Louis Roquet démissionne

Louis Roquet n’aura servi que deux des cinq années prévues dans son contrat.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Louis Roquet n’aura servi que deux des cinq années prévues dans son contrat.

Embauché pour mettre de l'ordre à l'hôtel de ville à la suite des scandales qui ont éclaboussé l'administration du maire Gérald Tremblay, le directeur général de la Ville, Louis Roquet, a remis sa démission hier matin, trois ans avant la fin de son mandat.

À l'occasion de la séance du conseil municipal hier après-midi, le maire a confirmé avoir reçu la lettre de démission de M. Roquet en matinée. «Dans sa lettre, il m'a mentionné que, après avoir travaillé d'arrache-pied pendant deux ans, il considérait que, à partir du 5 janvier 2012, on devrait trouver une personne pour le remplacer, a indiqué le maire. Respectueux de ses cadres supérieurs, il les a rencontrés de midi à 14h pour leur annoncer la nouvelle.»

Puisqu'il s'agit d'une démission, M. Roquet n'aura droit à aucune «indemnisation de quelque nature que ce soit», a précisé Gérald Tremblay. M. Roquet aurait décidé de quitter ses fonctions pour des raisons personnelles et non parce qu'il rencontrait des difficulté à réaliser les changements souhaités à l'hôtel de ville, a soutenu le maire dans une entrevue accordée à Radio-Canada.

Il s'agit du quatrième directeur général à occuper cette fonction en dix ans. M. Roquet avait un contrat de cinq ans et recevait un salaire de 300 000 $ par année.

Travail inachevé

Entré en poste en janvier 2010, M. Roquet avait reçu le mandat de revoir le processus d'octroi des contrats à la Ville. Cette nomination a fait suite à la publication du rapport accablant du vérificateur général, Jacques Bergeron, sur le contrat des compteurs d'eau. Quelques mois auparavant, M. Roquet avait agi comme conseiller auprès de Rachel Laperrière, directrice générale par intérim. C'est d'ailleurs à Mme Laperrière que reviendra la tâche d'assumer l'intérim une nouvelle fois.

Le mandat de M. Roquet à la Ville, au cours des deux dernières années, n'a pas été de tout repos. En mai 2010, M. Roquet a été vivement critiqué pour avoir transmis à Telus un chapitre du rapport du vérificateur général portant sur l'octroi de contrats à l'entreprise de téléphonie. Ces documents avaient pourtant été identifiés comme confidentiels par Jacques Bergeron.

C'est aussi sous sa gouverne que l'ex-contrôleur général, Pierre Reid, a mené une enquête sur le vérificateur général et qu'il s'est livré à une opération d'espionnage des courriels de M. Bergeron pendant 10 mois. L'affaire est maintenant devant les tribunaux.

L'embauche de M. Roquet à la direction générale de la Ville était pour lui un retour à l'hôtel de ville, puisque, de 1994 à 1995, il avait occupé les fonctions de secrétaire général de la Ville et de directeur général de la Communauté urbaine de Montréal. Avant de revenir à la Ville, M. Roquet a assumé pendant cinq ans le poste de président et chef de l'exploitation de Desjardins Capital de risques, après avoir été p.-d.g. de la Société des alcools de 2002 à 2004.

Malaise et désaccord

La départ précipité de M. Roquet traduit un malaise dans l'entourage du maire, selon la chef de l'opposition, Louise Harel, qui a évoqué des rumeurs concernant «un affrontement latent» avec le président du comité exécutif, Michael Applebaum, au sujet de la réorganisation de la Ville. Selon elle, l'«hostilité» de certains élus de l'équipe du maire aurait incité M. Roquet à quitter ses fonctions. Rappelons que, au cours des derniers mois, la Ville a procédé au regroupement des services d'embauche et d'approvisionnement et que plusieurs élus, dont le maire d'Anjou, Luis Miranda, et la mairesse d'Outremont, Marie Cinq-Mars, s'y étaient opposés.

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a qualifié de «désolant» le départ prématuré de M. Roquet, qui devait être un «pilier important» pour aider Gérald Tremblay à «refaire sa crédibilité». «Je constate que les directeurs généraux de la Ville de Montréal durent moins longtemps que les entraîneurs-chefs du Canadien de Montréal. [...] On a besoin d'un Patrick Roy à la tête de Montréal et de ses 24 000 employés», a-t-il dit.

«La personne de M. Roquet, je ne la regretterai pas forcément. Il a quand même des taches importantes à son dossier», a poursuivi M. Bergeron, en citant le dossier de Telus et l’espionnage des courriels du vérificateur.

Le départ a été accueilli avec surprise et déception par la présidente du Syndicat des fonctionnaires municipaux de Montréal, Monique Côté. «M. Roquet était quelqu’un qui connaissait très bien la fonction publique. Il avait de bonne intentions pour Montréal. Son départ nous inquiète», a-t-elle commenté.
4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 20 décembre 2011 11 h 14

    Grave

    Louis Roquet, un administrateur public chevronné et (la plupart du temps) compétent et honnête, qui a fait ses preuves ailleurs depuis des dizaines d'années, a été sacrifié au profit d'Applebaum, un petit politicien de quartier, sans envergure mais représentant de gros intérêts, ceux de l'ouest et des séparatistes anglos.

  • camelot - Inscrit 20 décembre 2011 11 h 38

    Ça dit tout

    Montréal est incontrôlable. Charest y a vu en abolissant les fusions et en favorisant ainsi la chaos social.

  • Denis Stergiotis - Inscrit 20 décembre 2011 12 h 33

    Qui est le lien entre Telus , les contrats et M. Roquet?

    Qui est le lien entre Telus , les contrats et M. Roquet?
    Pourquoi M. Roquet a transmis à Telus un chapitre du rapport du vérificateur général portant sur l'octroi de contrats à l'entreprise de téléphonie?
    Ces documents été identifiés confidentiels!!

  • Franklin Bernard - Inscrit 22 décembre 2011 20 h 21

    Ça sent mauvais

    Je suis déçu de cette faute de français commise par le Devoir dans son titre: «Le directeur général... QUITTE prématurément.» Ça ne se dit pas. On quitte quelqu'un, un lieu... mais on ne «quitte» pas tout court, sans complément d'objet. C'est un barbarisme calqué sur l'anglais «leave.» Dommage pour le seul journal qui sache encore écrire le français correctement.

    Cela dit, cette démission hâtive ne sent pas bien bon. Qu'est-ce que les prochaines semaines vont encore nous révéler sur l'administration Tremblay, la corruption, et tout le toutim nauséabond habituel de la politique Québécoise?