Montréal - La SQ nie avoir suggéré d'espionner Dauphin

Claude Dauphin a refusé de quitter son poste de président du conseil municipal de Montréal ainsi que le lui a demandé le maire, Gérald Tremblay.
Photo: - Le Devoir Claude Dauphin a refusé de quitter son poste de président du conseil municipal de Montréal ainsi que le lui a demandé le maire, Gérald Tremblay.

La Sûreté du Québec (SQ) a nié hier avoir autorisé la Ville de Montréal à consulter les courriels du président du conseil municipal, Claude Dauphin. Elle a ainsi battu en brèche le principal argument invoqué par le maire Gérald Tremblay pour justifier l'espionnage auquel s'est livré le contrôleur général, Pierre Reid à l'endroit de Claude Dauphin.

L'hôtel de ville était en ébullition hier à la suite des révélations selon lesquelles le maire de l'arrondissement de Lachine et président du conseil municipal, Claude Dauphin, a fait l'objet d'une enquête de la part de Pierre Reid.

Membre d'Union Montréal, Claude Dauphin a rencontré le maire Tremblay hier midi, et celui-ci lui a confirmé qu'une enquête avait été menée sur lui et que ses courriels avaient été épiés par Pierre Reid. Le maire lui a également demandé de quitter la présidence du conseil municipal compte tenu des «faits troublants» découverts au cours de l'enquête.

Claude Dauphin n'entend pas démissionner de son poste. «Je n'ai rien à me reprocher, a-t-il déclaré. Je refuse de démissionner. Ma réputation est en jeu.» Il a indiqué que l'enquête dont il a fait l'objet portait sur le dossier de la teinturerie Global et sur la subvention accordée à l'entreprise Mindev, détenue par Frank Minicucci, pour couvrir certains frais de démolition et de décontamination de terrains.

Claude Dauphin estime que l'administration Tremblay fait de la diversion: «Le vrai dossier qui nous concerne aujourd'hui, c'est: est-ce que, oui ou non, un élu a fait l'objet d'une enquête à son insu? [...] La réponse est oui. C'est tout à fait inacceptable et même illégal et ça va à l'encontre de nos principes démocratiques les plus élémentaires.»

Depuis des semaines pourtant, Gérald Tremblay répétait qu'aucun élu n'avait fait l'objet d'enquête de la part de Pierre Reid et que ni leurs courriels ni ceux de leur personnel politique n'avaient été consultés. Un avis du contentieux précisait d'ailleurs que l'espionnage des élus était illégal.

Les aveux du maire

En point de presse, le maire a affirmé n'avoir appris qu'hier matin que les courriels de Claude Dauphin avaient été épiés. Il a fait valoir que le cas de Claude Dauphin était particulier parce que l'enquête administrative avait révélé des «faits troublants». Avec l'accord de la police, Pierre Reid aurait alors entrepris de consulter les courriels de Claude Dauphin, a-t-il expliqué sans vouloir dévoiler les faits reprochés à Claude Dauphin. Le dossier aurait été transmis à la SQ en mars 2010.

Or, la SQ a tenu à apporter des précisions hier. «On ne confirme ou n'infirme jamais la tenue d'une enquête. Cependant, nous tenons à préciser qu'en aucun temps, la Sûreté du Québec n'a suggéré ou demandé aux représentants de la Ville de Montréal de procéder à l'interception ou à la récupération des courriels», a indiqué au Devoir le porte-parole de la SQ, Daniel Thibodeau.

Tout en soutenant que Pierre Reid avait agi «de bonne foi» et «au meilleur de sa connaissance», le maire a décidé de le démettre de ses fonctions de contrôleur général. Il a également demandé au directeur général, Louis Roquet, de mettre en place des règles afin de mieux encadrer les vérifications visant les élus pour faire en sorte que toute intrusion des courriels soit précédée d'une autorisation écrite des autorités policières ou gouvernementales.

L'équipe du maire aurait voulu faire adopter une motion par le conseil municipal afin de suspendre temporairement Claude Dauphin de ses fonctions, mais, le consentement des partis d'opposition n'ayant pu être obtenu, l'assemblée d'hier a été ajournée. Le conseil se prononcera sur le sort de Claude Dauphin lors d'une assemblée extraordinaire cet après-midi. L'assemblée ordinaire débutera ce soir à 19h.

Pour leur part, les partis d'opposition se sont dits outrés par la tournure des événements, accusant le maire Tremblay de «démolir» l'institution du Conseil après s'être attaqué à celle du Vérificateur général. «De deux choses l'une. Ou le maire savait et il nous a menti publiquement. Ou il ne savait pas et il s'est fié à Louis Roquet. Dans un sens comme dans l'autre, ce n'est pas mieux», a expliqué la chef de l'opposition, Louise Harel.

«À mon sens à moi, Gérald Tremblay ne mérite carrément plus d'être maire de Montréal, a dit le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron. Puisque M. Tremblay ne sait jamais rien et que ses hommes de main font tout ce qu'ils veulent, aussi bien dire qu'il n'est pas maire de Montréal.»

Les partis d'opposition refusent de juger Claude Dauphin sans preuves. Louise Harel a d'ailleurs lancé un appel aux membres d'Union Montréal afin qu'ils ne laissent pas tomber leur collègue. «Ils savent bien que ça pourrait leur arriver aussi», a-t-elle dit.

Brèche informatique?

Le parti de Louise Harel a dit avoir découvert une faille dans la sécurité du système informatique de la Ville de Montréal. Selon le maire de l'arrondissement du Sud-Ouest, Benoît Dorais, quiconque a accès au système Intranet de la ViIle peut aisément consulter les boîtes de courriels des élus à l'aide d'un mot de passe et en utilisant une procédure précise. Vision Montréal a alerté les autorités policières à ce sujet.

À voir en vidéo