Deux milliards de plus pour la réfection du réseau montréalais

Photo: Jacques Nadeau - archives Le Devoir
Dans le cadre du processus budgétaire, le directeur de la Direction de l'eau, Réjean Lévesque, a présenté mardi aux membres de la Commission des finances de l'agglomération de Montréal les perspectives financières de son service sur un horizon de dix ans. Et le tableau qu'il en brosse est inquiétant, voire alarmant.

En 2003, le consortium SNC-Lavalin/Dessau-Soprin et la firme PricewaterhouseCoopers avaient établi à 200 millions par année les investissements qui seraient nécessaires à la réfection du réseau souterrain. Le Service les fixe maintenant 400 millions annuellement pour les dix prochaines années.

Pour justifier cet écart, M. Lévesque a expliqué qu'en 2003, les firmes n'avaient disposé que de quatre mois pour effectuer leurs évaluations et les informations dont elles disposaient pour effectuer leurs calculs étaient partielles, a-t-il dit. «Il n'y avait presque pas d'auscultations de faites pour vérifier l'état des conduites secondaires sur l'île de Montréal. On ne pouvait pas leur donner d'informations à ce sujet-là», a indiqué M. Lévesque. Certains coûts avaient été sous-estimés, tout comme l'inflation du secteur de la construction, a-t-il ajouté. Parmi les autres variables figurent le dossier des conduites de plomb et celui de l'ozonation du système de désinfection de l'usine de traitement des eaux usées, qui n'étaient pas connus en 2003.

Sept ans plus tard, la Ville a maintenant un inventaire précis de réseau souterrain et connaît l'état de toutes de ses conduites d'aqueducs et d'égouts, ce qui lui permet d'établir avec précision les besoins en matière d'investissements pour les dix prochaines années.

L'écart de coûts le plus important constaté entre les études de 2003 et la situation en 2010 est lié aux égouts dont la durée de vie avait été surestimée. Ce n'est donc pas 201 millions qu'il faudra investir pour les entretenir, mais bien 1,4 milliard, soit un écart de 1,2 milliard, a indiqué M. Lévesque. Pour la production de l'eau, la Ville devra investir 37 millions de plus que les 456 millions prévus.

Réjean Lévesque conclut ainsi que les besoins financiers pour l'eau sur dix ans passent de 2,6 milliards à 4,6 milliards. Si la Ville ne hausse pas les revenus destinés au service de l'eau, par l'entremise notamment de la taxe spéciale, elle devra contracter des emprunts qui pourraient atteindre 300 millions par année, pour totaliser 3 milliards sur 10 ans, a-t-il dit.

Évoquant même le risque d'une privatisation du réseau de l'eau si la Ville s'endette indûment, Réjean Lévesque recommande aux élus de privilégier l'autofinancement, comme le font d'autres villes comme Boston, Washington, Toronto et New York. «L'autofinancement de l'eau à Montréal pourrait être réalisé par une augmentation des revenus de l'eau de 9 % par année pendant dix ans sous réserve d'une aide gouvernementale, car celle-ci doit prendre fin en 2015», a conclu M. Lévesque. En 2011, les revenus liés à l'eau s'établiront à 361 millions, a-t-il précisé.

«À première vue, ça fait frémir. Les chiffres sont astronomiques», a commenté Bertrand Ward, membre de la Commission des finances et conseiller d'Union Montréal dans l'arrondissement de Pierrefonds-Roxboro.

Si le tableau dressé par Réjean Lévesque est «alarmant», la démonstration faite par le directeur du Service de l'eau a été convaincante, estime Peter McQueen, conseiller de Projet Montréal. Il souligne que le Service des finances a suggéré, mardi, pour éviter des emprunts importants, que la Ville envisage le recours à d'autres sources de financement comme les péages ou une taxe supplémentaire sur l'essence, une proposition qui réjouit Projet Montréal.

Depuis mardi, différents services de la Ville, dont celui des finances et la Voirie, ont présenté aux élus les perspectives financières pour la prochaine décennie devant la Commission des finances qui devra formuler des recommandations demain à l'administration Tremblay dans le cadre de la préparation du budget 2011.

De son côté, le Service de l'eau présentera un rapport complet de la situation du dossier de l'eau à la fin du mois d'octobre. Il y précisera alors ses intentions concernant les compteurs d'eau qui seront installés dans les industries, commerces et institutions (ICI) au cours des prochaines années.

La Ville n'entend pas répéter les erreurs du passé et le volet des compteurs d'eau sera réalisé en interne. Quant au volet optimisation, il sera beaucoup moins ambitieux que le projet élaboré avec Génieau.
2 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 30 septembre 2010 08 h 03

    Une donnée essentielle

    On a beaucoup tardé à s'occuper de ces infrastructures; elles sont souterraines et si peu glamour en campagne électorale. Pourtant, s'il y en a d'essentielles, ce sont bien elles, bien qu'invisibles pour les yeux...Pas moins de 40% de l'eau potable traitée à nos frais fuit par le réseau percé. Des conduites d'égout endommagées affectent les sols, menacent les nappes d'eau. Plus on attend, plus la facture grimpe, au risque de nous entraînés vers la privatisation (d'ailleurs la négligence du passé n'avait-elle pas en partie cette fin?). Il faut sérieusement s'occuper de l'eau, ce n'est pas une question de point de vue.

  • Albert Descôteaux - Inscrit 30 septembre 2010 08 h 32

    Taxer les PepsiCo et autres

    Le Devoir rapportait récemment que "l'usine de PepsiCo de Montréal s'est approprié plus de 540 millions de litres d'eau municipale pour remplir ses bouteilles d'Aquafina, mais aussi pour fabriquer l'ensemble de ses autres boissons, dont le Pepsi, le 7UP et le Mountain Dew font partie. Le tout pour une facture fiscale totale de 526 816 $"

    http://www.ledevoir.com/politique/montreal/295678/

    Est-ce que ce serait envisageable que les Pepsi, Molson et autres grands bienfaiteurs de l'humanité à qui on donne notre eau, payent cette ressources à son juste prix, en plus d'une taxe spéciale pour l'amélioration des infrastructures?