Les trésors cachés du maire Tremblay

Lynn Gagnon, responsable du protocole à la Ville, devant quelques-uns des cadeaux offerts à Gérald Tremblay depuis son acccession à la mairie. «Il y en a qui nous font rire parfois. Il y en a qui nous font grimacer parce qu’on se dit: “Comment peut-on?” D’autres nous font saliver parce qu’ils sont vraiment beaux. Il y a vraiment de tout», raconte-t-elle.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Lynn Gagnon, responsable du protocole à la Ville, devant quelques-uns des cadeaux offerts à Gérald Tremblay depuis son acccession à la mairie. «Il y en a qui nous font rire parfois. Il y en a qui nous font grimacer parce qu’on se dit: “Comment peut-on?” D’autres nous font saliver parce qu’ils sont vraiment beaux. Il y a vraiment de tout», raconte-t-elle.

Bottes de cow-boy offertes par la mairesse de Dallas, horloge Cartier donnée par le maire de Paris, assiettes de porcelaine, chameau de bois, chandail des Alouettes autographié par les joueurs et collection de presse-papier et de bibelots en tous genres. Au fil des ans, les cadeaux offerts au maire Gérald Tremblay par les dignitaires de passage à Montréal forment un éventail d'objets hétéroclites dont Lynn Gagnon, responsable du protocole à la Ville, doit prendre soin.

Mme Gagnon étale sur la table les trésors qui dorment dans les armoires de trois salles de réunion situées au troisième étage de l'hôtel de ville. Au hasard, elle sort un cheval de bois donné par l'ambassadeur de la Côte d'Ivoire. Dans les autres armoires, elle trouve un grand sabre, une sculpture africaine et une panoplie de médailles, de livres, de tableaux, de plaques commémoratives et d'étoffes. «Il y en a qui nous font rire parfois. Il y en a qui nous font grimacer parce qu'on se dit: "Comment peut-on?" D'autres nous font saliver parce qu'ils sont vraiment beaux. Il y a vraiment de tout», raconte-t-elle.

Il y a quelques années, Mme Gagnon et son équipe ont entrepris de répertorier les centaines d'objets reçus par le maire. C'est que, pendant ses neuf ans au pouvoir, Gérald Tremblay a accueilli une multitude de visiteurs, de dignitaires et de vedettes à l'hôtel de ville. Mais il demeure difficile de chiffrer la valeur des cadeaux, dit-elle: «Ça n'a pas de prix. La valeur de l'objet tient au moment où l'objet a été donné et par qui.»

Des souvenirs à l'encan

Des cadeaux offerts à Jean Drapeau, Pierre Bourque et Jean Doré, il reste peu de choses. M. Drapeau avait l'habitude d'apporter les cadeaux qu'il recevait à son bureau au centre-ville, explique Mme Gagnon, qui est arrivée en poste en 1990. Pierre Bourque conservait dans son bureau beaucoup de cadeaux, parmi lesquels des objets d'art asiatique qu'il affectionnait particulièrement, dit-elle. Quant à Jean Doré, il a gardé peu d'objets pour lui et ses cadeaux ont davantage servi à décorer les bureaux des membres du comité exécutif.

Arrivé au pouvoir en 2001, Gérald Tremblay n'a rien voulu garder pour lui. «Ces cadeaux me sont offerts parce que je suis maire de Montréal. Alors, ils appartiennent aux Montréalais et c'est à moi de leur en faire profiter de la meilleure façon possible», explique-t-il au Devoir.

Pourtant, signale Lynn Gagnon, aucune règle n'empêche les maires de s'approprier les objets qu'ils reçoivent dans le cadre de leurs fonctions et de les apporter chez eux si ça leur chante. En fait, avoue-t-elle, l'habitude prise par le maire Tremblay de remettre tous ses cadeaux ne lui simplifie pas la vie. «Ç'est beaucoup plus un casse-tête qu'autre chose parce qu'il faut les entreposer et les entretenir», commente-t-elle.

À moyen terme, il faudra disposer des objets et Gérald Tremblay entend les vendre à l'encan au profit de la Fondation du maire de Montréal pour la jeunesse, mise sur pied par son prédécesseur, Pierre Bourque. Il songe particulièrement aux objets liés au sport, car, dit-il, «les souvenirs sportifs donnent un bon retour sur l'investissement».

À titre d'exemple, il évoque le gilet du Canadien de Montréal signé par les anciens joueurs de la Sainte Flanelle qu'il conserve jalousement. Il a également mis la main sur le casque de football, le chandail et le ballon autographiés des Alouettes, vainqueurs de la coupe Grey 2009, auxquels s'est récemment ajoutée la bague en or des champions. Il s'attend à obtenir les mêmes objets pour la saison 2010. Leur mise à l'encan ne presse pas, ajoute toutefois le maire: «Je pense que j'ai des choses qui valent beaucoup d'argent, mais il faut que ça prenne de la valeur.» Il signale que, si la cravate de Guy Carbonneau a trouvé preneur pour 100 000 $ en 2008, il peut espérer obtenir un bon prix pour ses objets.

Le maire offre aussi aux visiteurs des souvenirs qui, sait-on jamais, donneront peut-être des maux de tête à un responsable du protocole à l'étranger. À certains dignitaires, le maire remet des statuettes qui constituent des répliques de taille réduite de L'Homme de la paix, une sculpture de Jean-Daniel Rohrer offerte en 2009 par la Ville de Montréal au maire d'Hiroshima.

Le baiser

À titre de conseillère en accueil et en protocole, Lynn Gagnon doit également voir à ce que les règles de l'étiquette soient suivies.

En 2005, la visite de la princesse Margriet, des Pays-Bas, n'était pas passée inaperçue. À cette occasion, le maire Tremblay avait pris la liberté de l'embrasser sur les deux joues, une initiative considérée comme une entorse à la diplomatie royale qui lui avait valu la une du quotidien The Gazette.

Troublée par ce geste de familiarité, la princesse avait oublié de prononcer le bref discours qu'elle devait livrer. Lynn Gagnon assure que le maire connaissait les règles entourant l'accueil des membres de la royauté, mais qu'il n'en a fait qu'à sa tête.

«Semble-t-il que j'ai enfreint le protocole lorsque je lui ai fait la bise, raconte aujourd'hui le maire. Mais ç'a été le fun parce que, main dans la main, par la suite, on est allés dans le Vieux-Montréal.» Lors de cette promenade, ils ont même croisé Monsieur Câlin, qui distribuait gratuitement ses étreintes réconfortantes aux passants. La princesse, déjà initiée aux moeurs locales, a alors eu droit à son câlin.

Lynn Gagnon note toutefois que les règles de protocole sont moins rigides qu'autrefois: «Le protocole a beaucoup évolué. Les règles de base sont toujours les mêmes, mais il y a dix ans on n'aurait jamais tendu la main aux visiteurs japonais pour les saluer. Maintenant, ce sont eux qui nous tendent la main.»
2 commentaires
  • Francois Bouchard - Inscrit 24 décembre 2010 11 h 24

    L'encan de la Ville est fermé...

    Par l'administration Tremblay depuis 2008. Voilà bien une chose que le maire devrait savoir s'il était effectivement maire de quelque chose qui resseemble à une ville. Où vont tous les biens de la Ville autrefois vendus à l'encan mensuel? Une belle question pour les journalistes d'Enquête...

  • Gilles Malboeuf - Inscrit 3 janvier 2011 06 h 56

    Des cadeaux !

    Il y en a combien de cadeaux ? La ville de Montréal...ce n'est quand même pas New York ou Los Angeles, ou même Washington !

    Un p'tit musé pour les cadeaux qui viennent des pays étrangers au cas ou les dignitaires reviendraient nous voir et on vend ce qui vient du Québec !!

    Qui veut un casque de football ??