Le Grand Montréal est aussi une zone forestière

Valérie R. Carbonneau Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Grand Montréal

À la sortie du Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), Le Devoir a interpellé Conservation de la nature Canada (CNC) pour prendre le pouls sur l'avenir du couvert forestier.

Dans une région comme le Grand Montréal, les espaces boisés représentent une grande richesse. Parce qu'ils sont rares, mais aussi en vertu de leur potentiel écologique et récréatif, qui vient préserver cette qualité de vie que les citoyens chérissent tant. La protection des bois et corridors forestiers, qui permettent aux espèces qui y vivent d'échanger, fait partie des conditions essentielles au maintien de la biodiversité.

La CMM avait déjà instauré en 2005 le Programme d'acquisition et de conservation des espaces boisés (Fonds vert), dont l'objectif principal est d'appuyer les initiatives locales et régionales d'acquisition et de protection des espaces boisés. À la trentaine de bois d'intérêt métropolitain (29 392 ha) identifiés par la CMM, la commission de l'aménagement du territoire a recommandé, en 2008, d'ajouter 52 corridors forestiers (25 373 ha) à la liste des espaces admissibles au programme d'acquisition.

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«La région de Montréal est la plus clémente sur le plan climatique, et le fait d'être située au confluent du Saint-Laurent et de la rivière des Outaouais lui confère une grande richesse sur le plan floristique et faunique», d'où son importance sur le plan de la biodiversité, explique Nathalie Zinger, vice-présidente régionale de CNC pour la région du Québec. Et «ces milieux contribuent aussi à la santé humaine et économique de la région par les services écologiques rendus, continue Mme Zinger. Et comme ce sont tous des milieux interdépendants, chacun contribue à la bonne santé écologique des milieux naturels avoisinants.»

Protéger et mettre en valeur des milieux forestiers, humides, champêtres et agricoles est donc essentiel non seulement au bien-être des gens, mais aussi à la survie des espèces et à la résilience des écosystèmes.

Plusieurs études démontrent cependant que le couvert forestier montréalais a connu une décroissance depuis plusieurs années: «Outre la diminution en milieu urbain et périurbain, il y a aussi eu une perte en zones agricoles. Par exemple, dans une étude produite par Géomont, pour la Montérégie, on observe une perte de milieux forestiers de 2,31 % entre 2005 et 2009. Il est intéressant de noter que 71,3 % de ces pertes se situent en zone verte. C'est probablement aussi vrai pour la banlieue nord, en milieu rural. De plus, la protection des milieux forestiers existants, soit les bois, les milieux humides arborescents et les corridors forestiers, est souvent difficile à assurer sans une vision d'ensemble de leur existence dans le territoire, ainsi que de leur perte.»

Le PMAD atteindra-t-il ses objectifs en matière de couvert forestier sur 20 ans? Les gros morceaux sont là, assure Mme Zinger, qui compare le tout à une mosaïque, de laquelle on doit tirer une vision de trame. Or, bien qu'il soit impérieux de protéger les bois existants, les milieux humides et les corridors résiduels, peu de chantiers de conservation importants ont été faits depuis que les parcs du Mont-Saint-Bruno, des Îles-de-Boucherville et d'Oka ont vu le jour dans les années 1970 et que la CMM a identifié, au cours des années 1980, les derniers boisés urbains menant à la création des parcs-nature.

«Une des manières d'évaluer le succès d'un plan d'aménagement tel que le PMAD est la création d'un paysage multifonctionnel qui intègre dans sa trame de base un réseau vert (et bleu) comprenant des milieux naturels existants, mais aussi des portions renaturalisées, comme ce serait possible le long des rives.»

Des exemples venus d'ailleurs


Une vision métropolitaine de développement et de conservation semblable existe dans d'autres métropoles. Toronto, Vancouver, San Francisco et Stockholm, par exemple, ont recouru à leurs milieux naturels pour structurer leur développement urbain. «Le défi réside toujours dans les stratégies de mise en oeuvre et dans la mobilisation de la collectivités et des élus.»

Bien que CNC reconnaisse que les 31 bois identifiés dans le PMAD sont effectivement importants à protéger, tout comme les 52 corridors forestiers et les milieux humides cartographiés par Canards illimités Canada ces dernières années, les deux derniers éléments doivent eux aussi être intégrés au PMAD, pense-t-elle.

On rapporte également, dans le PMAD, que, selon le dernier inventaire métropolitain en 2009, le couvert forestier constitue seulement 19,2 % du territoire terrestre du Grand Montréal: «L'objectif de renverser la perte de couvert forestier et de l'augmenter à 30 %, soit le seuil minimum établi d'occupation du couvert forestier pour une région, nécessitera plusieurs interventions concertées, de la protection à la restauration et de la renaturalisation à la plantation. La protection à long terme et la mise en valeur de tous ces lieux forestiers et de la diversité des milieux qu'ils abritent, voire abriteront, contribueront au mieux-être de tous.»

Quant au projet de ceinture verte, il intègre non seulement le couvert forestier, mais aussi les milieux humides et champêtres d'importance. «Il man-que donc, dans le PMAD, des objectifs clairs en matière de protection des milieux humides. Même si les superficies en milieux humides sont importantes, il s'agit là surtout de milieux aquatiques...»

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Collaboratrice du Devoir

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