Allégations d’espionnage: Québec fera enquête sur la gestion de Montréal

Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil (photo d'archives).
Photo: - Le Devoir Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil (photo d'archives).
M. Dutil a affirmé que cette décision traduit l’inquiétude du gouvernement à propos d’une situation qui a ébranlé le milieu municipal montréalais.

L’UPAC, une instance créée il y a deux mois par le gouvernement en réponse aux demandes d’enquête publique sur la construction et le financement politique, était toute désignée pour ce mandat, a indiqué M. Dutil lors d’un point de presse. «Ce n’est pas une cachette, les allégations sont à l’effet qu’il y aurait de la corruption, a-t-il dit. Je ne dis pas que c’est fondé ou non, je dis que les allégations sont à cet effet-là, et que nous estimons que c’est le meilleur véhicule pour faire la lumière là-dessus.»

Le nouveau commissaire à la lutte à la corruption, Robert Lafrenière, nommé il y a un mois, aura «carte blanche» pour faire son enquête, a affirmé M. Dutil. «Ce sera au commissaire à voir, en fonction de ce qu’il va découvrir dans quel ordre il donne des priorités, quelles ressources il met à telle ou telle fonction», a-t-il dit.

L’hôtel de ville de Montréal a été plongé dans une crise, cette semaine, à la suite de révélations démontrant que le président du conseil municipal, Claude Dauphin, a fait l’objet de surveillance de la part du contrôleur général de la Ville, Pierre Reid, relativement à l’octroi d’une subvention à une entreprise de démolition à Lachine.

M. Dauphin, qui est aussi maire d’arrondissement à Lachine, a temporairement quitté ses fonctions de président, mardi, et les élus municipaux ont demandé à la Sûreté du Québec d’accélérer son enquête sur ce dossier.

Mardi, le maire de Montréal Gérald Tremblay a nié que l’ancien chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Yvan Delorme, a lui aussi fait l’objet d’une surveillance de la part de M. Reid, démis de ses fonctions lundi.

La Presse avait rapporté plus tôt que la Ville avait mandaté des enquêteurs privés qui ont examiné les liens entre M. Delorme et Luigi Coretti, un homme d’affaires propriétaire de l’agence de sécurité BCIA.

Les services de cette entreprise ont été retenus pendant quatre ans pour la surveillance du quartier général du SPVM, sans qu’aucun contrat écrit ne scelle pourtant l’entente.

M. Delorme avait causé une surprise en démissionnant pour des raisons personnelles, en mai dernier, quelques jours seulement avant que le premier ministre Jean Charest démette le ministre Tony Tomassi de ses fonctions en plus de l’expulser du caucus libéral, en raison de ses liens avec M. Coretti.

Le mandat donné aujourd'hui à M. Lafrenière précise qu’il coordonnera les enquêtes relatives aux allégations d’irrégularités dans l’octroi de contrats à Montréal, «notamment en matière de sécurité». Il sera aussi responsable de faire la lumière sur les enquêtes administratives effectuées par M. Reid et sur les moyens utilisés, «notamment l’interception de communications», dont des courriels.

En annonçant l’entrée en scène de l’UPAC à Montréal, ce matin avant la période des questions, M. Dutil s’est bien gardé de dire que cette décision constituait un désaveu de l’administration Tremblay. «Il y a des allégations, des fortes allégations, on va aller voir ce qu’il se passe, et le commissaire nous dira, s’il y a lieu, d’avoir ou non des poursuites et qu’est-ce qu’il s’y est passé, a-t-il dit. Donc, on verra.»

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