«Montréal est une ville créative, mais il manque d'action !»

Tombé sous le charme d'une Québécoise il y a près de 15 ans, Angelo Rindone est de ceux qui ont quitté leur Italie natale par amour. Établi à Montréal depuis 1998, il a choisi, comme la grande majorité des Italiens devenus québécois, de vivre dans la métropole. Bien qu'il ne soit pas tout à fait tissé de la même étoffe que ses pairs qui ont grandi au Québec, l'homme d'affaires a bien l'intention d'apporter son grain de sel à la sauce italo-montréalaise!

Élevé à Milan dans les années 1980, Angelo Rindone a grandi au sein d'une famille italienne traditionnelle, entouré d'oncles, de tantes et de cousins. Il y est resté de nombreuses années et a poursuivi ses études en économie dans une ville voisine, à l'Université de Pavie.

Par un heureux hasard, lorsqu'il était de passage à Milan, Angelo a fait la rencontre d'une Québécoise pour qui il a eu le coup de foudre. Amoureux, l'homme a cumulé les allers-retours entre l'Italie et le Canada afin de séduire celle qui allait plus tard devenir sa femme. «Comme plusieurs Italiens qui immigrent ici, c'est une Québécoise qui m'a donné envie de vivre à Montréal. Ce sont presque toujours les femmes qui nous attirent ici», lance Angelo Rindone, un sourire dans la voix.

Si l'idée de déménager ses pénates au Québec ne lui avait jamais traversé l'esprit avant de faire la connaissance de sa conjointe, Angelo caressait depuis longtemps le projet de lancer une entreprise à l'étranger. Il a donc saisi l'occasion et a décidé de faire le grand saut au pays des hivers froids et des femmes charmeuses.

Rapidement après s'être établi au Québec en 1998, l'homme s'est lancé en affaires. Petit à petit, il a monté son entreprise, Itaca direct, une société de distribution de produits fins italiens. «Le nom est symbolique, dit-il. Itaca, c'est l'île d'Ulysse. Pour moi, c'est le lien avec la patrie. Ça signifie que, même si on se perd, on revient à toujours à la maison!»

Si, à l'époque, il ne connaissait pratiquement personne dans la région métropolitaine, Angelo a réussi, à coups de bonnes idées et de produits novateurs, à se tailler une importante place sur le marché. «Ici, il y a beaucoup moins de bureaucratie qu'en Italie, tellement moins de complications!, assure Angelo. Je sais que, parfois, vous, les Québécois, vous trouvez ça difficile, mais en Italie, c'est vraiment plus compliqué. Là-bas, il faut vraiment avoir un grand réseau de connaissances ou une grande famille pour réussir. Ici, si on a de bonnes idées et qu'on est travaillant, on peut y arriver.»

S'apprivoiser

Installé au Québec depuis plus de dix ans, Angelo commence à peine à s'acoquiner avec les Italo-Québécois de Montréal. Aujourd'hui bien établi, il vit dans le Mile-End, entouré de sa femme, de ses enfants et d'amis québécois. S'il s'avoue très heureux de vivre de cette façon, de plus en plus, il s'efforce de tisser des liens avec la communauté italienne de Montréal, qui compte aujourd'hui environ 260 000 âmes.

«Je commence à me faire des amis dans la communauté, mais, les premiers sept ou huit ans, je n'avais pas vraiment de lien avec les Italo-Québécois. Tous ceux qui arrivent maintenant sont un peu des outsiders. Ce qu'il faut savoir, c'est que les Italiens qui ont grandi ici sont différents des Italiens qui immigrent ici. On ne parle pas tout à fait la même langue. Les Italo-Québécois parlent souvent un mélange d'italien, de dialecte de leur village d'origine, d'anglais et de français. On se comprend, mais il y a des différences de langage», précise-t-il.

Il y a aussi une question de références, dit Angelo, qui a la chance de retourner en Europe quelques fois par année. Aux dires de l'entrepreneur, l'Italie d'aujourd'hui n'a rien à voir avec ce qu'elle était il y a dix ans et encore moins avec ce qu'elle a été après la Seconde Guerre mondiale, lorsqu'une importante vague d'Italiens est venue s'établir au Québec.

«En général, les plus jeunes n'ont aucune idée de ce qu'est l'Italie actuelle. Les adultes qui ont grandi ici, eux, ont une vague idée de ce qu'est l'Italie d'aujourd'hui, alors que ceux qui ont immigré au Québec lors de la première vague ont une image du pays qui date d'il y a 50 ans. Plusieurs y retournent et sont déçus. Ils ne comprennent plus rien parce qu'aujourd'hui, l'Italie, c'est très multiculturel. Quand on va à Milan ou à Rome, on a l'impression d'être à New York! Ç'a énormément changé depuis les 10 dernières années», rappelle Angelo.

Des projets

Passionné d'art, l'homme d'affaires cultive depuis déjà quelques années l'espoir de lancer une entreprise culturelle au Québec. Par l'art, il espère pouvoir apporter son grain de sel à la communauté italienne et, du même coup, faire un peu mieux découvrir aux Québécois la culture contemporaine de son pays d'origine.

«J'ai l'impression que les Italo-Canadiens ont le désir de comprendre l'Italie d'aujourd'hui, de découvrir ce qu'elle est devenue. Je pense que de faire appel à leur goût pour la culture, c'est une bonne idée. En Italie, tous les jours, on est sollicité par l'architecture, l'art, le beau. Ici, ce n'est pas le cas. Montréal est une ville créative, mais il manque d'action! Alors, moi, j'ai envie de passer par l'art pour m'engager», révèle Angelo.

S'il préfère ne pas trop donner de détails sur ses projets, car la plupart sont toujours à l'état embryonnaire, l'homme confie qu'il travaille à la création d'un organisme qui aura pour mission de produire des événements culturels d'origine italienne s'adressant autant aux Italiens qu'aux Québécois.

«J'aimerais organiser des projets culturels pour faire connaître la musique, l'art, des formes d'expressions artistiques actuelles et pas des groupes folkloriques qui s'expriment en dialecte. Ce pourrait être des concerts, des expositions, des oeuvres électroniques, etc. Par exemple, présentement, je travaille sur un projet de résidence d'artiste», indique-t-il.

En attendant, l'homme d'affaires partage sa culture par le biais de la gastronomie. Dans les trois restaurants dont il est propriétaire, le BU, boulevard Saint-Laurent, le Daylight Factory, dans le quartier international, et le Caffè della Posta, dans le Mile-End, il recrée avec brio de petites parcelles de la Sicile et de la Lombardie et s'efforce de présenter l'Italie sous son meilleur jour, sauce Angelo.

«C'est ma façon de transmettre ma culture, mes origines, mon goût pour la nourriture de qualité, soutient l'homme. Ça me permet de partager un certain style de vie, une vision des choses... Pour l'instant, c'est comme ça que je fais découvrir l'Italie, mais ce n'est qu'un début!»

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Collaboratrice du Devoir

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