Couronne nord - Les maires nient saccager les terres agricoles

Les maires de la couronne nord jugent que le gel du périmètre urbain, qui empêchera tout empiétement du territoire agricole pour cinq ans, constitue un obstacle majeur pour le développement économique de leurs municipalités.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les maires de la couronne nord jugent que le gel du périmètre urbain, qui empêchera tout empiétement du territoire agricole pour cinq ans, constitue un obstacle majeur pour le développement économique de leurs municipalités.

Les «méchants maires» des villes de la couronne nord de Montréal se sont défendus hier de «saccager les terres agricoles» et de faire du «développement sauvage». S'ils souscrivent aux grands principes du Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) qui doit être adopté d'ici la fin de l'année, les élus de la Rive-Nord ne digèrent pas les contraintes qui leur seront imposées. Selon eux, le projet concocté par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) est devenu un «outil de division» dans la région.

Les consultations sur le plan d'aménagement se sont transportées hier soir à Boisbriand, où le projet compte peu de partisans. C'est la mairesse de Boisbriand, Marlène Cordato, qui a ouvert le bal en présentant un mémoire pour dénoncer certains éléments du plan qui doit déterminer, pour les 20 prochaines années, le cadre de développement urbain sur le territoire des 82 villes qui composent la CMM. Dans l'assistance, un observateur discret: le maire Gérald Tremblay, qui préside la CMM, venu écouter les récriminations de ses homologues des banlieues.

Les maires de la couronne nord jugent que le gel du périmètre urbain, qui empêchera tout empiétement du territoire agricole pour cinq ans, constitue un obstacle majeur pour le développement économique de leurs municipalités. Ils ne prisent guère non plus les seuils de densification préconisés par le plan, qui ne conviennent pas à leur territoire, soutiennent-ils. Pour eux, le PMAD est une pomme de discorde.

Ces élus avaient d'ailleurs convoqué les médias en fin d'après-midi afin d'expliquer leur point de vue et «mettre les barres sur les t et les points sur les i». Ils n'apprécient pas le portrait qu'on dépeint d'eux, soit des administrateurs qui font de «l'urbanisme des années 50», adeptes de bungalows et d'asphaltage à outrance. «La couronne nord n'est pas dans une phase expansionniste, mais dans une période de croissance métropolitaine», a fait valoir la mairesse de Repentigny, Chantal Deschamps.

Malgré les cris d'alarme lancés au cours des derniers jours par l'Union des producteurs agricoles (UPA), qui a déploré la perte de 3000 hectares de terres cultivables au cours des 10 dernières années, les élus affirment au contraire que «le territoire agricole se porte bien» et qu'en raison du rôle de chien de garde que joue déjà la Commission de protection du territoire agricole du Québec, les règles rigides qu'imposera le PMAD sont inutiles et néfastes pour la couronne nord. La mairesse Deschamps a souligné que 58 % de la superficie de la CMM était composée de terres agricoles, et que 92 % de celles-ci se trouvaient dans la couronne nord.

Le PMAD hypothéquera le développement économique des villes de banlieue et le gel du périmètre urbain créera une rareté artificielle des terrains et une flambée des prix, limitant ainsi à l'accès à la propriété, clament-ils. Les ménages se tourneront alors vers les municipalités situées à l'extérieur des limites de la CMM, qui n'auront pas à se plier aux mêmes contraintes. La CMM figure déjà à l'avant-dernier rang du palmarès des 33 grandes agglomérations nord-américaines pour le produit intérieur brut (PIB), ont-ils insisté. Ce n'est pas le temps de «se tirer dans le pied».

Bisbille et gouvernance

«Nous nous questionnons sur notre capacité future de contribuer au financement des projets métropolitains — logements sociaux, équipements métropolitains et projets de transports — si nous nous retrouvons privés des revenus du développement économique», a fait savoir le maire de Saint-Eustache, Pierre Charron. Les maires de la couronne nord reprochent au maire Gérald Tremblay d'avoir refusé de retarder de 30 jours l'adoption en première lecture du projet.

Saint-Eustache a d'ailleurs évoqué la possibilité d'entreprendre des démarches pour se retirer de la CMM si Montréal persiste à vouloir «contrôler» le développement des autres villes. À cet égard, Caroline St-Pierre, agente de communication au ministère des Affaires municipales, a indiqué au Devoir que la CMM n'était pas un regroupement volontaire de municipalités et que la loi qui la chapeaute ne permet pas aux villes de s'en retirer comme bon leur semble.

Néanmoins, les villes de la couronne nord remettent en question la gouvernance de la CMM, qui accorde à Montréal une mainmise sur un territoire d'une population de 3,7 millions de personnes. «Dans les coulisses, on jase de cette problématique de gouvernance. Mais le but ultime, ce n'est pas de se retirer», a soutenu M. Charron.

Même sans l'accord des villes de la couronne nord, le PMAD pourrait être adopté avec une majorité des deux tiers à la CMM. Pourtant, celle-ci a besoin de ces villes et de leur contribution financière, a répliqué le maire de Terrebonne, Jean-Marc Robitaille. «J'aime mieux envisager que le gros bon sens va prévaloir et que le ministre [des Affaires municipales] va entendre ce qu'on dit», a-t-il précisé.

Le maire Tremblay a voulu calmer le jeu hier soir. «J'ai toujours dit que je ne voulais pas d'une consultation bidon. C'est un projet et, définitivement, on va écouter attentivement les recommandations qui vont nous être faites. Il peut y avoir des particularités. On n'est pas contre le développement économique, au contraire, a-t-il soutenu. Idéalement, on va trouver un consensus qui rallie tout le monde, mais si ça devient impossible, il va falloir décider dans le meilleur intérêt de la CMM.»

La soirée a donc donné l'occasion aux détracteurs du PMAD de s'exprimer, mais plusieurs intervenants ont applaudi les projets. Steven Guilbeault, coordonnateur adjoint chez Équiterre, estime toutefois que le PMAD aurait pu aller plus loin en portant à vingt ans, plutôt que cinq, le gel du périmètre d'urbanisation.

Les consultations se poursuivront aujourd'hui à Boisbriand et les dernières séances auront lieu la semaine prochaine à Laval, Longueuil et Saint-Constant.
29 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 14 octobre 2011 01 h 36

    UNE VRAIE FARCE

    Quand cela fait leur affaire, les maires ne veulent pas d'ingérence du provincial. D'autres part, pour différentes soumissions au niveau des routes, il faut que Québec les aident.

    Depuis que les municipalités ont le devoir d'appliquer certaines parties des lois sur le territoire agricole et sur l'environnement, il y a un relâchement évident. Si on habite près d'une rivière, on ne peut pas remblayez le bord de cette rivière comme on le veut. Il y a toutes sortes de règles à suivre. Par contre, quand cela revient à la municipalité, on dompe des pierres de n'importe laquelle qualité près des cours d'eau, comme bon nous semble.

    C'est pourquoi que que toute l'application des règlement tant sur le territoire agricole que sur l'environnement devraient relever du provincial.

  • Clothaire - Inscrite 14 octobre 2011 05 h 05

    10 000 PERSONNES PAR AN QUITTENT MONTRÉAL

    Et Cce n'est pas pour rien. La qualité de vie à Montréal s'est passablement détériorée surtout pour les familles qui ont des enfants. La circulation automobile toujours plus intense. Le maire refuse de mettre un péage pour obliger les automobilistes à éviter le centre ville ou à covoiturer. La sécurité publique avec les gang de rue. Le bruit qui est stressant et mine la santé. Enfin, la pollution causée par les milliers de véhicules qui s'ajoutent chaque année. Et enfin les montréalais qui ont revoté pour Tremblay malgré le parfum de scandale qui se poursuit toujours. Il était temps que l'on parte et on est pas les seuls si vous l'avez remarqué.

  • Denis Paquette - Abonné 14 octobre 2011 05 h 45

    Ho! La! La!, un peu d'ouverture

    Pourquoi nier des évidences, depuis trente ans nous avons vu disparaitre la plupart des meilleures terres entourant Montreal,
    qui peut nier qu'elle fut au centre d'intenses activités économiques, mais ceci ne se fit pas sans conséquences,qui peut nier, que ces développements se fient sans grandes planifications autres que celles des intérets des gens y ayant droit. Au moment ou les couts des infrastuctures sont en train de dépasser notre capacité de payer il est normale que nous voulions y jeter un coup d'oeil , Monsieur les maires arreter de jouer aux petits barons ; il est connu que l'étalement urbain a un cout

  • Claude Bélanger - Abonné 14 octobre 2011 06 h 57

    Une taxe de bienvenue environnementale

    Pourquoi ne pas exiger une taxe de bienvenue environnementale pour chaque nouvelle résidence? Cette taxe serait fonction de l'empreinte environnementale du projet. Par exemple une taxe de 75 000$ pour le droit de construire une unifamiliale détachée, 20 000$ pour le semi-détaché et 0$ pour une unité en multilogement. À partir de là chaun serait ibre de choisir son mode d'habitat.

  • M Giangioppi - Inscrit 14 octobre 2011 07 h 08

    L'étalement urbain

    C'est connu, l'étalement urbain cause beaucoup de dommage social et surtout environnemental. De plus, cette étalement urbain réflète la société de consommation à outrance dans laquelle notre société vie depuis plusieurs décénnies.

    Entendre encore le fameux discours disant que le ralentissement voire l'interdiction de continuer cet étalement urbain aurait des effets sur l'économie locale me lève le coeur. Tant et aussi longtemps que nous allons mettre l'économie en avant du bien etre des écosystèmes naturelles, nous nous nfonceront de plus en plus dans ce monde de consommation et à moyen et cour terme, nous en payeront un grand prix.