Experts et ordres professionnels réclament un concours d’architecture pour le pont Champlain

San Francisco a son Golden Gate et New York, son pont de Brooklyn. Pourquoi la reconstruction du pont Champlain ne serait-elle pas l’occasion de poser un geste architectural significatif pour l’image de marque de Montréal?

Telle est du moins l’opinion d’experts et de trois ordres professionnels qui, pour la première fois de leur histoire, convient conjointement Ottawa de saisir l’occasion de la reconstruction du pont Champlain pour lancer un concours international d’architecture.

La lettre, publiée dans notre page Idées, est cosignée par l’Ordre des architectes du Québec, l’Ordre des ingénieurs et l’Ordre des urbanistes, ainsi que par Dinu Bumbaru, directeur des politiques pour Héritage Montréal, Clément Demers et Giovanni de Paoli, de la Faculté d’aménagement de l’Université de Montréal, Jean-Paul L’Allier, ex-maire de Québec et président de Mission Design, ainsi que Florence Junca-Adenot, directrice du Forum Urba.

«Non seulement doit-on sécuriser, pérenniser et améliorer ce lien vital à l’économie métropolitaine et nationale comme au quotidien de centaines de milliers de citoyens, mais il faut créer un ouvrage à la hauteur des impératifs très actuels de qualité d’architecture, de génie civil, d’insertion dans le paysage ou de modes de transport alternatifs», insistent les signataires, soucieux de la durabilité du futur pont et de son impact sur la qualité du paysage.

 «Il nous faut un pont — pas un tunnel qui nous priverait à jamais de cette expérience majestueuse et pénétrante de la métropole — qui soit un véritable ouvrage d’art digne de mention, à la hauteur du titre de Ville de design que l’UNESCO a reconnu à Montréal et des engagements collectifs envers le développement durable. Bref, il faut entrer dans le XXIe siècle!», signent-ils.

Selon Dinu Bumbaru, il faut s’assurer qu’un tel concours soit lancé en amont de tout le processus, avant même que les plans techniques ne viennent figer la forme du futur ouvrage. À défaut de quoi, on risque de rater une occasion de donner au fleuve Saint-Laurent et à Montréal une entrée à leur mesure.

«Tout le monde parle de design à Montréal et organise des concours pour les abribus et les bancs de parc. Peut-on avoir un symbole plus important pour la métropole que le pont Champlain?», plaide-t-il.

Les signataires estiment que le principe du moindre coût ne doit pas être le seul guide du gouvernement fédéral, la faible durée de vie du pont Champlain faisant aujourd’hui la preuve des limites de cette mentalité.

D’avis que la qualité architecturale ne doit pas être considérée comme une contrainte additionnelle, les différents ordres professionnels citent en exemple la réalisation du viaduc de Millau, en France, un chef-d’œuvre architectural reconnu mondialement, devenu le moteur économique de toute une région.

Achevé en 2004, le fameux Viaduc de Millau, dessiné par l’ingénieur Michel Virlogeux et l’architecte Norman Foster, est le plus haut ouvrage routier au monde et celui ayant la plus longue portée, avec 171 mètres entre deux de ses sept piles. Construit en partenariat public-privé, le viaduc de près de 2,5 km lancé au-dessus du Tarn a coûté 400 millions d’euros et est financé grâce à un système de péage et de télépéage (vignette magnétisée payée à l’avance).

Depuis, un site d’interprétation a été créé pour mettre en valeur les procédés innovateurs de construction du viaduc, créant une nouvelle attraction touristique régionale.

Pour Dinu Bumbaru, il faut éviter de répéter l’erreur commise pour l’échangeur Turcot, dont toute la planification a été achevée avant de mettre à contribution architectes, designers et urbanistes. Un concours international a été lancé par Montréal pour le réaménagement des abords de la future autoroute 20 jusqu’au centre-ville de Montréal, mais à la toute fin de processus. «Il y a eu plus de 500 inscriptions reçues de plusieurs firmes internationales, c’est la preuve qu’il ne manque pas d’idées pour ce genre de projet», dit-il.

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