Enquête controversée sur le vérificateur général - Montréal remet le dossier au ministre Lessard

Le maire Gérald Tremblay a perdu patience à quelques reprises hier.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le maire Gérald Tremblay a perdu patience à quelques reprises hier.

Les partis d'opposition ont eu beau protester, l'administration du maire Gérald Tremblay a fini par remettre le litigieux dossier du vérificateur général de Montréal entre les mains du ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard.

Après de longs débats acrimonieux à l'hôtel de ville hier, le maire Tremblay a fait adopter une motion confiant au ministre Lessard le soin de «décider des suites à donner dans le cas du vérificateur général» et de faire ses recommandations au conseil municipal. Compte tenu de l'intensité des débats, le maire jugeait préférable de confier le dossier à une «tierce personne».

«On se défile de nos responsabilités et on demande à Québec de nous mettre en tutelle comme si nous étions incapables de faire notre travail», s'est indigné le conseiller de Vision Montréal, Étienne Brunet. «Je compte sur la bonne foi du ministre pour ne pas se saisir d'une telle affaire puisqu'il s'agirait d'une ingérence dans ce qui est du ressort du conseil municipal», a ajouté la chef de l'opposition, Louise Harel.

La motion a finalement été adoptée à 35 voix contre 23.

À Québec, le ministre Lessard ne semblait pas y voir une forme de tutelle. «Ils prennent des décisions tous les jours. En général, les affaires roulent à Montréal. Ce dossier-là, qui de toute évidence a pris l'autoroute 20 pour se rendre à Québec, je vais m'en occuper», a-t-il dit à l'entrée du caucus.

Vérificateur absent

En matinée, les membres du conseil municipal s'attendaient à entendre les explications de Jacques Bergeron concernant les allégations qui pèsent sur lui à la suite de l'enquête menée par le contrôleur général, Pierre Reid, et aux intrusions dans sa boîte de courriels. Mais le vérificateur a décidé de ne pas se présenter devant les élus.

Dans deux lettres qu'il a fait parvenir aux élus, Jacques Bergeron a expliqué avoir décliné l'invitation parce qu'il jugeait illégales les méthodes d'enquête employées par Pierre Reid. De plus, a-t-il dit, les «allégations vagues et non supportées» qui pèsent sur lui sont non fondées.

«Me présenter devant le conseil pour "m'expliquer" sur ce "rapport" annihilerait l'importance des principes qui ont été bafoués et donnerait, à tort et au péril de la fonction que j'occupe, une indication que les auteurs de cette illégalité peuvent recommencer», écrit M. Bergeron.

Il s'est dit disposé à se présenter devant le conseil si les élus désirent l'interroger sur son propre rapport de 51 pages détaillant les intrusions dans son système informatique.

«C'est très grave et presque sans précédent qu'un fonctionnaire ou un vérificateur de la Ville refuse une invitation du conseil municipal pour éclaircir la situation», a commenté le conseiller Marvin Rotrand.

Cette affaire a monopolisé les débats. Gérald Tremblay est même allé jusqu'à dire que les lettres de Jacques Bergeron étaient «dictées» par le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron. «Et si jamais il y avait un doute sur l'affirmation que je viens de faire, prenez connaissance des verbatim du conseil municipal: ce que le chef de Projet Montréal dit, c'est écrit mot à mot dans la lettre de Jacques Bergeron», a-t-il lancé, provoquant des rires incrédules dans les rangs de l'opposition.

Le vérificateur a par ailleurs fait savoir qu'il avait donné instruction à ses avocats de «prendre les procédures appropriées» pour récupérer les documents espionnés, affirmant que le contrôleur général, Pierre Reid, n'avait pas donné suite à la mise en demeure expédiée vendredi.

***

Avec la collaboration d'Antoine Robitaille
2 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 23 février 2011 01 h 39

    SAUTADIT QUE LE MAIRE TREMBLAY A L'AIR HYPOCRITE

    Obtenir des informations presque dans l'illégalité ne vaut rien en droit et cela, M Tremblay avocat doit le savoir. C'est comme si on aurait obtenu des informations sous la torture. Elle ne serait pas admis en preuve. mais lui le maire de Montréal, avec son équipe, a tous les droits.

    Et si le vérificateur disait qu'il a donné un contrat à sa belle de bonne foi, est-ce que le maire Tremblay l'accepterait? Si le vérificateur disait qu'il a fait scinder en deux un petit contrat pour la bonne marche mais qu'il l'aurait fait de bonne, serait-ce alors acceptable M Tremblay?

    Donnons aux autres le même bénéfice du doute que l'on s'octroie.

  • Richard Ferland - Inscrit 23 février 2011 09 h 18

    Montréal affaibli et son maire aussi!

    Monsieur Alain Dubuc dans sa chronique résume très bien la situation.