Hausse moyenne de 3 % des taxes à Montréal

Gérald Tremblay
Photo: Gérald Tremblay

Malgré les efforts de l'administration de Gérald Tremblay pour couper dans les dépenses de la Ville, celles-ci ne cessent de grimper. Résultat: le compte de taxes des contribuables montréalais augmentera en moyenne de 3 % l'an prochain, a annoncé le maire lors du dévoilement du budget 2012 de la Ville hier. En y ajoutant les taxes d'arrondissement, c'est de 3,3 % dont on parle.

Le budget de Montréal atteindra 4,7 milliards de dollars l'an prochain, soit 5,2 % de plus qu'en 2011. Le maire attribue une grande part de cette hausse à l'explosion des coûts liés aux régimes de retraite qui grimperont à 609 millions en 2012.

L'administration Tremblay avait déjà annoncé son intention de limiter à 2,5 % la hausse de l'impôt foncier. Restait à déterminer la contribution qui serait réclamée des Montréalais pour le Fonds de l'eau destiné à financer les travaux d'infrastructures du réseau souterrain. Alors que le

Service de l'eau recommandait d'accroître de 9 % les revenus de ce fonds en augmentant de 1,2 % le compte de taxes des Montréalais, l'administration a plutôt décidé de limiter à 0,5 % la contribution additionnelle des Montréalais. Le compte de taxes des Montréalais grimpera donc en moyenne de 3 % en 2012, un taux qui atteint 3,3 % si l'on tient compte des taxes locales imposées par 9 des 19 arrondissements.

Ainsi, le propriétaire d'une maison unifamiliale d'une valeur de 348 000 $ devra débourser 95 $ de plus l'an prochain, a indiqué le président du comité exécutif, Michael Applebaum. «Je pense que c'est plus que raisonnable», a-t-il dit.

Au palmarès des arrondissements les plus durement touchés par les augmentations, le Plateau-Mont-Royal trône au sommet avec des hausses de taxes moyennes de 5,66 % pour le secteur résidentiel, suivi d'Anjou (5,43 %), du Sud-Ouest (4,88 %), de Lachine (4,69 %) et d'Outremont (4,56 %).

Neuf arrondissements, soit Anjou, Saint-Léonard, Saint-Laurent, LaSalle, Montréal-Nord, Pierrefonds-Roxboro, Verdun, Le Sud-Ouest et Lachine, ont par ailleurs imposé une taxe locale qui alourdit le compte de taxes de leurs contribuables. En six ans, les taxes auront donc augmenté de 15,5 % à Montréal.

En conférence de presse hier, le maire Tremblay a insisté sur la nécessité pour la Ville de s'attaquer aux régimes de retraite qui plombent son budget et représenteront un poids supplémentaire de 132 millions l'an prochain. «Oui, les finances publiques se sont assainies, même si la situation financière de la Ville demeure toujours fragile, a-t-il dit. Mais, ce qu'on réalise, c'est qu'on doit renégocier nos régimes de retraite avec nos employés.»

Comptabilité créative

Engagée dans une opération de compressions budgétaires, l'administration Tremblay promet de supprimer 1000 postes d'ici la fin de 2013. Étonnamment, elle affirmait hier avoir déjà réduit de 310 le nombre d'employés. Sauf que, pendant ce temps, elle a embauché 350 personnes. Au bout du compte, la Ville se retrouve donc avec 40 employés de plus. Le maire Tremblay a justifié ces embauches en invoquant la nécessité de renforcer l'expertise interne compte tenu des investissements importants qui devront être consentis dans les infrastructures de l'eau et de la voirie et des exigences plus élevées en matière de sécurité. «Au cours des prochaines années, 700 postes vont se libérer par attrition. Donc, c'est très réaliste. Par contre, il y a des demandes additionnelles qu'on doit combler, a-t-il expliqué. Mais on va respecter notre engagement d'abolir 1000 postes au cours des trois prochaines années.»

Le Service de police bénéficiera d'un montant de 662 millions, alors que le Service de sécurité incendie aura droit à 329 millions. Par ailleurs, la gestion de l'eau recevra 331 millions, montant qui s'ajoutera aux investissements de 392 millions prévus dans le Plan triennal d'immobilisations de 2012.

En matière de transport, la Ville réduira de 10 millions sa contribution à la Société de transport de Montréal (STM), qui touchera 394,9 millions l'an prochain. Rappelons par ailleurs que la STM a déjà annoncé qu'elle haussera ses tarifs à compter du 1er janvier 2012. Ainsi, le prix de la carte mensuelle passera de 72,75 $ à 75,50 $.

Quant à la taxe d'immatriculation introduite en juillet 2011, elle devrait rapporter 26 millions l'an prochain, prévoit la Ville.

Un budget «sans ambition»

Les partis d'opposition à l'Hôtel de Ville n'avaient guère d'éloges à faire à l'administration hier. C'est un budget «sans ambition», a soutenu la chef de l'opposition, Louise Harel. Les augmentations de taxes affecteront plus durement les propriétaires d'immeubles de deux à trois logements, a-t-elle tenu à préciser: «Ce sont donc les petits propriétaires et les locataires des quartiers centraux qui vont avoir les plus fortes hausses. Il y a derrière ce budget, un budget d'appauvrissement des Montréalais.»

Mme Harel a aussi accusé l'administration de manquer de volonté en matière de limitation des dépenses et de regroupement de services, en plus d'étouffer les arrondissements en maintenant le gel de leurs dotations. Neuf arrondissements ont d'ailleurs imposé une taxe locale pour «payer l'épicerie», a-t-elle rappelé. «La Ville n'a pas l'ambition d'instaurer un fonds de péréquation — pourtant prévu dans la Charte de la Ville —, qui doit venir soulager les arrondissements qui sont en difficulté», a-t-elle dit.

Pour sa part, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a qualifié de «décevant» le budget de l'administration. «C'est un budget sans aucune colonne vertébrale, sans aucune ambition pour Montréal et sans aucune intention de répondre aux véritables priorités des Montréalais, a-t-il dit. On impose une hausse de taxes, ce qui est un incitatif pour les familles à s'exiler dans les banlieues, une diminution de la contribution municipale au logement social et une diminution de 6 millions de la part de la Ville dans son programme d'accession à la propriété. C'est un programme quasi antifamille», a-t-il soutenu.

«Je comprends les citoyens de devenir cyniques, a commenté le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez. Pour un commerce moyen, ça représente une augmentation de 3200 $ par année. Si, au moins, il y avait des services en contrepartie. Mais non. Ce sont des bombes qui sont larguées sur l'arrondissement.»

À compter de vendredi, le budget sera examiné par la Commission des finances. Il sera soumis à l'approbation du conseil municipal en décembre.

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