Montréal - L'annexion des petits arrondissements a été évoquée

L’administration Tremblay s’est engagée dans la réorganisation de ses services administratifs.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’administration Tremblay s’est engagée dans la réorganisation de ses services administratifs.

En quête de solutions pour réduire les dépenses à la Ville de Montréal et générer des économies, de hauts fonctionnaires ont jonglé avec plusieurs scénarios, dont celui d'annexer des arrondissements de petite taille tels qu'Outremont, Anjou et L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève à leurs voisins plus populeux, a appris Le Devoir.

La proposition aurait été évoquée dans le but de réaliser des économies d'échelle et d'atteindre une plus grande équité en matière de dotations versées aux arrondissements. Montréal compte 19 arrondissements depuis les défusions, mais on observe de grandes disparités en matière de population.

L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève compte 17 500 habitants, Outremont 23 239 et Anjou 40 891, alors que l'arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce en compte 164 000 et Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, 145 000.

Cette proposition n'aurait pas dépassé la réflexion théorique compte tenu de son caractère explosif et des problèmes d'ordre politique qu'elle aurait inévitablement suscités.

Rappelons que l'administration de Gérald Tremblay s'est engagée dans une vaste réorganisation de ses services administratifs afin d'assainir les finances publiques de la Ville. Appréhendant un déficit de 400 millions pour 2011, la Ville avait annoncé en octobre dernier qu'elle entendait effectuer des compressions de 125 millions par année. À la présentation du budget en décembre dernier, cet objectif avait toutefois fondu à 80 millions. Mais visiblement, l'imposition d'un régime minceur s'avère ardue.

Jusqu'à maintenant, l'administration aurait réussi à réduire ses dépenses de 30 millions et un plan serait en voie d'élaboration pour les 50 millions qui restent, a indiqué une porte-parole de la Ville à la suite de la réunion du comité exécutif hier matin. Sauf que certains moyens envisagés par l'administration pour arriver à ses fins seraient loin de plaire à l'ensemble des élus de l'équipe du maire Tremblay. La réunion du caucus d'Union Montréal tenue hier après-midi et au cours de laquelle ces questions ont été abordées aurait été passablement houleuse.

Une idée peu populaire

L'idée d'une annexion de son arrondissement avec celui, par exemple, de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, n'étonne qu'à moitié le maire de l'arrondissement d'Anjou et membre d'Union Montréal, Luis Miranda, qui ne prise guère les projets de centralisation de l'administration. «C'est presque vers ça qu'on s'en va. [...] On nous enlève toute responsabilité. On ne compte plus», fait-il remarquer en évoquant le regroupement des services d'embauche entériné par le conseil municipal en mai dernier. Cinq élus de l'équipe Tremblay, dont M. Miranda et la mairesse de l'arrondissement d'Outremont, Marie Cinq-Mars, avaient voté contre ce plan.

À la recherche d'économies à réaliser, l'administration a passé en revue tous les services. Elle aurait notamment l'intention d'abandonner les affaires criminelles pour les refiler à la Cour du Québec, une mesure qui lui permettrait d'économiser 8 millions par année, a appris Le Devoir. L'an dernier, le directeur général de la Ville, Louis Roquet, avait aussi évoqué l'abolition de postes lors de départs à la retraite d'employés pour réduire les dépenses.

Plusieurs regroupements de services sont également envisagés, dont ceux de l'approvisionnement, du matériel roulant et des cours de voirie.

«On sent qu'on cherche à minimiser l'importance des petits arrondissements comme chez nous. [...] Mais toutes ces discussions-là se font à huis clos entre le maire Tremblay, Michael Applebaum, Alan DeSousa et Richard Deschamps. Ce sont ces gens-là qui décident.» À force de centraliser les services, les arrondissements deviendront des «coquilles vides», croit M. Miranda qui est loin d'être convaincu que les économies d'échelle anticipées se réaliseront.

Si jamais elle devait être envisagée, la fusion d'Anjou avec un autre arrondissement ne passerait pas comme une lettre à la poste, prévient M. Miranda. «On n'accepterait pas ça. Je suis sûr que ça ouvrirait la porte à des campagnes de défusionnistes. Les gens ne se laisseront pas faire, dit-il. Je ne vois pas qu'est-ce qu'on ferait avec Mercier. Ce n'est pas le même monde. Avec Saint-Léonard? Peut-être, mais même encore là.» À l'époque où Anjou était une ville, il avait été question d'une annexion avec Saint-Léonard, mais les gens s'y étaient opposés farouchement, a-t-il rappelé.

Interrogée sur la question, la mairesse de l'arrondissement d'Outremont, Marie Cinq-Mars, a été sans équivoque: «Je serais la première à me battre contre ça», a-t-elle dit au Devoir. Paris compte plusieurs arrondissements moins populeux, mais malgré leur petite taille, leur existence n'est pas remise en question, fait-elle valoir.

Pour sa part, le maire Gérald Tremblay affirme que de telles annexions d'arrondissements ne figurent pas dans les plans de son administration. «On ne pourrait jamais faire ça sans le consentement des arrondissements et même si les arrondissements étaient d'accord avec ça, il faudrait avoir le consentement du conseil de ville et, par la suite, une modification à l'Assemblée nationale. Donc, ce n'est pas dans les discussions, a-t-il indiqué hier au Devoir. Ç'a été discuté il y a très longtemps, mais ce n'est pas une option qui a été retenue. Ce qui a été retenu, c'est de voir, même si les arrondissements sont petits, si on peut mettre des services en commun pour générer des économies.»

En 2009, l'ex-maire de l'arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles, Cosmo Maciocia, avait proposé de réduire de moitié le nombre d'arrondissements et d'élus municipaux par souci d'économie et d'efficacité. Cette idée, qui avait divisé les élus, n'avait pas eu de suite.
6 commentaires
  • Henry Fleury - Inscrit 7 juillet 2011 05 h 15

    Case départ ?

    Montréal est dans un nid de poule justement depuis ce projet d'une île une ville qui a fait se multiplier les maires d'arrondissements, le personnel politique, leurs chauffeurs, les dépenses, le personnel tout court, etc... en faisant porter tout le poids financier aux citoyens qui en définitive, dans ce beau portrait rempli de cônes orange, se trouvent à jouer le rôle du dindon de la farce. Maintenant revenons à la case départ ? Mais à quels coûts ?

  • Roger Sylvain - Inscrit 7 juillet 2011 08 h 50

    Les milliards volatilisés

    Ce fiasco de fusions forcées a coûté des milliards en taxes à tous les résidents de l'Île et qu'avons-nous eu de plus et de mieux avec cette expérience bâclée? RIEN.
    J'en veux au manque de vision de nos élus mais surtout à l'aveuglement volontaire de tous ces journalistes qui nous vantaient le côté des fusions,sans égard aux conséquences, et méprisaient systématiquement les opposants qui en quelque sorte avaient prédit cette débandade.
    Ces journalistes en ont fait une guerre français /anglais, riches/ pauvres au lieu d'un débat sur des villes bien administrées versus Montréal ville suradministrée et mal administrée. Et puis-je vous rappeler que c'était ça LE problème du départ.
    À quand votre méa culpa?
    Roger Sylvain

  • Roger Sylvain - Inscrit 7 juillet 2011 13 h 12

    Reconsidération de l'adhésion

    Si le maire Tremlay change les conditions de l'adhésion à la grande ville de Montréal,j'espère que les arrondissements pourront reconsidérer,eux aussi, si ils veulent encore faire partie de cette Ville?
    On entre dans une entente à partir de conditions claires.Si ces conditions changent en cours de route alors l'entente ne tient plus.

  • Jeannot Duchesne - Inscrit 7 juillet 2011 14 h 11

    Montréal panier sans fond

    Totalement d'accord avec Messieurs Fleury et Sylvain. Ce qui n'a pas été fait, l'est maintenant après des années, des dépenses inutiles et taxes injustifiées.

    CE FIASCO de fusion que le P.Q. et plus particulièrement Louise Harel nous ont laissé en cadeau et que la parti Libéral a entériné en complétant la salle besogne. Ce libéraux qui dès 2003 avait pourtant promis les défusions, tout comme Gérald Tremblay.

    Dans cette ville il n'y a pas d'union, on est sans vision et sans projet.

  • Gilles Teasdale - Abonné 7 juillet 2011 17 h 17

    ingérable

    On peut dire merci a Charest et a Fournier le deux de pique favoris de ce même Charest. Comment faire fonctionné ce monstre quand il y a plus de chef et leur suite royale que de personnes responsable .Une ville comme New-York à environs le 10e de ces roitelets.

    Gilles Teasdale