La mésaventure Bixi

Le projet Bixi récolte son lot de critiques malgré son succès auprès des Montréalais.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le projet Bixi récolte son lot de critiques malgré son succès auprès des Montréalais.

Le système de vélos en libre-service Bixi a été implanté sans qu'un plan d'affaires ait été élaboré au préalable. À plusieurs étapes du projet, les règles de gestion élémentaires ont été bafouées. De plus, les mesures de contrôle et les principes de transparence ont fait défaut. Ces critiques lapidaires sont celles du vérificateur général de la Ville de Montréal, Jacques Bergeron, qui a déposé, hier au conseil municipal, un rapport dévastateur sur Bixi.

Comme si ce n'était pas suffisant, Québec exige maintenant que la Ville et la Société de vélos en libre-service (SVLS) délaissent les activités de Bixi à l'étranger alors que ce volet devait permettre de rentabiliser le réseau et compenser les activités déficitaires du service à Montréal.

D'entrée de jeu, Jacques Bergeron signale que la Loi sur les cités et villes ne permet pas à une municipalité de se livrer à des activités commerciales. Or, c'est exactement ce que la Ville a fait en se lançant dans l'aventure Bixi et en confiant le dossier à la société en commandite Stationnement de Montréal en 2007.

Plusieurs aspects du projet sont entachés d'irrégularités ou soulèvent des questions sur les risques financiers auxquels s'expose la Ville de Montréal. Le vérificateur a cherché en vain la trace d'un quelconque plan d'affaires qui aurait dû précéder la réalisation d'un projet de l'envergure de Bixi, mais un tel document n'a jamais existé.

Il note aussi que les conseils d'administration de la SVLS et de Stationnement de Montréal ont approuvé un montant de 10,9 millions pour l'acquisition d'actifs alors que, dans les faits, ceux-ci ont totalisé 27,5 millions. Jacques Bergeron s'interroge aussi sur la création d'une filiale de Bixi à Toronto qui pourrait occasionner des pertes financières pour la Ville de Montréal.

Même en matière d'octroi de contrats, le vérificateur a relevé des failles. Il indique par exemple qu'un contrat de 9,5 millions pour la fabrication de vélos a été octroyé à un fournisseur qui avait participé à la conception du prototype et se retrouvait avantagé par rapport à ses concurrents. «Plusieurs règles élémentaires du domaine de la gestion ont été négligées ou escamotées», et la Ville a fait preuve d'«inertie», écrit le vérificateur.

Finalement, Jacques Bergeron révèle que, dans la foulée du plan de sauvetage de Bixi approuvé le mois dernier par le conseil municipal, le ministère des Affaires municipales a exigé que la SVLS se débarrasse de ses activités d'exportation. «Paradoxalement, la SVLS a impérativement besoin de l'exportation pour assurer sa rentabilité», fait-il remarquer.

Improvisation


La chef de l'opposition, Louise Harel, s'est dite choquée de constater que les élus ne disposaient pas de toutes les informations requises lorsqu'ils ont dû se prononcer sur le plan de sauvetage du Bixi le 17 mai dernier. Rappelons que ce plan prévoyait le financement d'un prêt de 37 millions et la garantie d'une marge de crédit de 71 millions.

Ils ignoraient par exemple que la SVLS devrait abandonner ses activités d'exportation pourtant présentées par l'administration Tremblay comme une bouée de sauvetage pour compenser les déficits des opérations locales. «La première des questions, c'est: "On perd combien d'argent?". De plus, il n'y a pas de plan d'affaires. Est-ce que ce serait moins coûteux d'acheter un vélo à tous ceux qui en veulent un à Montréal que de maintenir Bixi?», s'est-elle demandé.

Pour elle, il ne fait pas de doute que l'improvisation entourant l'implantation de Bixi va de pair avec l'empressement de Gérald Tremblay de mettre le Bixi en service à temps pour la campagne électorale de l'automne 2009.

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, abondait dans le même sens: «On se fout de la gouvernance, du prix que ça va coûter, on se prive du respect des règles les plus élémentaires et il n'y a pas de plan d'affaires. Ce qu'il faut, c'est que les vélos roulent avant l'élection de 2009», a-t-il commenté.

L'administration Tremblay et le président de la SVLS, Roger Plamondon, ont tenté de minimiser les critiques du vérificateur. M. Plamondon a soutenu que des mesures avaient déjà été mises en place pour se conformer à la loi en matière d'approvisionnement et pour revoir les mécanismes de contrôle et de reddition de comptes. «Le vérificateur n'a pas aimé la forme des prévisions financières que nous avons présentées. Il aurait probablement aimé mieux des études beaucoup plus approfondies, mais nous avions des contraintes de temps et on développait quelque chose de nouveau», a fait valoir M. Plamondon.

Au sujet de l'exigence de Québec de renoncer aux activités de Bixi à l'étranger d'ici la fin de l'année, M. Plamondon a indiqué que plusieurs scénarios étaient à l'étude. Le capital apporté par un investisseur ou le fruit d'une vente permettrait de diminuer la dette de la SVLS, a-t-il fait valoir. «Donc ce qu'on prévoyait faire échelonner dans le temps, on va l'accélérer et l'escompter», a-t-il dit.

Le responsable des transports au comité exécutif de la Ville ne semblait pas inquiet outre mesure des déboires de Bixi: «Je suis bien confiant, je suis positif. C'est un beau projet à Montréal, a indiqué Michel Bissonnet. Bixi, pour Montréal, c'est un plus, plus, plus.»

Le métro

Le rapport dévoilé hier par le vérificateur comportait également un chapitre sur la commande centralisée du métro, soit le système de contrôle du réseau souterrain dont les coûts ont explosé, passant de 50 millions de dollars à 197 millions, et dont la mise en place a été retardée de six ans. Il a qualifié d'«inadéquats» les mécanismes de bonne gouvernance et de saine gestion mis en place tant par la Société de transport de Montréal que par le fournisseur, Alstom.
15 commentaires
  • Pierre Blain - Abonné 21 juin 2011 05 h 03

    Et cela en plus!

    Quel désastre! En plus d'être enquiquiné par les BIXI dans des rues qui ne sont pas adaptées pour cela car la planification est mal faite, en plus d'être enquiquiné par le maire du Plateau et son idéologie de la circulation, je dois en tant que contribuable payé pour le désastre financier du BIXI et pour me faire enquiquiner.

    Pas drôle.

  • Claude L - Inscrit 21 juin 2011 07 h 18

    Ça roule ma poule en Bixi!

    Méchant gros cul de poule financier ça.
    Dis moi pas que c'est un pool ripoux, qui commence à sentir de plus en plus le ciboule.
    Les instigateur maboule, vont sortir leur cagoule devant la commission tourneboule, pour essayer de passer innaperçu.
    Pourtant avec un projet comme ça, il y a foule ma poule.


    Danse danse le pied de poule, comme d'habitude on oubliera en allant danser avec un autre scandale.


    Cot cot cot...

  • Jacques Morissette - Inscrit 21 juin 2011 07 h 29

    On allume des petits feux concernant la gestion du concept des bixi. Est-ce parce que privé veut s'offrir comme pompier?

    J'ai l'impression que le privé veut mettre la main sur le concept Bixi. Pour ce faire, il s'arrange pour allumer des petits feux et s'offrir ensuite comme pompier de service.

  • Mariette Payeur - Inscrite 21 juin 2011 08 h 08

    Tout est OK

    Parfaitement normal, quoi; puisque tout a été "géré" à la Tremblay...

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 21 juin 2011 08 h 33

    Des épais des gros chars

    @Pierre Blain

    Enquiquineurs pour enquiquineurs, moi, je me fais enquiquiner par des épais dans leurs gros chars qui pour satisfaire leur mode de vie détruisent ma qualité de vie en passant tous les jours à travers mon quartier afin d'aller trouver de quoi payer leurs chars tout en détruisant la planète un peu plus à chaque fois... Et je devrais comme contribuable contribuer à ce désastre!