Montréal - Le vérificateur accuse, le directeur récuse

En conférence de presse, le vérificateur général de Montréal, Jacques Bergeron, a refusé de dévoiler les détails de ses découvertes par rapport à l’octroi de contrats de téléphonie à Telus par la Ville, prétextant ne pas vouloir nuire à l’enquête policière.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir En conférence de presse, le vérificateur général de Montréal, Jacques Bergeron, a refusé de dévoiler les détails de ses découvertes par rapport à l’octroi de contrats de téléphonie à Telus par la Ville, prétextant ne pas vouloir nuire à l’enquête policière.

Le directeur général de la Ville de Montréal, Louis Roquet, et le vérificateur général, Jacques Bergeron, ne semblent pas près d'enterrer la hache de guerre. M. Roquet a affirmé hier que c'est pour valider certaines informations et «protéger la Ville» qu'il a transmis à Telus une partie du rapport annuel du vérificateur il y a trois semaines. Ses explications n'ont pas convaincu les partis d'opposition, qui continuent de condamner son geste.

Le vérificateur a présenté hier son rapport annuel dans lequel il fait état d'importantes lacunes dans l'octroi de contrats de téléphonie à Telus par la Ville de Montréal en 2008. Certaines irrégularités constatées l'ont d'ailleurs conduit à saisir les policiers du dossier. En conférence de presse, il a refusé de dévoiler les détails de ses découvertes, prétextant ne pas vouloir nuire à l'enquête policière.

Il n'a pas davantage voulu commenter l'attitude de Louis Roquet qui, le 23 avril dernier, a refilé à Telus le chapitre de son rapport traitant des contrats litigieux. Dans une lettre expédiée aux élus la semaine dernière, M. Bergeron avait qualifié le geste du d.g. de «transgression très grave au processus de reddition de comptes».

Louis Roquet estime n'avoir rien à se reprocher. S'il a ordonné que le rapport préliminaire soit transmis à Telus, c'est parce qu'il jugeait que certaines informations contenues dans le document devaient être validées ou que leur divulgation aurait pu nuire à Telus, un partenaire de la Ville pour dix ans. «Je suis là pour protéger la Ville de Montréal et les intérêts des contribuables», a-t-il ajouté, alléguant que si le vérificateur bénéficiait d'une immunité, ce n'était pas le cas de la Ville.

Le vérificateur aurait dû consulter Telus lors de son enquête, a soutenu M. Roquet. Aurait-il dû consulter Dessau ou Simard-Beaudry lors de son enquête sur le contrat des compteurs d'eau, a demandé un journaliste. «Le vérificateur n'a pas demandé l'annulation du contrat de Telus. Ça fait une colosse de différence», a répliqué M. Roquet.

Critiques sévères

Dans son rapport, Jacques Bergeron a durement critiqué la gestion du dossier des télécommunications. En 2008, la Ville a octroyé deux contrats totalisant 99 millions à Telus, qui a délogé son concurrent Bell pour l'implantation d'un nouveau service de téléphonie. Le vérificateur a révélé que le projet accusait des retards importants et qu'à l'origine, la Ville avait mal évalué ses besoins, car elle ne disposait pas de l'expertise nécessaire à l'interne, ce qui a conduit à un certain cafouillage.

Le vérificateur a également examiné les contrats de surveillance d'immeubles appartenant au Service de la police de la Ville de Montréal (SPVM). Jacques Bergeron a reproché à la Ville d'avoir prolongé le mandat de la firme BCIA sans qu'une entente écrite ait été conclue. Il a aussi constaté que des hausses de rémunération avaient été consenties aux agents sans justification et que le SPVM avait omis d'effectuer les enquêtes de sécurité annuelles requises pour les agents.

Roquet sévèrement critiqué


Si les révélations du vérificateur ont soulevé l'indignation des partis d'opposition, c'est surtout l'attitude de Louis Roquet qui les a irrités. «Ce qui est plus choquant et plus troublant, c'est l'effort de banalisation [...] auquel s'emploient la direction de la Ville, le directeur général lui-même et les élus de la majorité», a déploré la chef de l'opposition, Louise Harel. Selon elle, la transmission d'informations confidentielles à Telus par Louis Roquet est inadmissible. «Le problème, c'est qu'il ne reconnaît pas qu'il y a un problème. C'est le fondement même notre confiance qui est ébranlé», a commenté Mme Harel.

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a souligné «l'arrogance» du d.g. «On a le sentiment qu'il se considère au-dessus de la mêlée, a-t-il dit. C'est précisément ce genre d'attitude qui a créé les problèmes que Montréal a connus durant les quatre dernières années et que nous ne voulons plus voir se reproduire.»

Les deux chefs ont réclamé de M. Roquet qu'il s'explique devant les membres du conseil municipal, ce que le cabinet du maire Tremblay ne juge pas approprié.

De son côté, Telus a soutenu que l'implantation des nouveaux services était beaucoup plus avancée que la situation décrite par le vérificateur. L'entreprise a par ailleurs indiqué que les autorités policières n'avaient jamais communiqué avec elle.
5 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 19 mai 2010 07 h 41

    Trop, c'est pas mieux que pas assez

    Avoir trop de confiance en soi, c'est souvent pire que d'en avoir pas assez. Quand t'en manques, tu fais plus attention. Quand t'en a trop, tu ne fait plus attention. C'est pas pareil...

    Serge Grenier

  • Raymond Vaillancourt - Abonné 19 mai 2010 08 h 45

    L'arrogance comme mode de vie !

    Il faut être particulièrement bien intégré dans les cercles de pouvoir pour se comporter comme si l'éthique était une vue de l'esprit auquel les gens dits ordinaires doivent s'astreindre mais pas lui ! Mais tout cela ne fait qu'ajouter à l'air du temps ! Jusqu'où cela ira-t-il ?

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 19 mai 2010 08 h 46

    Les disciples de Gérald Tremblay

    Les irrégularités de cette administration font des petits. Il faut bien comprendre que Tremblay n`a jamais voulu contrôler les dépenses. Il préfère faire des pressions sur le budget du Québec pour obtenir d`autres fonds comme dans le cas de l`échangeur Turcot vert. Un petit $6 milliards de plus. Entre-temps ses administrateurs fraudent la caisse à tout vent. D`autres se mettent en conflit d`intérêt au service de la police et au comité exécutif.

  • Malartic - Inscrit 19 mai 2010 16 h 00

    Montreal - le verificateur accuse...

    Avant même les fusion municipales forcée, l'état piteux de l'administration de Montréal était connu par le public en général. Le gouvernement du Québec a voulu "pelleter la neige" dans la cour des banlieux pour éviter de faire face à sa responsabilitée de nettoyer le
    merdier de "grande villes". Ça pète dans la face de Jean Charest et il le mérite bien, mais les autre partis politique ne perdent rien pour attendre.

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 20 mai 2010 09 h 48

    Le ministre des Affaires municipales

    Où est-il celui-là? Si silencieux malgré toutes les démonstrations d`irrégularités. Typique du gouvernement Charest. Ces politiciens qui font des levées de fonds ne peuvent douter des contributeurs qui lessivent les finances du gouvernement de la ville de Montréal. Michel Bissonnette ancien Président de l`Assemblée nationale sous Charest, liaison entre Montréal et Québec fait un travail du tonnerre.