Canaux remblayés sur l'île Notre-Dame - La transparence des sociétés paramunicipales inquiète Projet Montréal

La Société du parc Jean-Drapeau a remblayé une partie des canaux de l'île de Notre-Dame, invoquant l'insalubrité de ses eaux stagnantes. Le geste n'est pas anodin estime Projet Montréal, qui considère que l'initiative témoigne d'un manque de jugement et de transparence de la part de la société paramunicipale.

L'automne dernier, l'équivalent d'environ 10 % des canaux qui serpentent l'île artificielle ont été remplis de terre dans le secteur de l'ancien pavillon du Canada et des végétaux y ont récemment été plantés. La société paramunicipale qui gère le parc a pris cette décision afin de régler une fois pour toutes les problèmes d'odeurs nauséabondes qui se dégageaient des eaux trop stagnantes de cet embranchement de canaux, et de mettre en valeur les lieux. «L'eau s'oxygénait mal et ça sentait le marais puant», explique Nathalie Lessard, porte-parole de la Société du parc Jean-Drapeau.

L'opération s'est faite à un faible coût puisque la terre utilisée pour le remblai provenait des travaux effectués dans le cadre du projet d'agrandissement du Casino.

Le maire de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, reproche à société paramunicipale d'avoir agi sans tenir compte de l'importance du patrimoine hérité de l'Expo 67. Mais surtout, il estime que les dirigeants de la Société disposent d'une trop grande liberté d'action, n'ayant pas à se plier aux exigences de consultation ou de reddition de comptes auxquelles sont tenus les services municipaux qui gèrent les grands parcs du territoire montréalais. «Comment se fait-il qu'on donne le droit à ces gens de se comporter comme s'ils géraient leur cour d'en arrière? C'est ça que je ne comprends pas», dit-il.

Ce dossier et celui des pôles de ralentissement sur le circuit Gilles-Villeneuve, qui a provoqué l'ire des cyclistes, amènent Luc Ferrandez à remettre en question la structure décisionnelle des sociétés paramunicipales. «Je ne vois absolument pas ce qu'on gagne: le public n'est pas consulté, le patrimoine n'est pas préservé. On gère à la petite semaine», dit-il.

Dans son rapport annuel, le vérificateur général de la Ville de Montréal avait d'ailleurs souligné que le plan directeur du parc Jean-Drapeau actualisé n'avait jamais été présenté au comité exécutif de la Ville et que, par conséquent, aucune consultation publique n'avait été tenue concernant l'avenir du parc.

Le document a été remis à la Ville et un plan de développement pour les prochaines années a été élaboré, signale Nathalie Lessard. Mais en attendant que l'administration Tremblay se prononce, la Société doit assurer le maintien des installations, ajoute-t-elle.

Dans le cas des canaux remblayés, le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs a jugé qu'il s'agissait de fossés et qu'aucun certificat d'autorisation pour les travaux n'était requis. «C'est difficile de prendre une décision qui fait l'unanimité. On le comprend très bien», conclut Mme Lessard.

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