Les pompiers partent en guerre contre les dos d'âne

Le directeur du Service de sécurité incendie de la Ville de Montréal (SIM), Serge Tremblay, expliquera ce matin aux membres du conseil municipal pourquoi les dos d'âne aménagés par certains arrondissements peuvent nuire aux interventions des pompiers et mettre en péril la sécurité de la population. Mais plusieurs voix s'élèvent pour faire valoir que ces mesures d'apaisement de la circulation sauvent aussi des vies.

Franchir un dos d'âne ajoute 7 à 10 secondes au temps d'intervention des pompiers montréalais, et certains tronçons de rue en comptent plusieurs, a fait valoir Serge Tremblay dans une lettre qu'il a fait parvenir au directeur général de la Ville, Louis Roquet, la semaine dernière. Or, pour les pompiers, le temps d'intervention est primordial. Une défibrillation effectuée pendant les premières minutes augmente de 30 % les chances de survie d'une victime d'un arrêt cardiorespiratoire, a rappelé M. Tremblay. Dans le cas d'un incendie, si les pompiers n'interviennent pas dans les cinq à dix premières minutes, un embrasement généralisé peut survenir, mettant en péril la vie des résidents.

Cette lettre a incité l'administration du maire Tremblay à décréter que, désormais, les arrondissements devraient obtenir l'autorisation du SIM ou de la direction des transports de la ville-centre avant d'ajouter des dos d'âne, de modifier le sens de la circulation et d'intervenir sur la programmation des feux de circulation. L'administration a montré du doigt les arrondissements de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Rosemont-La Petite Patrie et Plateau-Mont-Royal — tous détenus par les élus des partis d'opposition —, qui auraient pris de telles initiatives sans demander l'avis du SIM.

Hier, trois organismes, soit le Centre d'écologie urbaine de Montréal, Vélo Québec et le Conseil régional de l'environnement de Montréal, ont uni leurs voix pour remettre en question les directives imposées par l'administration Tremblay. «N'est-il pas étrange que le conseil municipal confie au chef des pompiers le soin de décider des mesures d'apaisement de la circulation dans la ville?», s'est demandé Luc Rabouin, directeur du Centre d'écologie urbaine de Montréal. De son côté, la p.-d.g. de Vélo Québec, Suzanne Lareau, a fait valoir que plusieurs villes européennes avaient mis en place des mesures bien plus contraignantes que celles instaurées par ces arrondissements et qu'à Montréal, bien d'autres obstacles que les dos d'âne et les saillies de trottoirs entravaient la libre circulation des véhicules d'urgence.

Westmount, Mont-Royal et Outremont ont imposé des «mesures agressives» d'apaisement de la circulation il y a 20 ans, et le nombre d'accidents y est fort réduit, a signalé le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron. «Est-ce que les résidants des arrondissements centraux de Montréal ont les mêmes droits que les résidants des arrondissements plus fortunés de Montréal?»

Le directeur du SIM présentera ce matin aux membres du conseil municipal sa position lors d'une séance plénière à l'hôtel de ville.
9 commentaires
  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 25 octobre 2011 08 h 41

    Le dogmatisme.

    Je souhaite à tous ces vertueux de la pédale et de l'écologie de ne jamais être pris dans leur logement en feu, ou victime d'une crise cardiaque en attendant les pompiers ralentis par les dos d'âne où les sens de la circulation modifiés.

    Ils verront alors que le dogmatisme a aussi ses inconvénients et pourraient même en payer de leur vie.

  • Frédéric Chiasson - Inscrit 25 octobre 2011 09 h 01

    Les pompiers vont si vite dans les petites rues ?

    Les dos d'âne que j'ai vus sont pour la plupart dans des petites rues résidentielles à 30 ou 40 km/h. Je me demande sérieusement si un camion à incendie peut vraiment rouler si vite sans dos d'âne de toute façon.

  • mabelge - Abonnée 25 octobre 2011 09 h 08

    Ignorer l'éléphant dans le magasin de porcelaine

    C'est fou qu'on s'acharne sur quelques dos d'ânes, alors que franchement, s'est-on jamais amusé à calculer le temps que perdaient les véhicules d'urgence en raison de la quantité de voitures qui se trouvent sur leur chemin? Et à mon sens, c'est encore plus vrai sur les rues résidentielles (qui sont celles qui sont dotés de dos d'ânes) : si celles-ci deviennent un "itinéraire bis" bien pratique pour les chars en transit d'un bout à l'autre de la ville, quelles sont les chances pour que celles-ci soient raisonnablement congestionnées, au moment-même où les véhicules d'urgence souhaitent les emprunter? Il est bien rare que sur de telles rues, on puisse simplement se tasser d'un bord pour laisser passer le gros camion de pompiers.
    Alors selon moi, la meilleure façon de permettre aux véhicules d'urgence de circuler fluidement sur les rues locales, c'est justement de les rendre inhospitalières aux automobilistes (et au passage, TELLEMENT plus hospitalières pour leurs propres résidents) grâce à des mesures d'apaisement de la circulation.

  • Sylvain Auclair - Abonné 25 octobre 2011 10 h 02

    Et les autres arrondissements

    Pourquoi le Service d'incendie ne vise pas aussi les arrondissements riches, comme Outremont? Ça fait aussi partie de Montréal, à ce que je sache.

  • Denise Gagnon - Abonnée 25 octobre 2011 10 h 50

    DANGEREUX LES DOS D'ÂNES

    Expérience faite, je préfère un bon vieux ARRET moins bruyant pour les résdentes et résidents et moins dangereux pour les enfants devant une école comme sur la rue Adam. Les dos d'ânes ici ont les voient pas venir, c'est l'enfer !