Pédaler en «zone de guerre»

C’est le segment de la piste cyclable qui longe la Place des Arts, au centre-ville de Montréal, qui pose problème aux yeux de Vélo-Québec.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir C’est le segment de la piste cyclable qui longe la Place des Arts, au centre-ville de Montréal, qui pose problème aux yeux de Vélo-Québec.

Vélo-Québec qualifie de «zone de guerre» le segment de la piste cyclable du boulevard De Maisonneuve qui longe la Place des Arts, au centre-ville de Montréal. Outre les problèmes causés par le chantier de l'Adresse symphonique et la tenue de festivals, Vélo-Québec critique la conception de la piste qui fait en sorte que cyclistes et piétons doivent se partager le trottoir.

Entre les rues Clark et Balmoral, la piste cyclable a été aménagée au centre du trottoir sur du pavé uni. Faute d'indications claires, les piétons y circulent sans nécessairement se rendre compte qu'il s'agit de voies pour cyclistes, explique Suzanne Lareau, présidente-directrice générale de Vélo-Québec. «Les gens du Quartier des spectacles qui ont refait la piste cyclable à cet endroit voulaient faire quelque chose de très design, mais le très design, des fois, ça peut créer des conflits d'usage. Et c'est le cas: il y a un conflit d'usage et, pour régler ce problème, il faudrait qu'il y ait une démarcation physique très claire, et ce n'est toujours pas fait.»

Mme Lareau indique qu'il y a un an et demi, Vélo-Québec a alerté la Ville au sujet de problèmes que cette cohabitation causerait, mais sans résultats. «Le problème, c'est que ça ne sert personne en ce moment, ni les cyclistes ni les piétons, dit-elle. Ça me met vraiment en colère parce que c'est une piste qui est hyper importante pour le réseau cyclable de Montréal.»

Selon elle, il faudrait marquer la piste avec des pictogrammes au sol ou appliquer un léger relief au trottoir pour accentuer la démarcation. À la limite, les concepteurs auraient pu aménager la piste sur la chaussée, avance-t-elle.

Les critiques de Vélo-Québec ne s'arrêtent pas là, car Suzanne Lareau s'en prend également aux voies de déviation aménagées pour contourner des travaux de la place des Festivals et le chantier de l'Adresse symphonique, à l'empiétement des scènes de spectacle pendant la tenue des festivals et aux camions stationnés qui bloquent parfois les voies. «On a mal géré les flots de circulation des piétons et des cyclistes, dit-elle. Ça fait deux ans que ce coin-là est bordélique à cause des travaux. C'est rendu une zone de guerre pour les cyclistes et les piétons.»

Question de sécurité

La piste cyclable n'a pas été aménagée sur le trottoir pour des raisons esthétiques, réplique la Ville. «Si on l'avait fait avec un terre-plein en béton, comme on l'a fait ailleurs sur le boulevard De Maisonneuve, ça n'aurait pas été approprié pour les mouvements de foule», explique Ève Carle, relationniste à la Ville de Montréal.

«S'il y avait une dépression avec le terre-plein, les gens auraient pu se blesser. On ne l'a pas fait pour que ça soit cute ou design, mais parce qu'il y a beaucoup de gens qui circulent.»

«On est conscients des problèmes et préoccupés par ça, ajoute Mme Carle. C'est pourquoi, à la fin de l'été, lorsque la période des festivals sera terminée, on va procéder au marquage de la voie cyclable, entre les rues Clark et De Bleury. On va aussi installer des lampadaires et des panneaux de signalisation. Tout ça pour sécuriser la voie cyclable.»

Inaugurée en 2008, la piste cyclable Claire-Morissette relie les rues Berri et Greene, dans Westmount, et est ouverte 12 mois par année.
5 commentaires
  • M. Julien - Abonné 6 juillet 2011 07 h 42

    Des ingénieurs qui agissent comme des poules sans tête


    À l’évidence, il n’y a qu’un ingénieur pour avoir pensé à cela.

    Ça ne prenait pas la tête à Papineau pour savoir que cyclistes et piétons ne peuvent pas partager ainsi le même espace en même temps.

    Un autre ouvrage bâclé et fait à la va-vite, à l’image de l’administration en place.

    Pendant ce temps-là, on paie, on paie, et on n’a pas fini de payer, comme on le fait pour la rue Ste-Catherine dans le même secteur qu’on a faite et refaite à au moins trois reprises depuis deux ans. Et ça continue…

    On a la preuve une fois de plus que ce n’est pas le titre qui importe, mais bien la personne derrière le titre.

  • Montrealistement - Abonné 6 juillet 2011 08 h 18

    ce sera bien la première fois!

    que nos valeureux cyclistes s'inquiètent de circuler sur un trottoir!

    no.

  • mabelge - Abonnée 6 juillet 2011 08 h 50

    Cohabitation

    @Montrealistement: J'admets bien volontiers que certains cyclistes empruntent le trottoir alors qu'il leur est interdit, mais en l'occurrence il s'agit bel et bien des piétons qui empiètent sur l'espace cycliste. A leur décharge, c'est effectivement parce que la signalisation n'est pas assez claire, et en général dès qu'ils s'en rendent compte, ils s'en excusent

  • northernbud - Inscrit 6 juillet 2011 11 h 52

    Quand un ingénieur signe un devis...

    ... Il inscrit ING après son nom.
    Ça signifie-tu Intelligence Non Garantie ?

  • Richard Larouche - Inscrit 6 juillet 2011 11 h 58

    Rien de compliqué

    Ce serait pourtant très simple de délimiter une partie du trottoir pour les piétons et l'autre partie pour les cyclistes sur le tronçon en question. Voici quelques exemples que j'ai photographié à Helsinki en avril dernier : http://cyclorevolution.blogspot.com/2011/04/lexemp Je n'ai pas eu à chercher longtemps pour en trouver car il y en a un peu partout. Ce genre de voie cyclable n'entraînerait aucune des problématiques évoquées par la représentante de la ville. En espérant qu'un aménagement adéquat soit mis en place le plus tôt possible...