Métro: les coûts du nouveau système de contrôle multipliés par quatre

La facture du nouveau système de contrôle et de télécommunications du métro est passée de 50,6  millions à 196,8 millions.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La facture du nouveau système de contrôle et de télécommunications du métro est passée de 50,6  millions à 196,8 millions.

Les coûts du nouveau système de contrôle et de télécommunications du métro ont explosé, passant de 50 à près de 197 millions de dollars, et son implantation, initialement prévue pour 2006, sera retardée à 2012, a appris Le Devoir. Cette hausse substantielle de la facture est attribuable à l'ampleur du projet dont la complexité a été largement sous-estimée, a expliqué la Société de transport de Montréal (STM) hier.

Le centre nerveux du métro de Montréal est logé dans une salle aménagée dans les années 60 et la plupart des ordinateurs de ce centre de contrôle témoignent d'une époque révolue. C'est là que sont concentrées les fonctions de gestion du réseau de métro, qu'il s'agisse du contrôle des déplacements des trains ou de celui de l'alimentation électrique, du système de ventilation et des communications.

En raison de la désuétude des équipements, la STM a accordé, en 2003, un contrat à Alstom afin de se doter d'un nouveau système de commande centralisée. À cette époque, on évaluait le projet à 50,6 millions et sa mise en activité était prévue pour 2006. Ce projet figurait dans le programme Réno-Systèmes, doté d'une enveloppe de 963 millions de dollars.

Or, l'opération s'est avérée beaucoup plus complexe que prévu, à tel point qu'une rupture de contrat a été sérieusement envisagée. Parallèlement au contrat d'Alstom, la STM devait faire affaire avec 46 fournisseurs d'équipements différents et faire cohabiter des systèmes de différentes générations.

Malgré les difficultés, Alstom a promis de réaliser l'ensemble du projet pour l'été 2008, mais les tests effectués se sont soldés par un échec, le fournisseur éprouvant des difficultés à intégrer les différents logiciels. Un an plus tard, des anomalies importantes subsistaient. «On se retrouvait dans une impasse, explique Donald Desaulniers, directeur du programme Réno-Systèmes. On a envisagé toutes sortes de solutions, notamment de mettre fin au contrat.» À compter de 2007, la STM a même cessé de payer Alstom.

Une entente a finalement été conclue en mars 2010. La STM a pris la direction du projet et elle rémunère désormais les membres de l'équipe d'Alstom à l'heure. «On a calculé que c'était la façon la plus économique pour la STM de finir le projet. On aurait pu tout arrêter, engager un procès et lancer un nouvel appel d'offres, mais on ajoutait alors plusieurs années avant de voir le bout de l'affaire», a dit M. Desaulniers.

Les tests réalisés au début du mois de septembre dernier ont toutefois été fructueux et la migration vers la nouvelle salle de contrôle déjà construite s'effectuera au printemps 2012 pour une mise en activité complète à l'automne.

Prévisions irréalistes

Ces embûches ont fait passer la facture de 50,6 millions à 196,8 millions, mais les coûts supplémentaires n'ont pas affecté le budget de 963 millions du programme Réno-Systèmes, car des économies ont pu être réalisées ailleurs et certains travaux être reportés, a indiqué M. Desaulniers.

«C'est clair qu'aujourd'hui, on se rend compte que les prévisions de coûts de 50 millions, ça n'avait pas de bon sens», commente Carl Desrosiers, directeur de l'exploitation du métro. Un rapport de vérification interne présenté hier aux dirigeants de la STM conclut d'ailleurs à un manque d'expertise lors du lancement du projet, mais ne déplore aucune fraude ou malversation. Cette vérification avait été demandée au printemps dernier par le président du C.A. de la STM, Michel Labrecque, inquiet de voir les coûts du projet grimper et les délais s'éterniser.

Le vérificateur général de la Ville, Jacques Bergeron, a pour sa part entrepris une enquête.
1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 31 octobre 2010 12 h 45

    Qui évalue ces contrats?

    Est-ce le même chose que le métro de Laval, qui n'a pas coûté plus cher qu'ailleurs dans le monde mais qui avait été sous-évalué au départ?