Le SPVM en mode aggiornamento

Marc Parent<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Marc Parent

L'aggiornamento de Marc Parent se poursuit au Service de police de Montréal (SPVM). La lutte aux gangs de rue ne sera plus la priorité numéro un d'enquête. Le mandat exclusivement répressif de l'escouade Éclipse sera revu. Et les policiers devront projeter une image de respectabilité s'ils veulent être respectés à leur tour par les citoyens.

Dans sa première ronde d'entrevues de fond aux médias, hier, le nouveau directeur du SPVM a placé la barre très haut pour son premier mandat.

S'il n'en tient qu'à Marc Parent, le profilage racial connaîtra son Waterloo sur le terrain de bataille de l'éthique. «L'éthique, il ne faut pas que ce soit galvaudé. C'est de traiter les gens avec respect et dignité, et être sensible à la différence dans nos interventions. La question des valeurs va être au centre de mes discussions avec l'ensemble de mes employés au cours des prochaines années. Si on avait des policiers qui sont toujours respectueux dans leurs interventions, du profilage, il n'y en aurait même pas, parce qu'on traiterait l'ensemble des citoyens de la même façon», explique-t-il.

M. Parent puise son inspiration chez Sir Robert Peel, l'ancien premier ministre britannique qui fut à l'origine de la création des «Bobbies», le corps de police londonien, en 1829. «Pour Peel, la police est le public, et le public est la police», explique M. Parent.

Pour la petite histoire, les «Bobbies» furent honnis et détestés de la population à leur origine, en raison de leur appétit pour l'intervention musclée. Dès le XIXe siècle, Peel a quand même jeté les bases théoriques de la police communautaire et du contrat social entre les hommes en bleu et la société civile. Son héritage de coopération est encore actuel.

«La notion de respect et de sentiment de justice est importante des deux côtés, estime Marc Parent. Pour garder ta légitimité d'intervention, tu dois traiter les gens avec respect. Au même titre, il faut poursuivre l'éducation auprès des jeunes. Quand un policier a un écusson sur l'épaule, il y a aussi une notion de respect qui est réciproque.»

Éclipse sous la loupe

Le chantier de M. Parent commence par un revirement des priorités d'enquête. Finie, l'obsession des gangs de rue.

Ces gangs sont responsables de moins de 2 % de la criminalité dans la métropole, mais leur dangerosité peuple toujours l'imaginaire des citoyens, contribuant de ce fait à accroître le sentiment d'insécurité. «Les gangs de rue, c'est encore un problème, mais on ne peut pas dire que c'est la priorité numéro un. Nos gangs de rue sont rendus à 40-45 ans. À ce niveau, on parle de crime organisé très structuré», estime Marc Parent.

Pour cette souche nouvelle du crime organisé, responsable de l'exploitation sexuelle des jeunes filles et du trafic de drogue, le SPVM ne changera pas son fusil d'épaule. La répression reste le meilleur moyen d'enrayer ce cancer qui gruge une société démocratique et mine l'avenir de sa jeunesse.

S'il reste un rôle pour l'escouade Éclipse, c'est celui-là.

L'escouade Éclipse s'est attiré les foudres des membres des minorités et même de certains patrouilleurs privilégiant l'approche communautaire. Les déploiements de force autour des écoles et des métros, dans les premières années d'opération (une faille qui a été corrigée depuis), ont laissé une bien mauvaise impression: celle de pyromanes se baladant avec des bidons d'essence dans les quartiers chauds de Montréal. Marc Parent ne conteste même pas l'usage de la métaphore.

Le nouveau chef apprend vite les rudiments du métier, en se portant à la défense de ses troupes. Le travail répressif de l'escouade Éclipse fut nécessaire, dit-il, ne serait-ce que pour saboter l'entreprise de séduction des gangs auprès d'une jeunesse en perte de repères. À son avis, ce mandat était d'autant plus justifié que le SPVM, dans son ensemble, a poursuivi son travail sur quatre axes (répression, prévention, communication et recherche).

«Je ne pense pas qu'on a exagéré le problème [des gangs de rue]. On l'a pris à temps, dit-il. Maintenant, je suis dans une période de remise en question par rapport aux intentions qu'on avait avec Éclipse et par rapport à la vision [du mandat], qui était de faire de la sur-enquête et de la sur-interpellation.»

Les mots sont lâchés: trop d'enquêtes et trop d'interpellations. C'est d'ailleurs le constat brut d'une étude interne du SPVM, ébruitée cet été par La Presse. La proportion de personnes noires interpellées à Montréal est tout simplement «alarmante», affirme le document. Les contrôles d'identité sur les Noirs ont bondi de 126 % dans Montréal-Nord, et de 91 % dans Saint-Michel, entre 2001 et 2007.

Retour sur le terrain


Pour opérer un réel rapprochement, Marc Parent croit fermement à la décentralisation, au retour des policiers sur le terrain, où ils seront à même de constater l'évolution de la criminalité, de travailler en réseau et de tisser des liens avec la communauté, au-delà de la simple participation à des «tables de concertation» au succès mitigé.

Le «rebrassage» des structures s'inscrit dans ce courant de décentralisation. Trois directions ont été abolies, pour être ramenées sous le giron de la direction des opérations. À ce sujet, Diane Bourdeau jouera un plus grand rôle que prévu pour s'occuper des finances et de la commercialisation.

Auparavant, deux structures de direction se chevauchaient. Il n'en reste plus qu'une seule, ramenée de 18 à 11 personnes. Le quartier général se vide, au sens figuré; tous les assistants-directeurs devront avoir l'oeil ouvert — et le bon! — sur les réalités du terrain.