La lassitude montréalaise

Les candidats potentiels à la mairie de Montréal fourbissent déjà leurs armes.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Les candidats potentiels à la mairie de Montréal fourbissent déjà leurs armes.

Après le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, c'était au tour de Louise Harel, dimanche dernier, de confirmer qu'elle briguera de nouveau la mairie de Montréal lors des élections municipales en 2013. Quant au maire Gérald Tremblay, il soutient être encore en réflexion. Les Montréalais assisteront-ils dans deux ans à une lutte à trois, avec les mêmes joueurs qu'en 2009? Rien n'est moins sûr, car le vent de changement qui a balayé le Québec lors de la dernière élection fédérale — et qui pourrait sévir sur la scène provinciale — risque de déteindre sur la politique municipale.

En politique, deux ans, c'est long. C'est plus de temps qu'il n'en faut pour que surviennent de nouvelles crises, pour que les enquêtes policières sur la Ville de Montréal finissent par aboutir ou qu'un nouveau visage fasse son apparition dans le paysage municipal montréalais.

Cela fait maintenant 10 ans que Gérald Tremblay dirige Montréal. Questionné lundi dernier sur ses intentions en prévision des élections de 2013, le maire affichait une certaine lassitude. «Je prendrai ma décision au moment opportun», a-t-il laissé tomber.

Gérald Tremblay a fait son temps, estime Pierre P. Tremblay, professeur au Département de science politique à l'UQAM. Selon lui, le maire quittera la vie politique après son mandat. «Il est rendu au bout de ce qu'il peut endurer, dit-il, C'est de bonne guerre qu'il n'annonce pas sa décision maintenant. S'il le faisait, il perdrait le peu d'autorité qui lui reste.»

Dans les coulisses, des rumeurs laissent par ailleurs entendre que Gérald Tremblay tenterait d'obtenir un poste au sein d'une organisation internationale. Et c'est sans compter que des informations circulent selon lesquelles l'Unité permanente anticorruption (UPAC) s'apprêterait à déposer sous peu des accusations concernant des contrats accordés par la Ville de Montréal. Car, faut-il le rappeler, la Ville de Montréal a fait l'objet de plusieurs enquêtes policières au cours des dernières années, notamment sur le dossier du Faubourg Contrecoeur et celui du contrat des compteurs d'eau.

Gérald Tremblay pourrait aussi vouloir solliciter un quatrième mandat, soutiennent d'autres sources, car une réélection le mènerait jusqu'en 2017, année du 375e anniversaire de Montréal.

De son côté, Louise Harel, contrainte au rôle de chef de l'opposition depuis sa défaite de 2009, tentera de nouveau sa chance en 2013. Il y a fort à parier qu'elle fera preuve de prudence pour éviter le scénario de 2009 et un épisode semblable à celui impliquant Benoit Labonté, qui avait plombé la campagne électorale de la chef de Vision Montréal en avouant avoir entretenu des liens avec le controversé homme d'affaires Tony Accurso.

Pierre P. Tremblay est loin d'être convaincu que l'ancienne ministre, mère des fusions municipales, pourra faire meilleure figure au prochain scrutin, particulièrement dans les arrondissements des anciennes villes de banlieue. «Il y a une barrière naturelle qui est infranchissable pour elle, c'est l'ouest de la ville, si on fait exception du Sud-Ouest», avance-t-il.

Il est encore plus lapidaire au sujet de Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, qui avait pourtant fait bonne figure en 2009 en décrochant 25,7 % des voix contre 32,9 % pour Louise Harel et 37,5 % pour Gérald Tremblay. «À mon avis, il va toujours rester l'Amir Khadir montréalais. C'est une mouche du coche et il est excellent là-dedans, mais je ne pense pas que les gens auraient assez confiance dans l'individu pour le suivre.»

Un vent de changement ?


De l'avis du professeur Tremblay, la lassitude généralisée des électeurs à l'égard des politiciens en place et l'effet de balayage — inspiré par la vague orange du Nouveau Parti démocratique au Québec et par un possible mouvement du même type sur la scène provinciale avec François Legault — pourraient chambarder le paysage municipal montréalais. Si elle se matérialise, l'arrivée de candidats «vedettes», comme Denis Coderre, Isabelle Hudon ou même Gilbert Rozon, risque fort de nuire aux candidatures de Mme Harel et de M. Bergeron... ou de diviser davantage le vote.

L'ancien conseiller municipal et observateur attentif de la vie municipale montréalaise, Karim Boulos, croit aussi que la métropole est mûre pour un changement et qu'elle a besoin d'un leader capable d'insuffler à la ville une nouvelle dynamique. À cet égard, M. Boulos trouve inspirante l'arrivée de Naheed Nenshi, 39 ans, à la mairie de Calgary en 2010. L'âge n'a pas nécessairement d'importance, mais l'audace, l'énergie et la capacité de prendre des décisions parfois difficiles en ont, selon lui.

«On n'a pas besoin de changements seulement pour du changement, mais il faut une autre façon de fonctionner, explique-t-il. Montréal est devenue la deuxième ville après Québec, pas sur le plan économique, mais du point de vue de la notoriété et de l'influence. Quand Régis Labeaume parle, les gens l'écoutent. Ça nous prendrait quelqu'un qui puisse influencer les autorités fédérales et provinciales. Il ne faut pas se contenter de se plaindre du manque d'argent.»

Alléger les structures

M. Boulos croit aussi que les Montréalais auraient beaucoup à gagner si les partis politiques étaient abolis et si le nombre d'élus municipaux était réduit de façon importante. «Les gens qui pourraient se présenter comme de vrais leaders de Montréal ont besoin de rallier 103 autres personnes; 103 candidats solides, ça ne court pas les rues. Ça nécessite toute une organisation et, au bout du compte, ça ne sert pas nécessairement bien la démocratie», croit-il.

Selon M. Boulos, une trentaine d'élus devrait suffire pour une ville comme Montréal. Rappelons que Toronto a 45 élus, alors que Québec, qui avait déjà fait passer leur nombre de 37 à 27 en 2009, vise maintenant un objectif de 21 élus.

À l'heure actuelle, rien n'empêche un candidat de se présenter comme indépendant, mais la présence de partis rend l'exercice difficile dans le contexte montréalais. «Éliminer les partis politiques faciliterait les choses et on irait chercher les meilleures personnes dans tous les districts pour mieux représenter les citoyens, dit-il. Actuellement, les candidats qui se présentent comme indépendants doivent affronter des machines électorales.»

De tels changements semblent peu probables dans le contexte actuel, mais qui sait ce que réservent les deux prochaines années?
9 commentaires
  • Henry Fleury - Inscrit 22 octobre 2011 07 h 26

    Une simple question de lassitude

    Comment Louise Harel peut-elle croire deux minutes qu'elle pourrait être élue à la mairie de montréal ? On se rend compte aujourd'hui du réel gachis des fusions municipales, dont elle chapautait le dossier à l'époque où Lucien Bouchard gouvernait le pays à coups de pied et de moratoires. C'est ce qui a mis Montréal en faillite. Beau résultat. Cette tralée de maires lâchés lousses, petits rois de bécosse entourés de personnel politique à outrance, de chauffeurs de limousine, mais agissant comme des beignets de village, à grands frais et méprisant les citoyens, voulant leur faire payer la note salée et les écraser sous des taxes hallucinantes et sans bon sens. Ouais, c'est pas joli tout ça et on voudrait se faire réélire ou élire parmi tout ce délire de centres d'hébergement remplis à craquer et circulation bonchonnée qui rend la ville malade, complètement malade. Une simple question de lassitude ? Non, non, y'en a marre de ces Schtroumfs-là.

  • Fabien Nadeau - Abonné 22 octobre 2011 07 h 40

    Sais pas!

    Se présentera de nouveau ou pas? Encore une chose que le maire de Montréal ne sait pas!

    Prenez le conseil d'un retraité, M. Tremblay: retirez-vous, vous avez mérité la liberté enfin de savoir des choses...

  • Franfeluche - Abonné 22 octobre 2011 09 h 31

    Le gâchis des fusions ?

    M. Fleury vous vous trompez de cible. Le véritable gâchis est survenue quand le gouvernement libéral a permis les défusions. C'est cela qui a permis l'arrivée de cette tralée de maires dont vous faites allusion.

  • Renée Lavaillante - Abonnée 22 octobre 2011 09 h 47

    fusions

    c'est pas la fusion de Harel qui a engendré la "tralée de maires" dont vous parlez M. Fleury, mais bien la défusion bassement électorale de Charest et les concessions idoines du maire Tremblay. Si les fusions avaient perduré, on aurait un maire et une administration pour tout le territoire.

  • J Babin - Inscrit 22 octobre 2011 10 h 37

    Cul-de-sac

    Les montréalais ont ce qu'il mérite, ils savaient que la mafia rodait autour de l'Hotel de Ville, ils savaient leur maire naïf et il ont voté pour ça. Montréal ne s'en sortira pas grâce aux Libéraux qui ont défusionner les villes.

    Pour bien des électeurs montréalais c'est la mafia plutôt que Harel. Imaginez... Une femme péquissse qui a osé s'en prendre aux potentats libéraux qui règnent sur les municipalités, elle a beau être honnête cela ne pèse pas lourd chez les électeurs montréalais.