Bixi: un sauvetage dans le brouillard

Selon Michael Applebaum, Bixi risque la faillite si aucune intervention majeure et immédiate n’est faite. <br />
Photo: Agence Reuters Christinne Muschi Selon Michael Applebaum, Bixi risque la faillite si aucune intervention majeure et immédiate n’est faite.

L'opération de sauvetage de l'organisme qui exploite les vélos Bixi se fera sans que les élus montréalais aient le portrait complet de l'ampleur du problème, y compris l'analyse qu'a réalisée le vérificateur général de la Ville.

Selon le président du comité exécutif de Montréal, Michael Applebaum, la Société de vélo en libre-service (Bixi) risque la faillite si aucune intervention majeure et immédiate n'est faite. «Le vérificateur général n'est pas prêt à déposer le chapitre de son rapport concernant Bixi avant le mois prochain. On ne peut plus attendre, sinon c'est la clé dans la porte», a plaidé M. Applebaum.

Au bureau du vérificateur général, on explique le retard par l'espionnage de courriels dont a été l'objet Jacques Bergeron. «Il nous a fallu consacrer beaucoup d'énergie aux intrusions de l'administration depuis janvier. Cela a limité la capacité du bureau à livrer le rapport à temps», a indiqué Gilles Corriveau, porte-parole de M. Bergeron.

Michael Applebaum estime suffisant le regard porté par le ministère des Affaires municipales pour approuver l'aide financière que la Ville de Montréal souhaite apporter à Bixi. «Le service de vélo Bixi, c'est notre fierté. On ne le laissera pas tomber», a-t-il assuré.

«Gâchis!»

Mais à quel prix? ont vertement critiqué les chefs des deux partis d'opposition, Louise Harel et Richard Bergeron. «Quel gâchis! C'est un beau projet qui s'est transformé en symbole de la mauvaise administration de l'équipe Tremblay», a souligné Mme Harel, de Vision Montréal. Son collègue de Projet Montréal abonde dans ce sens. «C'est un grand succès populaire, mais un échec financier», a lancé M. Bergeron.

Lors de l'assemblée du conseil municipal de lundi, le maire Tremblay présentera une proposition de restructuration de Bixi. Sur le plan financier, il s'agira de verser un prêt de 37 millions (à 2 % d'intérêt) à la Société de vélo en libre-service pour éponger ses dettes (12 millions dont le déficit de 9 millions pour 2010) et payer les équipements (vélos et bornes, par exemple). S'ajouteront une garantie de prêt de 60 millions pour permettre à l'organisme de développer son service outre frontières, une somme de 6 millions sous forme de crédit rotatif (financement lié aux actifs) et une marge de crédit de 5 millions.

La proposition totalise 108 millions. Il s'agit d'un deuxième montage financier, la première version ayant été refusée par Québec. Pour ce nouveau plan de sauvetage, les Affaires municipales ont posé certaines conditions qui seront révélées seulement lundi. «Bixi est en voie de devenir l'organisme le plus riche en ville. Le mirage des profits doit cesser. Il faut mettre de l'ordre là-dedans», a affirmé Richard Bergeron.

Pour ce qui est de la question de la gouvernance, la Ville de Montréal reprend les rênes de Bixi, qui demeure toutefois un organisme à but non lucratif (OBNL). Jusqu'à maintenant, Bixi est lié à Stationnement de Montréal (SDM), qui appartient à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Devant les difficultés financières qui s'accentuaient chez Bixi, SDM a retenu 31 millions de redevances qu'elle devait payer à Montréal pour l'exploitation des stationnements. C'est ainsi que l'administration Tremblay a décidé, en décembre dernier, de ramener Bixi dans le giron municipal tout en lui conservant son statut autonome. Ainsi, l'organisme ne devra rendre des comptes qu'au comité exécutif.

La situation a fait dire à Louise Harel que «Stationnement de Montréal s'en tire à bon compte puisque les Montréalais paient tout sans bénéficier d'un droit de regard». «Si c'est un véritable service public, cela doit être transparent», a ajouté M. Bergeron.