Montréal trouve normal que le privé s'installe dans ses locaux

Le président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Michael Applebaum (à droite), a reconnu que trois employés de Macogep travaillaient bel et bien dans les bureaux de la Ville sur une base quotidienne. Selon lui, toutefois, il n'y a pas lieu de s'en indigner.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Michael Applebaum (à droite), a reconnu que trois employés de Macogep travaillaient bel et bien dans les bureaux de la Ville sur une base quotidienne. Selon lui, toutefois, il n'y a pas lieu de s'en indigner.

L'administration de Gérald Tremblay ignore combien de personnes à l'emploi de firmes de génie-conseil travaillent dans les bureaux de la Ville de Montréal. Mais pour le président du comité exécutif, Michael Applebaum, il est tout à fait normal que des firmes externes s'installent dans les locaux de la Ville et que leurs employés préparent et rédigent les dossiers destinés à aider les élus à prendre leurs décisions.

Michael Applebaum était furieux contre Louise Harel, hier. La veille, la chef de l'opposition avait dénoncé la «mainmise» qu'exerce la firme de consultants Macogep sur des projets stratégiques de la Ville comme celui de la mise à niveau des arénas, un chantier de plus de 200 millions $.

En conférence de presse, M. Applebaum s'est livré à une attaque en règle contre la chef de l'opposition, qualifiant ses propos «mensongers». Louise Harel ne comprend rien au fonctionnement de la Ville et elle «devrait sérieusement penser à laisser sa place à quelqu'un d'autre», a-t-il lancé.

Jeudi, Mme Harel s'était également offusquée du fait que des employés de Macogep travaillaient en permanence dans les locaux de la Ville avec accès aux équipements informatiques et qu'on leur permettait même de rédiger des sommaires décisionnels, documents sur lesquels les élus se basent pour prendre des décisions et approuver l'octroi de contrats. Elle avait alors soulevé le cas d'un employé de la Direction stratégique des transactions immobilières (DSTI) dont le nom a été utilisé sans son consentement pour valider ces documents.

Michael Applebaum a reconnu que trois employés de Macogep travaillaient bel et bien dans les bureaux de la Ville sur une base quotidienne. Selon lui, toutefois, il n'y a pas lieu de s'en indigner. «C'est bien mieux et c'est bien plus facile d'avoir les personnes dans les bureaux de la Ville de Montréal [pour] s'assurer d'un bon suivi des dossiers. C'est normal, mais il y a toujours des fonctionnaires qui sont là pour poursuivre le travail qui est fait», a-t-il expliqué. Les représentants des firmes sont encadrés par des gestionnaires de la Ville et leur accès au réseau informatique est limité aux dossiers pour lesquels ils ont des mandats, a-t-on précisé.

Le président du comité exécutif a par ailleurs été incapable de préciser combien d'employés mandatés par les firmes de génie-conseil travaillaient sur une base régulière dans les locaux de la Ville.

Rappelons que la firme BPR avait elle aussi une équipe affectée en permanence dans les bureaux de la Ville lorsqu'elle travaillait sur le dossier des compteurs d'eau.

Manque d'expertise


Même si le fiasco du contrat des compteurs d'eau avait mis en relief la trop grande dépendance de la Ville à l'égard des firmes externes, le recours au privé demeure nécessaire, compte tenu de l'ampleur des travaux requis par la Ville, a fait valoir M. Applebaum. Au cours des 10 prochaines années, le Service des immeubles prévoit des investissements de 1,3 milliard $, a-t-il dit: «La Ville a décidé de mettre 10 millions $ dans un fonds pour être capable d'engager des experts, des ingénieurs et des architectes pour suivre des dossiers. Mais c'est clair qu'on n'a pas toute l'expertise dans tous les domaines. La rénovation de nos arénas, c'est une priorité. C'est pourquoi on a engagé Macogep pour évaluer et faire le suivi de le dossier.»

Il a cependant nié tout recours à des prête-noms dans la validation des sommaires décisionnels. «Je peux vous assurer d'une chose: ce n'est pas la pratique de la Ville de Montréal d'utiliser des prête-noms pour la signature des sommaires décisionnels. Ces documents sont signés par des fonctionnaires dûment autorisés à le faire et qui, en le faisant, engagent leur réputation et leur responsabilité professionnelle.»

Le cas d'«usurpation d'identité» soulevé jeudi par Mme Harel renvoie à une plainte transmise par un employé à son syndicat. Celui-ci dénonçait le fait qu'à deux reprises, son nom avait été apposé à son insu au bas d'un sommaire décisionnel à titre de responsable du projet, alors qu'il ne l'était pas et que le dossier avait été préparé par un représentant de Macogep.

M. Applebaum a soutenu que si le nom de ce fonctionnaire apparaissait sur un des dossiers, c'est qu'il avait mis en branle le projet. Par la suite, il aurait lui-même demandé que la responsabilité du dossier lui soit retiré, invoquant une charge de travail trop élevée. Aucun grief n'a été déposé dans cette affaire, a répété M. Applebaum.

Les mandats de Macogep

Firme spécialisée dans la gestion de projets, Macogep s'est vu confier plusieurs mandats par la Ville au cours des dernières années. En 2009, elle avait remporté l'appel d'offres pour la gestion du chantier de la mise à niveau des arénas et le remplacement de leurs systèmes de réfrigération, un projet dont les coûts étaient alors estimés à 89,5 millions $. L'an dernier, ceux-ci ont été revus à la hausse pour atteindre

200 millions $, et la facture pourrait augmenter encore en raison de la vétusté des bâtiments, ce qui obligera la Ville à effectuer des travaux supplémentaires. Pour sa part, le contrat octroyé à Macogep s'élevait à 1,6 million $.

Au fil des dernières années, Macogep a aussi obtenu des mandats pour planifier et gérer des projets liés à la réfection des casernes de pompiers, à la modernisation de pataugeoires et à la remise en état des bâtiments d'une usine d'eau potable. Claude Léger, ancien directeur général de la Ville congédié dans la foulée du scandale du contrat des compteurs d'eau, figure parmi les membres de la direction de l'entreprise.

Macogep n'a pas apprécié la sortie publique de Louise Harel, et hier, le président de la firme, Louis Yves Lebeau, a exigé une rétractation et des excuses de la part de la chef de l'opposition. La firme pourrait intenter des recours légaux «afin de rétablir sa réputation», a-t-il indiqué par voie de communiqué: «Madame Harel a fait une sortie spectaculaire dans les médias, en utilisant un scénario truffé d'éléments faux et mensongers, de même que des mots très insultants à l'égard de Macogep.»

Mais Louise Harel n'en démord pas. Selon elle, bien des doutes subsistent quant à l'influence que peuvent exercer les firmes externes dans l'octroi des contrats de la Ville. Dans son rapport sur les compteurs d'eau, le vérificateur général, Jacques Bergeron, avait d'ailleurs souligné qu'une trop grande dépendance vis-à-vis de ces firmes plaçait la Ville en position de vulnérabilité. La chef de l'opposition a toutefois insisté pour dire qu'elle ne remettait pas en doute la compétence et l'expertise de Macogep.

La présidente du Syndicat des professionnels de la Ville de Montréal, Gisèle Jolin, s'est dite elle aussi préoccupée par le rôle joué par les firmes externes: «On trouve qu'il y en a beaucoup trop et que ça coûte beaucoup plus cher que d'avoir des employés. On ne peut pas parler de besoins ponctuels, quand on en est rendus au point d'avoir ces gens à temps plein dans les bureaux de la Ville.»
49 commentaires
  • ClimateCrisis - Inscrit 4 février 2012 00 h 59

    wow

    M. Applebaum s'est livré à une attaque en règle contre la chef de l'opposition, qualifiant ses propos «mensongers». Louise Harel ne comprend rien au fonctionnement de la Ville et elle «devrait sérieusement penser à laisser sa place à quelqu'un d'autre», a-t-il lancé.



    vraiment scandaleux , mme harel a gerer plusieurs ministere de la province et non pas simplement une ville!

    au lieu de la critiquer, M applebaum , je prendais des notes de Mme qui a nettement plus d experience que vous....

    preuve ?

    c est justement que vous trouver cela normal avec le prive dans des locaux de la ville.

    aussi aveugle que le maire Tremblay, ca promet .

    augmentation de taxes encore qui s envient pour une enieme fois ?

  • Marcel Bernier - Inscrit 4 février 2012 02 h 07

    Quelque chose de pourri au royaume du Québec!

    Non! là, ça va faire!

  • Catherine Paquet - Abonnée 4 février 2012 06 h 10

    Et M. le maire...?

    J'imagine que Gérald Tremblay dira, comme d'habitude, qu'il n'était pas au courant.

  • yvesdeau - Inscrit 4 février 2012 06 h 52

    Saviez-vous aussi?

    De plus ces gens du privé sont embauchés par la suite à des postes comme chef de section, chef de division, directeur et autres comme planificateur, résultant en une explosion de postes hautement rémunérés payés à même nos taxes. Maintenant qu'ils sont à l'emploi de la Ville, ils servent de pont pour le privé...

  • maxime belley - Inscrit 4 février 2012 06 h 59

    bah

    c'est normal que le privé gère la ville . tout le monde s'en fout de toute façon.