Turcot: accueil houleux des citoyens du Sud-Ouest

Accueillis en chanson par les opposants au projet de reconstruction du complexe Turcot, les représentants du ministère des Transports du Québec (MTQ) ont dû faire face à un auditoire plutôt hostile hier soir à l'occasion d'une soirée d'information tenue dans l'arrondissement du Sud-Ouest.

Après qu'Alain Dubé, chargé de projet, eut présenté les grandes lignes des plans élaborés par le MTQ aux quelque 300 personnes présentes, les citoyens ont tour à tour défilé au micro pour poser des questions et formuler leurs commentaires. Rares étaient ceux qui avaient de bons mots pour le projet. «Ce qu'on entend ne correspond pas à un projet du XXIe siècle. Vous pouvez faire mieux, et les résidants du Sud-Ouest méritent mieux», a lancé un résidant du secteur, Derek Robertson, sous les applaudissements nourris.

Daniel Breton, du mouvement Maître chez nous 21e siècle, a réfuté les affirmations du MTQ selon lesquelles le nouvel échangeur Turcot permettra d'améliorer la qualité de l'air des quartiers environnants. Le ministère mise sur la performance accrue des voitures qui rouleront en 2020 pour compenser l'augmentation de la circulation automobile. Or, seulement 5 % du parc automobile sera électrique en 2020, a indiqué M. Breton: «On a besoin d'un plan intégré de transports en commun. S'il n'y a pas de changement radical dans les modes de transports [...], ça veut dire que, ce soir, on vient d'annoncer la mort les objectifs de réduction des gaz à effet de serre de 20 % en 2020.»

Inquiets, les citoyens ont exprimé leurs préoccupations à l'égard, notamment, des expropriations, de l'ampleur du chantier, de l'augmentation de la circulation et de la qualité de l'air.

Alain Dubé, du MTQ, a rappelé que 106 logements devront être démolis rue Cazelais et que deux bâtiments de la rue Selby seront expropriés. Il a fait savoir qu'au cours des prochains jours, les propriétaires des immeubles recevraient leurs avis d'expropriation. «C'est un processus légal, mais, en parallèle, on essaie de s'entendre de gré à gré avec les propriétaires. Je peux vous dire que dans plus de 80 à 85 % des cas, on s'est entendus sur une base de gré à gré», a-t-il précisé.

Le MTQ prendra plusieurs mesures pour atténuer les nuisances liées au bruit et à la poussière pendant les travaux, et les citoyens pourront consulter, sur le site Internet du ministère, les données recueillies par les stations d'échantillonnage installées sur le chantier, a expliqué Alain Dubé. Les entrepreneurs qui ne respecteraient pas les normes établies recevront des «amendes salées», a-t-il ajouté. Le MTQ aura même recours à la diffusion de «bruits blancs», comme ceux d'un cours d'eau, pour masquer les bruits moins agréables du chantier. Cette précision a suscité quelques rires dans la salle.

Alain Dubé a insisté sur les projets de verdissement qui seront réalisés en marge de la reconstruction des infrastructures routières et sur les 300 000 mètres carrés de terrain qui seront libérés.

La reconstruction du complexe Turcot, qui s'échelonnera sur sept ans jusqu'en 2018, nécessitera des investissements de trois milliards. Le MTQ accordera sous peu un contrat de cinq millions à SNC-Lavalin pour l'élaboration des plans et devis de l'avant-projet définitif.

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Rectificatif du 3 février 2011

Plusieurs erreurs se sont glissées dans l’article précédent. Abordant la question des changements climatiques, Daniel Breton, du mouvement Maîtres chez nous – 21e siècle, a indiqué qu’en 2020 il fallait s’attendre à ce que le nombre de véhicules électriques sur les routes augmente de 5 %, et non de 10 % comme nous l’écrivions. Il a également déclaré que le projet de reconstruction du complexe Turcot, tel que présenté par le ministère des Transports du Québec, maintiendra les émissions de gaz à effet de serre (GES) au même niveau qu’aujourd’hui, ce qui équivaut à annoncer «la mort» des objectifs de réduction des GES de 20 % pour 2020 fixés par le gouvernement du Québec. Nos excuses.
2 commentaires
  • Jean-Francois Cantin - Inscrit 1 février 2011 10 h 52

    2 visions du rôle de fonctionnaire

    On assiste ici à une confrontation entre deux visions du rôle de fonctionnaire. D'un côté (droit ?), Mr Alain Dubé du MTQ se voit investit d'une mission par l'état. La contestation des citoyens est un obstacle à la réalisation de sa mission. De l'autre côté (gauche ?), les résidants voient le rôle du fonctionnaire comme un serviteur de la volonté populaire. Le refus d'obtempérer est vu comme une usurpation du pouvoir.

    Il doit exister une autre façon pour résoudre cette divergence que le seul rapport de force, mais lequel ?

  • Marc O. Rainville - Abonné 1 février 2011 14 h 24

    Expropriations zéro

    ''(...) 106 logements devront être démolis rue Cazelais ''

    Les logements de la rue Cazelais nord ne seront pas démolis. Les 106 logements dont vous parlez se trouvent dans un immeuble rénové de la rue de Courcelles. Il s'agit de grands lofts à prix abordables.

    ''«C'est un processus légal, mais, en parallèle, on essaie de s'entendre de gré à gré avec les propriétaires. Je peux vous dire que dans plus de 80 à 85 % des cas, on s'est entendus sur une base de gré à gré», a-t-il précisé.''

    Comme il n'y a que trois propriétaires impliqués dans des expropriations, ce paragraphe me semble incompréhensible.

    ''Le MTQ accordera sous peu un contrat de cinq millions à SNC-Lavalin pour l'élaboration des plans et devis de l'avant-projet définitif.''

    Le MTQ n'arrive pas à justifier clairement les expropriations. SNC Lavalin se doit de changer cet aspect du projet.