», explique-t-il.

Concrètement, l'AMT devrait avoir pour unique mandat la planification et la mise en oeuvre de projets majeurs de transport, estime M. Leblanc. Et pour ne pas être constamment soumise aux tractations politiques, elle devrait être dirigée par un conseil d'administration composé de personnes dont les compétences en transport urbain sont reconnues. Les élus municipaux pourraient continuer à y siéger, mais ils devraient être minoritaires, croit-il.

Quant à l'exploitation des trains de banlieue, elle devrait être confiée à la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), tout comme la tarification et la fréquence du service. À plus long terme, on pourrait songer à regrouper les 14 sociétés de transport du territoire, dit-il.

Les maires en veulent davantage


Les élus municipaux, eux, ne sont pas de cet avis. Après avoir longtemps souhaité mettre le grappin sur l'AMT, ils se contentent maintenant de réclamer un pouvoir accru au sein de l'AMT. Le mois dernier, le maire Gérald Tremblay, qui préside la CMM, a réitéré la volonté des maires de pouvoir déléguer six représentants, au lieu de trois, au sein du conseil d'administration de l'AMT. Le budget et les dépenses d'immobilisations de l'AMT devraient être soumis à leur approbation, disent-ils aussi.

Louise Harel suggère plutôt la mise sur pied d'une nouvelle créature qui regrouperait les sociétés de transport de Montréal, de Laval et de la Rive-Sud ainsi que l'AMT, le tout assorti d'un partenariat avec les conseils intermunicipaux de transport (CIT) qui desservent les couronnes, a-t-elle suggéré.

Cette nouvelle formule apporterait de la cohésion dans les décisions qui doivent être prises à l'échelle métropolitaine. Le flou ambiant qui subsiste à l'AMT fait en sorte que des projets aussi prioritaires que le Système rapide par bus (SRB) du boulevard Pie-IX sont bloqués, signale-t-elle. Son parti entend d'ailleurs déposer une motion à cet effet lors de la séance du conseil municipal du 20 février prochain.

Autre joueur, autre vision. Normand Parisien, directeur général de Transport 2000, propose que l'AMT soit dirigée par un élu, soit un ministre ou un président élu au suffrage universel selon une formule qui pourrait s'inspirer du cadre de gestion du Syndicat des transports d'Île-de-France.

«On propose que le gouvernement soit plus interventionniste, que ce soit en termes de financement ou d'imputabilité. Il y a trop de chefs et pas assez d'indiens et le gouvernement doit arbitrer, mais ça prend un certain courage», dit-il.

Péage et taxes sur l'essence

Au-delà des questions de structures et de gouvernance, le financement deviendra l'enjeu principal au cours des prochains mois. En 2009, lorsque le premier ministre Jean Charest avait annoncé la création d'un bureau de projet pour réaliser le prolongement des trois lignes de métro, le financement ne semblait pas causer d'inquiétudes. «On est en train de financer ça à même nos programmes d'infrastructures qui sont de l'ordre de 42 milliards de dollars pour cinq ans», avait alors dit le premier ministre.

Trois ans plus tard, les temps ont bien changé. Le gouvernement rappelle sans cesse que les finances publiques sont serrées. Récemment, le ministre des Transports, Pierre Moreau, a répété qu'il fallait établir les priorités selon la capacité de payer des contribuables. De son côté, la CMM, qui a dressé une liste de projets totalisant 23 milliards de dollars, entend mener au cours des prochains mois des consultations pour sonder l'opinion des Montréalais et des banlieusards sur le péage routier et les taxes sur l'essence. Une première série de rencontres particulières sur invitation est prévue dans les prochaines semaines et une consultation publique, semblable à celle du Plan métropolitain d'aménagement de développement (PMAD), se tiendra au printemps.
9 commentaires
  • Gilles Delisle - Inscrit 11 février 2012 07 h 57

    Système de transport à Montréal: 50 ans de retard sur le reste du monde!

    Excellente mise au point sur la vétusté de notre système de transport collectif. Ici, c'est la quantité de joueurs qui fait problème, et le nombre de structures administratives, ce qui amène des incongruités invraisemblables. Exemple: il faut toujours payer l'achat de ses tîtres de métro avec de l'argent comptant dans les stations. Pire encore, à Laval, il faut acheter ses tîtres de métro, en bas de la station avec l'AMT, et à un autre guichet, en haut de la station pour ses tîtres de transport du réseau de la STL, puisqu,il n'y a pas de correspondance possible entre les deux réseaux. Ailleurs, un exemple de modernité du transport que j'ai pu constater dans le métro de Hong-Kong, lors d'un voyage. Il n'y a aucun employé dans ce métro ultra-moderne. Vous devez simplement acheter votre billet de métro à une borne, en indiquant votre station de départ et celle de votre arrivée, et payez pour cette distance.
    Quel choc culturel pour nous, pauvres petits montréalais perdus entre l'AMT, la STL, la STRSM, la STCUM, Transport 2000, les CIT et j'en passe!

  • Bernard Terreault - Abonné 11 février 2012 08 h 25

    Casse-tête

    Une première chose est évidente, il faut regrouper les sociétés de transport de Montréal, Laval et Longueuil et simplifier la tarification et les horaires pour les billets simples comme pour les cartes d'abonnement. On devrait pouvoir aller occasionnellement de Brossard à Sainte-Rose avec un seul billet. Mais avouons par ailleurs que c'est un casse-tête car les responsabilités sont diluées. Oui, le MTQ (Ministère des transports du Québec) finance les grosses infrastructures, mais ce sont les municipalités qui subventionnent les opérations des sociétés de transport, c.à.d. les salaires des chaufeurs, l'entretien, le carburant. C'est comme si les villes faisaient le déneigement et la réparatiojn des autoroutes provinciales et subventionnaient en plus l'essence pour les utilisateurs! Les villes ont donc leur mot à dire (contrairement à ce que soutient la Chambre de commerce). Un maire de CMM élu au suffrage universel ce serait un début.

  • ti-gillest - Inscrit 11 février 2012 08 h 46

    Inutile AMT

    AMT doit disparaître car elle n’ajoute aucune valeur. AMT ajoute beaucoup de dépenses résultant des catastrophes sous leur direction.

    Les taxes et péages doivent être décidés par le gouvernement du Québec en P.P.P.T .
    Pas
    Péage
    Pan
    Toute…

  • Claude Kamps - Inscrit 11 février 2012 09 h 19

    Tant que la région ne sera pas sous une entité politique unie et imputable...

    il sera difficile de concilier les voeux de chacun des chefs qui en veulent plus que le voisin.
    Le défit pour Québec, c'est qu'une entité unique sera plus forte politiquement que le gouvernement du Québec, elle décidera du sort de plus de contribuable que ceux à l'extérieur de la région métropolitaine.
    Il est devenu clair que rien que pour déneiger une rue comme Delorimier, prioritaire et importante, qui passe dans plusieurs châteaux forts de roitelets imbus de leurs pouvoirs, il faut une réunion au sommet qui peut prendre des mois à se réunir à ce sujet! Et finalement chaque roitelet peut la déneiger à son gout...

    Cette exemple de base et simple montre l’impossibilité de diriger l'avenir de l'île avec la dé-fusion de Charest et la mise en place d'un système qui ne tient pas la route, comme le Mont Orford ou le Grand Nord...

    Le transport en commun, les cyclistes et piétons, comme celui des marchandises et du porte à porte des paquets, comme celui des gens qui doivent prendre une voiture pour travailler, doit être fait sans gêner l'autre et chacun doit financer son système de transport avec des frais pour leurs usagés.
    L'utilisateur payeur qui est compenser par un apport du gouvernement centrale qui doit piger dans le fond commun de la province pour faire en sorte que chacun, y compris les cyclistes payent une juste part de ce qui est spécifique à son transport.
    Il n'est pas juste ni normal de demander aux seules automobilistes de payer pour le reste des gens qui se déplacent dans la ville.

    Des péages seront contre productif et généreront une frustration encore plus grande qui encombrera les rues sans péages...
    Le gouvernement à un pot commun avec toute nos taxes et impôts et c'est de ce pot que doit venir le financement principal et continu de ce qui est en commun, quitte à augmenter les impôts provinciaux de la région.

  • Michel Richard - Inscrit 11 février 2012 09 h 30

    Encore !

    Une autre structure. Quand Mme Harel dit que sa nouvelle bibitte "regrouperait" l'AMT, et les sociétés de transport de Montréal, de Laval et de la Rive Sud, est-ce qu'elle veut faire disparaître les "regroupées" ? Me semble que ce ne serait qu'une occasion d'embaucher du nouveau monde, d'ajouter des structures et de l'administration.
    Horrible.