Celui qui ne savait pas

Aux yeux du maire Gérald Tremblay, le vérificateur aurait posé des gestes qui entachent sa fonction.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Aux yeux du maire Gérald Tremblay, le vérificateur aurait posé des gestes qui entachent sa fonction.

Une autre tempête s'est abattue sur l'Hôtel de Ville de Montréal cette semaine. Cette fois, une improbable histoire d'espionnage contre le vérificateur général Jacques Bergeron a servi de trame de fond. Pendant que les éditorialistes se déchaînaient et que les caricaturistes s'en donnaient à cœur joie, l'administration de Gérald Tremblay a passé la semaine en mode «gestion de crise».

Le maire Gérald Tremblay ne savait pas. Il ne savait pas que son contrôleur général, Pierre Reid, menait depuis dix mois une enquête sur le vérificateur général, qu'il fouillait sa boîte de courriels pour avoir confirmation des irrégularités qu'une source anonyme avait signalées. Ce scénario a des allures de déjà vu.

Quand, dans son rapport sur le contrat des compteurs d'eau, le vérificateur général avait révélé qu'à trois reprises des fonctionnaires avaient lancé des cris d'alarme concernant ce contrat, le maire Tremblay avait plaidé l'ignorance.

Idem dans l'embarrassant dossier de la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM). À cette époque, le maire avait dit tout ignorer des pratiques douteuses qui avaient cours à la SHDM lorsque son ancien collaborateur, Martial Fillion, la dirigeait.

Et jeudi, en conférence de presse, le maire a répété qu'il ne savait rien de l'enquête menée pendant dix mois par Pierre Reid.

«C'est une blague!, dit sans ambages Pierre P. Tremblay, professeur au département de sciences politiques de l'UQAM. À chaque fois, il n'est pas au courant. C'est impossible. L'hôtel de ville n'est pas si grand. C'est une piètre excuse.»

«Et si on dit que nul ne peut ignorer la loi, un maire ne peut pas invoquer l'ignorance de ce qui se passe dans sa propre administration, poursuit-il. Même, si effectivement, il ne le savait pas de manière très précise, il en est imputable. Mais bon, c'est devenu un réflexe chez lui.»

Pour lui, toute cette histoire n'est rien d'autre qu'une «bouffonnerie». «Je trouve aberrant que, de leur propre initiative, les membres de l'équipe du contrôleur général aient espionné sur le vérificateur général ou enquêté sur lui.»

Selon lui, il eut fallu, avant de nommer Jacques Bergeron à ce poste, faire les vérifications préalables. À cet égard, il faut signaler que parmi les sept membres du jury qui, en avril 2009, ont choisi Jacques Bergeron pour succéder à Michel Doyon au poste de vérificateur, figuraient Pierre Reid et André Harel, ceux-là mêmes qui, au cours de la dernière année, se sont lancés aux trousses du vérificateur!

Il est aussi difficile de ne pas voir dans ce nouvel épisode un règlement de comptes. Depuis son entrée en fonction, en 2009, Jacques Bergeron a eu plusieurs démêlés avec l'administration Tremblay. Mais jeudi, le maire a affirmé qu'il était «totalement faux» de prétendre que son administration était en guerre avec le vérificateur.

Quand la fin justifie les moyens

Beaucoup de voix se sont élevées, au cours des derniers jours, pour dénoncer les méthodes d'enquête de l'équipe de Pierre Reid. Même le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, a formulé des critiques à l'endroit de l'administration Tremblay. Il entend d'ailleurs modifier la loi pour que de telles situations ne se reproduisent plus. Le maire, lui, s'est contenté de qualifier de «questionnables» les intrusions dans la boîte de courriels de M. Bergeron.

Mais les résultats de l'enquête sont là, et aux yeux du maire Tremblay, c'est l'essentiel. Jacques Bergeron aurait fait des gestes qui «entachent» la fonction qu'il occupe. Il aurait notamment accordé deux contrats de traduction à sa belle-soeur, demandé à des fournisseurs de scinder des contrats, rémunéré un consultant externe avec les crédits de son service pour un mandat sans lien avec son emploi et communiqué avec un journaliste pour qu'il écrive un article sur la ligne éthique.

Même s'il ne juge pas les crimes reprochés à Jacques Bergeron d'une extrême gravité, Pierre P. Tremblay croit que la crédibilité du vérificateur est irrémédiablement entachée. «Il va traîner tout au long de son mandat cette accusation, légère ou pas, fondée ou pas. Il est dans une situation impossible. Il ferait peut-être mieux de démissionner», suggère M. Tremblay.

Jacques Bergeron entend déposer, lundi, un rapport démontrant que les incursions dans sa boîte de courriels ont été faites de façon répétitive sur une longue période et qu'il s'agit de manoeuvres illégales. Mais pour le professeur Tremblay, le mal est fait: «Ce qui doit primer dans le cas d'un vérificateur général, c'est la légitimité et la grande crédibilité. Et si c'est entamé, il se retrouve dans une situation extrêmement difficile», croit-il.

Qu'en est-il de Gérald Tremblay? «Il n'a plus rien à perdre ou à gagner. Je crois qu'il a atteint un niveau assez faible de crédibilité, dit-il. Il est allé au bout de son espérance de vie. Son mandat va finir et je pense que ça va s'arrêter là dans son cas.»

Si le ministre Lessard entend apporter des amendements législatifs pour déterminer qui peut «vérifier le vérificateur», Pierre P. Tremblay croit qu'il faut aussi revoir le fonctionnement du bureau du vérificateur pour confier à un autre organisme la gestion de son budget. «Le vérificateur général devrait avoir un droit inaliénable d'organiser le travail de ses ressources, mais en ce qui concerne l'utilisation de ses ressources financières, budgétaires et matérielles, cela devrait être confié à quelqu'un d'autre, dit-il. À ce moment-là, on ne le place pas dans une situation potentiellement dangereuse. Quand vous gérez un budget, aussi minime soit-il, il y a toujours un risque de faire un pas de côté ou que quelqu'un croit que vous avez fait un pas de côté. Ça n'enlèverait rien à son indépendance.»

Le feuilleton se poursuivra lundi soir, à l'occasion de la séance du conseil municipal. Gérald Tremblay déposera une motion pour interpeller le ministre Lessard. Mais, contrairement à ce que le maire a indiqué jeudi, il s'agira d'une motion visant à solliciter un avis du ministre. C'est donc le conseil municipal qui, ultimement, tranchera, puisque selon la Loi sur les cités et ville, ce sont les élus municipaux qui détiennent le pouvoir de nommer ou de destituer un vérificateur. Pour ce faire, les deux tiers des voix sont nécessaires. Le vérificateur pourrait aussi être appelé à s'expliquer devant les membres du conseil municipal.
2 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 20 février 2011 11 h 00

    Celui qui sait jamais ce qui se passe a l'hotel de ville

    M.Tremblay,

    Vous n'avez jamais songe a laisse une cadre avec une photo de vous derriere le bureau qui est votre. Vour pourriez faire du velo tout l'ete, de la raquette et du ski de fond tous l'hivers, donne de poignes de mains au citoyens, visiter les centres de personnes ages et ceux des demunis avec encore des poignes de mains et l'a au moins vos citoyens comprendraient que vous n'etes pas au courant de ce qui se passe dans le temple.

    Vous etes vraiment pathetique dans vos propos, je trouvais qu'une certaine journaliste de la Presse s'acharnait sur vous mais au fil du temps je trouve qu'elle devrait avoir plus d'appuies pour que vous sortiez de l'hotel de ville.

    bien a vous,

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 21 février 2011 21 h 08

    Politicien corrompu

    Gérald Tremblay devient avocat après des études de droit à l'Université d'Ottawa. Puis il devient ministre sous Bourassa (Grappes industrielles). Après une retraite forcée il étudit à Harvard au MBA. Une fois revenu il se fait élire maire de Montréal. Ses compétences lui font défaut. En effet il perd la mémoire sur tous les dossiers critiques. Gérald Tremblay doit avoir souffert de commotions cérébrales en jouant au hockey dans une ligue de garage. Ou il est corrompu selon les tendances du Parti Libéral de Québec et Ottawa. Il nous reste à choisir.