Équité salariale: la Ville de Montréal devant une impasse avec ses cols blancs

La réalisation de l’équité salariale est particulièrement laborieuse dans le cas des cols blancs en raison des fusions et des défusions qui ont bouleversé la Ville de Montréal depuis 2001.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir La réalisation de l’équité salariale est particulièrement laborieuse dans le cas des cols blancs en raison des fusions et des défusions qui ont bouleversé la Ville de Montréal depuis 2001.

La Ville de Montréal est en voie de régler la question de l'équité salariale avec plusieurs groupes d'employés, mais le dossier des cols blancs est loin d'être résolu. Si aucune entente n'intervient d'ici la date butoir du 31 décembre 2010, la Ville de Montréal s'expose au risque de perdre plusieurs millions de dollars.

La réalisation de l'équité salariale est un exercice complexe, mais, dans le cas des cols blancs, il est particulièrement laborieux en raison des fusions et des défusions qui ont bouleversé la Ville de Montréal depuis 2001. Quatorze ans après l'adoption de la Loi sur l'équité salariale, la Ville et ses fonctionnaires discutent âprement. «C'est vraiment le bordel ce dossier-là!», a résumé hier Monique Côté, présidente du Syndicat des fonctionnaires municipaux de Montréal.

Les travaux d'équité salariale étaient bien avancés avec la Ville et l'ex-Communauté urbaine de Montréal lorsque les fusions municipales ont été décrétées en 2001, relate Mme Côté. Les travaux d'intégration des employés de l'île de Montréal ont retardé les négociations. Puis, il y a eu les défusions.

À l'époque, Québec avait autorisé les syndicats à négocier avec un seul interlocuteur, soit la Ville de Montréal. Des changements apportés à la loi en 2009 ont toutefois modifié les règles du jeu, fixant au 31 décembre 2010 la date à laquelle les parties devaient s'entendre, faute de quoi des pénalités seraient imposées. Ce qu'ignorait le syndicat des cols blancs, c'est qu'il devait désormais négocier avec chacune des villes reconstituées. Il ne l'a appris qu'en octobre dernier.

«On reçoit des appels de toutes les municipalités parce qu'elles ne veulent pas de pénalités additionnelles. C'est clair qu'on ne pourra pas y arriver à quelques semaines de la date fatidique», croit Monique Côté.

La tâche est tout aussi colossale avec la Ville de Montréal puisque les fonctionnaires, qui regroupent 10 000 syndiqués sur l'île de Montréal, comptent 1200 catégories d'emplois qu'il faut analyser une à une. «C'est sûr qu'on n'aura pas fini au 31 décembre», affirme Mme Côté.

Du côté de la Ville, on indique qu'il est hors de question de dépasser l'échéance du 31 décembre. La Ville perdrait alors son droit d'étaler sur quatre ans les ajustements versés aux employés, une mesure qui devait lui permettre d'épargner des «millions de dollars», a indiqué Jean Yves Hinse, directeur du Capital humain à la Ville.

«On est un peu coincés par le temps, reconnaît M. Hinse. Nous, on se met en vitesse grand V avec le syndicat des cols blancs pour terminer l'équité salariale pour le 31 décembre 2010. Il n'est pas question pour la Ville de Montréal de perdre son droit d'étalement.»

Les négociations progressent mieux avec les autres groupes d'employés. La Ville s'est entendue avec les professionnels, ce qui permettra à 500 employés de toucher des ajustements de salaire de façon rétroactive depuis 2001. Le coût de l'équité salariale et du maintien de ces conditions pour les professionnels est évalué à 4,5 millions de dollars.

Aucun ajustement ne sera nécessaire pour les architectes, les ingénieurs et les avocats. Ils seront limités dans le cas des cols bleus. Quant aux cadres, leur dossier devrait se régler sous peu.

Restent les cols blancs, dont les femmes composent 60 % des effectifs. «On veut bien finir au 31 décembre et on met tous les efforts là-dessus, mais honnêtement, on se pose des questions sur l'importance que la Ville accorde à ce dossier-là», soutient Monique Côté qui juge que la Ville consacre à ce dossier des ressources insuffisantes.

Jean Yves Hinse se dit convaincu qu'une entente est possible, mais, pour ce faire, les deux parties devront convenir d'une nouvelle façon de procéder et regrouper les postes de nature comparable, dit-il. La Ville entend d'ailleurs déposer une offre en ce sens au syndicat aujourd'hui. Quand on demande à M. Hinse si le syndicat a avantage à ce que l'échéancier soit dépassé, il répond: «C'est sûr.»