Le réseau conservateur tente d'accentuer sa mainmise sur l'administration montréalaise

Dimitri Soudas<br />
Photo: - Archives Le Devoir Dimitri Soudas

La nomination imminente d'un directeur général à la Ville de Montréal est au centre de tiraillements auxquels les conservateurs de Stephen Harper ne sont pas étrangers. Parmi les candidatures pressenties, le nom de l'ancien directeur des communications du premier ministre, Dimitri Soudas, a circulé à l'Hôtel de Ville. Cette perspective fait craindre que le réseau conservateur déjà bien installé au cabinet du maire prenne le contrôle de la machine administrative, a appris Le Devoir.

La candidature de M. Soudas aurait été envisagée compte tenu de la nécessité qu'il y ait une grande complicité et une grande confiance entre le maire Gérald Tremblay, le président du comité exécutif, Michael Applebaum, et le directeur général, a souligné une personne bien au fait du dossier ayant requis l'anonymat.

Une certaine hostilité s'était installée entre Louis Roquet, qui a quitté son poste de directeur général tout juste avant Noël, et M. Applebaum. Ce dernier a bloqué quelques semaines plus tôt la recommandation de M. Roquet pour l'embauche d'un nouveau directeur du contentieux. Devant cette ingérence alors qu'il avait été embauché pour réformer notamment les processus administratifs que l'on disait trop teintés par la politique, Louis Roquet a tourné les talons.

C'est dans ce contexte que le nom de Dimitri Soudas a surgi à l'Hôtel de Ville puisqu'il a travaillé à l'accession de Gérald Tremblay à la mairie de Montréal en 2001 notamment en réussissant une percée auprès des communautés ethniques. L'année suivante, il devenait adjoint pour le Québec dans l'équipe de Stephen Harper, alors à l'Alliance canadienne, devenue par la suite le Parti conservateur du Canada. Jusqu'à l'été dernier, il était directeur des communications de M. Harper. Depuis octobre, il dirige les communications du Comité olympique canadien (COC).

Joint hier en fin de journée, Dimitri Soudas a dit ne pas avoir l'intention de revenir à Montréal, car il se plaît dans ses nouvelles fonctions au COC. «Les Jeux de 2012 à Londres sont une opportunité en or de faire valoir les athlètes canadiens et leurs rêves», a-t-il assuré par courriel. Au téléphone, il a toutefois refusé de dire s'il avait été contacté, se bornant à souligner qu'il n'avait pas le contrôle sur ceux qui pourraient faire sa promotion.

Candidature interne

C'est en réaction à la possibilité qu'il soit nommé d.g., poste stratégique s'il en est, à la jonction du politique et de l'administratif, que la candidature du fonctionnaire Guy Hébert a été considérée avec plus d'attention, ont expliqué des sources diverses à l'Hôtel de Ville. Les ambitions de M. Hébert sont connues depuis belle lurette, mais ses liens politiques avec un ancien adversaire de Gérald Tremblay, Benoit Labonté, qui a été maire de l'arrondissement Ville-Marie, font tiquer. C'est d'autant plus vrai que M. Hébert travaillait activement au sein d'un comité secret de transition politique pour déloger le maire Tremblay. Il était alors directeur général de Ville-Marie et à ce titre, avait un devoir de réserve, ses décisions administratives étant incompatibles avec l'action partisane.

Hier, le comité exécutif s'est réuni mais n'aurait pas abordé la nomination du nouveau d.g. La décision sera vraisemblablement discutée lundi prochain, quelques heures avant la tenue de l'assemblée mensuelle du conseil municipal. La nomination du d.g. doit être entérinée par l'ensemble des élus.

Outre la candidature de M. Hébert, celle d'Yves Devin, d.g. à la STM, a été pressentie. Le principal intéressé n'y a pas donné suite. En fait, explique-t-on dans les coulisses de l'Hôtel de Ville, le choix d'un candidat pour le poste de d.g. apparaît comme un véritable casse-tête politique pour tenter de repêcher un gestionnaire de haut niveau, à l'externe. «Qui voudra être l'agneau sacrificiel alors que les prochaines élections municipales sont dans moins de deux ans? S'il devait y avoir un changement de garde à la mairie en 2013, le d.g. risquerait d'être remplacé aussi. C'est un siège éjectable», a fait valoir une source.

Contrôle conservateur

Mais ce qui inquiète cette personne ainsi que de hauts fonctionnaires, c'est que la nomination d'un nouveau d.g. soit l'occasion d'accentuer la mainmise conservatrice sur la Ville de Montréal. «Depuis un an, on assiste à un "take over" des conservateurs sur la politique. Ça risque de s'étendre aux opérations quotidiennes. Est-ce idéologique ou pour aider les intérêts des amis du parti? On peut seulement soulever la question», a dit une source proche du dossier sous le couvert de l'anonymat.

Après les élections fédérales de mai dernier, certains candidats conservateurs qui ont mordu la poussière au Québec ont rapidement trouvé des fonctions politiques dans l'entourage de Gérald Tremblay sans avoir de connaissances particulières de l'appareil municipal.

Ainsi, Agop Evereklian, un ancien vendeur d'autos usagées, candidat défait dans Pierrefonds-Dollard, a été nommé chef de cabinet du maire de Montréal en juin dernier. M. Evereklian a travaillé avec les libéraux fédéraux avant de passer chez les conservateurs en 2007. Il a notamment été directeur de cabinet du ministre de la Citoyenneté, de l'Immigration et du Multiculturalisme, Jason Kenney.

Le maire Tremblay a également à ses côtés Nahed Koussa, qui agit comme conseiller principal. Ce dernier était conseiller régional auprès du ministre Kenney sur les question de relations intercommunautaires.

La filière de M. Kenney ne s'arrête pas. Barbara Pisani, candidate défaite dans Rivière-des-Prairies pour Union Montréal, préside dorénavant le parti du maire Tremblay. M. Kenney a aussi recruté l'ancien conseiller municipal et frère du maire, Marcel Tremblay. Ce dernier est juge de la citoyenneté. M. Tremblay est un proche du président du comité exécutif, Michael Applebaum, avec qui il a siégé à Montréal.

M. Applebaum entretient également des liens étroits avec son ancien confrère Saulie Zajdel qu'il a convaincu de passer du parti Vision Montréal à l'équipe Tremblay. Aujourd'hui, M. Zajdel est conseiller régional au cabinet du ministre du Patrimoine canadien, James Moore. Son nom est ressorti récemment dans les médias lorsqu'il a été question d'un sondage fallacieux mené par les conservateurs dans la circonscription de Mont-Royal laissant entendre que le député libéral démissionnerait sous peu. M. Zajdel a été candidat conservateur.

Un ancien organisateur conservateur qui a refusé d'être identifié soutient qu'il s'agit de la mise en place d'un réseau d'influence de premier ordre. Selon lui, cela pourrait démontrer une volonté du Parti conservateur d'être sur le terrain auprès des communautés culturelles comme il l'a fait dans la région de Toronto lors du dernier scrutin. Mais, ajoute-t-il, cela pourrait être plus certainement «pour être dans la circulation des contrats».  
25 commentaires
  • Henry Fleury - Inscrit 19 janvier 2012 06 h 30

    Aille!

    C'est pas joli tout ça.

  • Sanzalure - Inscrit 19 janvier 2012 06 h 34

    Raz le bol

    N'y aurait-il pas moyen de trouver des personnes normales, sans agenda politique plus ou moins caché, pour tout simplement faire la job de façon compétente et désintéressée ?

    Serge Grenier

  • Chantal_Mino - Inscrite 19 janvier 2012 06 h 52

    Et que la magouille continue... Ça fait peur !

    Profitez-en pendant que vous le pouvez encore...

    Que j'ai hâte aux prochaines élections afin qu'on fasse un peu de ménage.

  • ice berg - Inscrit 19 janvier 2012 08 h 07

    Je suis dégoutée!

    Cela en dit long sur la politique au Canada, au Québec et à Montréal, du pareil au même partout. C'est choquant

  • François Dugal - Inscrit 19 janvier 2012 08 h 23

    Hydres

    Remplacer l'hydre rouge par l'hydre bleu: «US qu'on s'en va».